LA SUBSTANCE DAPRÈS L IDÉALISME EMPIRIQUE
plus réel que chacun d'eux pris à part. Mais nous ne tardons guère à perdre de vue ces restrictions : nous en venons à considérer le sujet comme indépendant de tous ses attributs; nous y voyons une réalité d'un ordre différent et supérieur. Nous oublions qu il n'est que leur somme et que, sMl contient plus de réalité que chacun d'eux pris à part, il ne peut cependant en contenir plus que tous pris ensemble. Si nous pouvons en éliminer successivement chaque attribut, c'est parce qu'à chaque fois nous y faisons rentrer tacitement tous les autres ; mais, comme l'attribut éliminé est seul l'objet d'une pensée distincte, les autres étant obscurément conçus, nous nous imaginons que, puisque chaque attribut peut être éliminé du sujet sans que le sujet cesse d'être, le sujet est par lui-même quelque chose de distinct et d'indépendant des attributs, capable de subsister
en leur absence.
Indépendance, unité, permanence, tels sont les trois caractères de la substance. On vient de voir comment l'objet extérieur les acquiert. L'idée du groupe des phénomènes étant nécessairement antérieure dans notre esprit au phénomène particulier que nous en séparons, le sujet est donc antérieur à ses attributs; de même, cette idée survivant à l'éUmination successive de chaque phénomène, le sujet peut donc survivre à ses attributs. En second lieu, cette idée est toujours la même, les fragments que nous en tirons toujours différents : donc le sujet est un et se distingue par son unité de ses multiples attributs. Mais, ce qui met en quelque sorte la der-