‹ L'idée du phénomène, étude analytique et critique [microform]Chapitre 50 sur 77 · CHITIQUE DE L IDÉALISME EMPIRIQUE · texte numérisé non relu

CHITIQUE DE L IDÉALISME EMPIRIQUE

cable lien qui en rattache tous les éléments et qui en fait l'intime unité. Il y a donc, dit Stuart Mill luimôme (1), dans la connaissance de l'Esprit quelque chose de plus que dans la connaissance de la Matière : il y a le sentiment ou l'idée d'une réaUté qui ne se sépare pas des phénomènes et qui cependant s'en distingue par cela seul qu'elle leur est commune à tous.

Ainsi, selon que l'attention se porte sur l'un ou l'autre des deux éléments constitutifs de l'esprit, l'élément invariable et l'élément variable, on le concevra, ou comme un même terme qui revêt successivement des états différents, ou comme une série d'états différents qui enveloppent successivement un même terme. Dans le premier cas, le sujet est multiphé par les phénomènes ; dans le second, les phénomènes sont unifiés par le sujet. On comprend alors que pour les uns il n'y ait pas de série, le terme actuel étant toujours unique, et que pour les autres il n'y ait pas de terme unique, ce terme n'existant que dans la série. On pourrait dire encore que les uns posent d'abord la substance et font se succéder en elle la série des phénomènes, tandis que les autres posent d'abord la série des phénomènes et y font persister la substance. Pour les uns, la substance enveloppe les phénomènes; l)our les autres, elle y est enveloppée. Simple différence de point de vue. Imaginez deux personnes qui considèrent un point en mouvement: l'une porte son attention sur le point lui-même, elle ne s'attache qu'à lui et

(1) Philosophie de Hainiltan^ trad. Gazelles, p. 249.

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lo suit du regard; l'autro portn son attention sur la série des positions qu'il occupe: elle trace mentalement la lij;ne qui leprésenh^ cette série. L'une ne verra tont d'abord qu'un terme, et c'est par un effort de réflexion qu'ello apercevra la différence des positions qu'il a parcourues ; l'autre ne verra qu'une série de positions, et c'est par un effort de réflexion qu'elle apercevra lidenrité du terme qui les a i)arcourues. L'une dira: le mouvement, c'est un point unique ; l'autre* dira : le mouvement, c'est une mullitude de points ; et l'iLne et l'autre diront vrai.

Le Moi n'est pas une série quelconque, c'est une série distincte de phénomènes. D'une manièr<^ «générale, « corps chimique, atome matériel, moi, ce qu'on appelle un être, c'est toujours une série distinctr d'événements (1). » Mais en quoi la série qui constitue le Moi est-elle distincte de toutes les séries qui l'accompagnent?

Les éléments qui la composent, dira-t-on peut-être, ont entre eux une liaison qu'ils ne partagent avec ceuv d'aucune série étrangère. Mais cette liaison ne peut consister, ce semble, que dans une dépendance réciproque, chaque phénomène ayant sa condition dans un phénomène antérieur qui appartient, comme lui, à cette même série. Or, tout au contraire, la condition d'un événement du Moi peut être indifféremment dans la série qui le contient ou en dehors d'elle : inversement il peut lui-même entraîner dans une série étrangère un autre é^énement dont il est la condition. Les éléments

(1) Taine, l'Intelligence, t. I, p. 162.

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de la série soi-disant distincte sont donc liés à ceux des autres séries aussi étroitement qu'ils peuvent l'être entre eux. Pour qui ne considère que les phénomènes et leurs rapports de causalité, toutes les séries s'enchevêtrent en tous sens: on essaierait en vain d'en distinguer une seule dans l'inextricable réseau de la Nature. Dirat-on que les éléments qui composent la série du Moi sont tous marqués d'un caractère commun et distinctif ? C'est ce caractère que l'abstraction dégage des événements successifs pour en former l'idée du moi. Il consiste en ce que tous ces événements « nous apparaissent comme intérieurs ». Mais cette explication du Moi ne commence-t-elle pas par le présupposer? Si par hypothèse nous ne sommes rien de distinct des phénomènes, en quel sens peut-on dire qu'ils nous apparaissent comme intérieurs? \\ est contraire à toute logique d'introduire dans une définition le terme même qu'il s'agit de définir.

