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LA SUBSTANCE D APRÈS L IDÉALISME RATIONALISTE

forme lo rapport des représentations à un objet cl, pai» conséquent, leur valeur objective. En un mot, affirmer rexistence d'un objet, c'est affirmer le rapport néccssaîre de l'intuition à un « je pense » unique.

.Unsi les Catégories qui sont les conditions de l'unité synthétique de l'apereeplion sont, par cela môme, celles de la connaissance des objets. Que si Ton demande pourquoi notre entendement ne donne l'unité de l'apereeplion à priori qu'au moyen des Catégories, et par ce» Catégories plutôt que par d'autres, vl par ce nombre de Catégories plutôt que par un plus ou moins grand nombre, Kant nous répondra qu'il est impossible d'en rendre raison, parce que ce sont K'i (b^s faits pr.Mni(>rs au delà desquels l'analyse ne renu)nt*> pus.

Parmi ces Catégories, quelle est plus pa r lie ulii> rement la signilicalion de la Catégorie de Substance? A notre sens, elle mérite plus qu'aueun.» autr.> détre considérée comme la forme nécessaire de 1' « Ohji'l » en général. Elle représente, en effet, à notre esprit l'imité intrinsèque d'une pluralité de pbénoménes simultanés ou successifs. Coexistant avec tous ces phénomt^nes, la Substance les unit dans res|)ace; persistant A travers tous, elle les unit dans le temps.

De ces deux caractères de la Substance», unité on communauté, permanence ou continuité, Kaiit no $em!»1.^ nvoir eii\isngé quo le socond. Et copeudaiil, quelle auliv Catégorie iwnrrail pnVïder à la synlliôst» de^ pliénom4in<>.s siniulUnés et .^ leur altribulioii aux objcU'îCelto synlhêso, il e^l Tiai, no lirait pas pou-

LA NOTION DE LA SUBSTANCE DANS KANT

voir s'expliquer complètement par les seules données de la Critique. En effet, pour opérer la synthèse d'une diversité de sensations, encore faut-il que cette diversité soit pensée par nous comme constituant un tout individuel et distinct. Par exemple, si une fleur est mise en rapport avec mes sens, je dois, poui- la connaître faire la synthèse des sensations de couleur, de forme, d'odeur, de contact, etc., qu'elle produit dans ma conscience, 1^ c'est en concevant \si |K»â.>ibililé de celte synlhtVsec^innie ni^cossafiv^mr^ntdonn^f' h priori dan<^ la malien? de rintiiition que je r4ii>iK>Jlo re« sensations h un objet. Mais, pour opénM- cette synthèse, ne ni a-l-il pas fallu di*(U€lK!r \v groupe de s^'nsations qui constitue la fleur <lu ix'ste des ivpn'*S4fnl»ition$« comme si j'y voyais à priori quelque chose de dislincl et irindéjK»ndant? La s\ nthèse a doue été accompu^'iiée d'une aua^ lyse : ou phit^M aiudyse et synthèse sont les deux aspects d'une seiile et même op^'ration. Or celte analyse nesi ni expIiqmV ni mt^uie mentionnée dans la

Critique, El cependant c-4» n'est jws au \\u%i\x^ que nous faisons ainsi des coupures dans la trame des phénomêne.s. Stu^irt Mill. qu'on pourruil m rapprocher de Kant, définit le corps ou lobjel: un f;rouiK> de sensulions ou plutôt do possibilités de sensations réunies i>ar une loi conslante. >lais. d'après lui, cest l'expérience qui nous appren<l h former ces jçroupi^. Les sensations qui se rencontrent dans la conscience, soit en siinnltanéîtiS soil en succession immédiale. snnîssenl |)ar une sorte d'aftlnité miturelle. I>eur union est pins ou moins

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étroite, selon que la rencontre a été plus ou moins fréquente. Par là, elles se séparent en même teni])s qu'elles s*unissent; les mêmes liaisons qui resserrent certaines associations en relâchent certaines autres. I/analyse et la svntlièse se font en vertu des mêmes lois, non des lois de Fentendement, mais des lois de la mémoire et

de riiabitude.

La vraie pensée de Kant, il faut bien le dire, c'est qu'au fond tous les objets de l'expérience constituent un seul et même objet dont toutes les parties sont nécessairement solidaires les unes des autres en tout sens et sous tous les rapports. Les divisions que nous introduisons dans la nature sont arbitraires : tout est contiEU, tout est un. Qui pourtant oserait prétendre qu'en attribuant les phénomènes à des objets, l'esprit humain postule spontanément l'unité substantielle de tous les phénomènes de l'univers?

à la seconde question : comment la notion purement întellectuelle du Sujet devient-elle l'idée de la Sul)stance, c'est-à-dire de la Permanence, Kant répond par sa théorie diischrmatisme (1).

Entre les intuitions et les catégories, un intermédiaire est nécessaire qui soit tout à la fois homogène avec les concepts purs et les phénomènes, sensible et intellectuel. Le Schème est le point de rencontre du concept pur et de l'intuition pure : il est la synthèse d'une Catégorie et du Temps. Le Temps est, en effet.

(1) Critique de la Raison pure, Analytique des Principes, ch. i, trad. Tissot, t. I, p. 180.

