‹ L'idée du phénomène, étude analytique et critique [microform]Chapitre 55 sur 77 · I. — Préliminaires · texte numérisé non relu

I. — Préliminaires

L'unité de la Conscience, où nous avons cru ^ oir Funlté même de la Subslance, esl-eile bien réelle ? N'estce pas plutôt l'unité purement idéale d'une simple forme de la pensée ? Stuart Mill, qui pose la question, la laisse indécise : « Je ne me charge pas de décider, dit-il, si nous avons directement conscience du Moi dans l'acte du souvenir ou si, sans en avoir conscience, nous sommes forcés de l'admettre comme une condition nécessaire de la Mémoire (1). »Kant, plus hardi, avait déjà souteiui l'idéalité du sujet de la conscience. Sa théorie est, nous l'avons vu, l'une des quatre solutions possibles du problème de la substance. Il ii|iporte donc de la soumettre à un minutieux examen.

La notion de la substance, telle qu'on l'entend communément, correspond à trois notions différentes que la Critique de la Raison pure a pour la première fois distinguées : celle de la substance véritable, celle du su-

(1) Philosophie de Uamilton^zh» xii. Trad. Gazelles, p. 250*

PRELIMINAIRES

jet de la pensée, celle de la chose en soi ou du noumène. L'osprit humain tend naturellement à les confondre : ainsi, il prend le sujet de la pensée pour une substance, et la substance pour une chose en soi. La Critique seule peut le mettre en garde contre ces illusions transcendan taies.

Si la notion de la substance a une signification et une valeur intellectuelle, si elle est une des conditions delà connaissance des choses, elle est nécessairement relative aux phénomènes ; et le seul usage dont elle est susceptible est, à coup sûr, innnanent à rexpêrience ou empirique. -Nous ne connaissons pas, nous ne pouvons pas connaître les choses telles qu elles sont en ellesmêmes : cette vérité est l'alpha et l'oméga de toute théorie de la connaissance. La notion même de chose en soi est entièrement hypothétique, et son rôle dans l'entendement humain ne saui-ait être que limitatif. Elle doit nous représenter, non un nouvel ordre de réalités situé par delà le monde des phénomènes, mais la limile des réalités auxquelles s'arrête pour nous toute connaissance possible. Nous ne sommes pas assurés par là qu'il existe des choses en soi, mais seulement que, s'il existe des choses en soi, nous ne pouvons pas les connaître.

Telle est, nous l'avons déjà montré, la seule notion du Noumène qui soit vraiment compatible avec l'esprit général delà Critique. Mais peut-être Kant n'y est-il pas toujours resté fidèle. Lui-même, à son insu, confond la substance et la chose en soi; emplissant, pour ainsi dire. Tune du contenu de l'autre^ il la tire de son indélermi-

272 LA SUBSTANCE d'aPRÈS L IDÉALISME RATIONALISTE

nation et de son incertitude originelles ; il en fait une véritable réalité.

En effet, la notion légitime de la Chose en soi, en opposant le Noumène au Phénomène, ne nous autorise nullement à les supeiposer l'un à l'autre. Affirmer le Noumène comme le fondement nécessaire du phénomène, comme la réalité permanente dont le phénomène est l'apparence transitoire, c'est appliquer au Noumène la Catégorie de Substance, alors que cette catégorie n'a de sens et de vertu que dans son application au phénomène. Et cependant, nous croyons l'avoir démontré, Kantne parle pas seulement desNoumènes comme d'un ordre de choses possibles entièrement différent de l'ordre des phénomènes : l'existence même des phénomènes implique, selon lui, la certitude de leur existence. La borne de la connaissance humaine est devenue à ses veux le fondement de toute réalité.

Mais, sî Kant a conçu la chose en soi sous les traits de la substance, s'est-il du moins gardé de prendre la substance pour une chose en soi? Et, d'une manière générale, comment a-t-il délini la notion de substance ? Quelle origine et quelle valeur lui a-t-il attribuées?

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