On répondra que la pétition de principe est purement verbale. Cependant, pour que les événements du moi apparaissent, encore faut-il, ce semble, qu'ils apparaissent à quelqu'un, et, pour que ce caractère leur soit commun, encore faut-il que le sujet auquel ils apparaissent tous soit le même. Car enfin, ma série, à moi, n'est pas la seule dont les événements aient cette singulière propriété d'apparaître : en même temps qu'elle se déroulent d'autres séries dont les événements apparaissent aussi ; et chacune d'elles constitue un Moi distinct de moi-même. Quelle est la raison de la distinction

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do ces st'ries, et qu'est-ce qui délorinîne nn pb<'noni(>Tie conscient à appartenir à Tune plutôt qu'à l'autre? Nous i<;norons encore et nous iiijnorero us peut-être louj^Momps la solution de ce prohltMne : nous en sommes réduits à admettre à tilre de itiit la distinction des consciences individuelles. Chacune est, comme telle, uji monde fermé, une <c monade » sans portes ni fenêtres: quels quxî soi«mt ses rapports d^^ j-essemblance ou de dépendtuice à regard des autres êtres, elle leur demeure étrangère el impénétrable. Logi([iiement, nous ne pou\ons la distinguer des autres consciences que par des dénominalions extrinsèques: mais, dans la vivante réalité, c'est elle-même qui s'en distingue par un sentiment indéfinissable et infaillible.

En outre, pounpioi dire q\w les «phénomènes du Moi nous api)araissent comme infnirurs ? » L'idée Nulgain^ du Moi exclut, il est vrai, de sa compréhension le groupe de sensations et d'images (lui représente en chacun de nous le monde exiérieur ; mais la psychologie nous apprend à élargir noire idée du Moi et à y fîure rentrer tous les phénomènes dont nous avons conscience, aussi bien ceux que nous rapportons au monde extérieur que ceux que nous attribuons plus particulièrement à nous-mêmes. Il semble, (Ml eiïel, qu'à l'origine de la vie mentale, les phénomènes ne nous apparaissent encore ni comme intériiMiM ni conitiio oHéricun^; iU nous apparaissent, voilà jour si>ule piY»pnélé rnmnuine. Mais lenr division ultérirun» vn deux >;riui|M'S opposés se comprend-elle san* un tertluin quid |vir rapport

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auquel ils puissent devenir extérieurs ou intérieurs? Sur ce point, les explications données sont quelque peu confnses et contradictoires. Dans la première partie de son ouvrage, Taine s'efforce de démontrer que tous les états de conscience, sensations et images, tendent à s'objectiver, c'est-à-dii-e à se IransfoiMuer en objets ex télienrs. Mais cette tendance avorte d'ordinaire dans les images et aboutit toujours dans les sensations. L'extériorité primitive et nécessaire des sensations est ce qui donne, par contraste, aux images leur caractère intérieur. L'objectif est une donnée première; le subjectif en est la simple négation. Certes, la notion d'extériorité nous est devenue si familière, si intuitive, que nous oublions presque qu'elle implique nécessairement un rapport. Une chose, en effet, peut-elle être extérieure absolument, et ne faut-il pas qu'elle soit extérieure à quelque autre chose? Cependant on postule ici une extériorité absolue.

Dans la seconde partie de l'ouvrage, tout change. Les objets ne rions a|)paraissent pas primitivement au dehors : c'est tin mécanisme complexe d'images et de groupes d'images qui les sittie peu à peu hors de nous-mêmes. D'où celte conséquence, à notre avis, |)lus conforint» à la vérité, qu'au début de notre expérience, sensations et images noiis apparaissent toutes comme intérieures ou plnt^t nou^npparaissonl simplement, sansilisiinçtion tlo Hi*daiis ni de dehdrs. L'aspr^rt hilérîenr ou c.\léricur est iiii»x les unes el les auli\»s le ré:<iiluii d'une opéi'«lion consécutive. Mais I41 loi ivgulatHce de celle op^mtîon

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