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l'intuition à priori dans laquelle se déroulent toutes les intuitions possibles. C'est ainsi que le schème de la substance est la pmnaneitce de la réalité dans le temps, ou la réalité conçue comme le substratum de la dé termination du temps en général ; de même que celui de la cause est la succession de la diversité suivant une règle.

Le schème peut pour nous, ou du moins pour notre connaissance, remplacer entièrement le concept, car, comme les formes de l'intuition pure, Espace et Temps, s'imposent à priori à notre faculté représentative, nous ne pouvons connaître les choses pensées par les catégories qu'au moyen d'une intuition soumise à ces formes.

Voyons enfin le rôle que joue dans la connaissance le schème de la Substance. Il y est le principe d'un de ces jugements synthétiques à priori que Kant appelle Analogies de r expérience.

Les trois modes du temps sont la perpétuité, la succession et la simiillanéité. De là trois lois chronologiques de tous les rapports des phénomènes au moyen desquelles l'existence de chacun d'eux peut être déterminée relativement à tout le temps, lois qui précèdent toute expérience et la rendent possible.

La première de ces lois est le principe de la persistance de la substance. « Au milieu de tous les changements des phénomènes, la substance demeure et persiste invariable, et sa quantité n'augmente ni ne diminue dans la nature (1). »

(1) Critique de la Raison 'pyre, || 264 et suiv.

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Tous les phénomènes sont dans le temps, qui seul rend possible la représentation de la simultanéité et de la succession. Mais, comme le temps ne peut être perçu, il doit y avoir dans tous les phénomènes un substratum qui représente le temps en général, et dans lequel puisse être perçu tout changement ou toute simultanéité par le rapport des phénomènes à ce substratum. Or le substratum de toute réalité est la substance. Si l'on n'admettait qu'une succession indéfinie, sans la lapporter à un substratum, l'existence commençant et finissant sans cesse serait sans durée. Sans la permanence, il n'y aurait donc point de relations de temps. Il s'ensuit que ce qui, dans les phénomènes, demeure et persiste identique, c'est l'objet lui-môme, la substance des phénomènes, et que tout ce qui change ou peut changer nVst que la manière d'exister de la substance.

Nous retrouvons toujours la môme difficulté. Le principe de substance ainsi entendu, est-ce bien une loi de Fexpérience et de la pensée en général ? N'est-ce pas plutôt une loi de la science proprement dite ? Kant ne tient pas ce qu'il nous a promis. Il devait nous expliquer l'attribution des phénomènes à des objets, à des substances; et son explication suppose que nous les attribuons à un seul objet, à la substance en général. Or c'est là le point de vue de la science et non celui de la connaissance spontanée. Encore tous les savants n'admetteaWIs pas Funitj' . auustance dans la nature. Pour les partisans de l'hypothèse des atomes ou des monades, le concept de substance n'est pas seulement

LA NOTION DE LA SUBSTANCE DANS KANT

celui de la permanence d'un substratum collectif de tous les phénomènes : c'est aussi celui de l'individu alité de l'unité intrinsèque de chacun de ces ensembles de phénomènes qu'ils appellent une monade ou un atome.

En outre, il est bien difficile de savoir qu'elle sorte de réalité nous devons, dans la théorie de Kant, assigner à la Substance.

La Substance est-elle un simple concept intellectuel qui ne répond à aucune intuition empirique ? Mais alors, comment se fait-il que nous croyions à l'existence réelle de la Substance dans les phénomènes ? Le propre des Catégories, n'est-ce pas précisément de trouver leur objet dans l'expérience, de se vérifier, de se réaliser objectivement? Dans une telle hypothèse, la Substance s'identifierait avec le sujet de la pensée qui. d'après Kant, est en effet un concept vide d'intuition. D'autre part, dire que la Substance existe, mais en dehors des phénomènes, c'est en faire une chose en soi ; erreur naturelle peut-ôtre àl'esprit liumain, mais contre laquelle Kant lui-même nous met en garde. Donc la Substance que nous postulons doit être impliquée dans les phénomènes.

Mais comment dans les phénomènes pourrait-il y avoir quelque chose de permanent? « Le concept de substance, dit Kant, se rapporte toujours à des intuitions (1). » Or les intuitions ne sont que des états de notre sensibiUté : elles sont donc absolument variables et fugitives. On n'y pourra trouver un élément perma-

(1) Critique de la Raison pure, trad. Tissot, t. II, p. 48.

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nent que si, par une fiction de la pensée, on fait abstraction (le leur rapport nécessaire avec notre conscience ponr les transfoi'mer en objets impersonnels et absolus. Telle est riUusion du sens commun, déjà relevée par Hume, qui s'imagine qu(* les sensations sans cesse renoiiveîéefe que nous rapportons à un même ol)jet constituent en effet un objet unitjue et permanent. Prétendre que les phénomènes, ou tout au moins une partie des phénomènes, subsistent invariables en eux-mêmes sans participer aucunement à la varial)ilité de nos perceptions et de nos souvenirs, n'est-ce pas prendre les phénomènes pour des choses en soi? En effet, les seuls éléments qui soient permanents dans les i)liénoménes sont des rapports, c'est-à-dire des abstractions. Mais leur permanence est par cela même subordonnée à celle de la Pensée qui les abstrait ; ou pour mieux dire l'une et l'autre permanence sont identiques.

La notion d'une prétendiu^ Sul)stance objective des phénomènes remble donc bien n'être autre chose que la notion du Sujet de la Pensée projeté dans les phénomènes, et, pour ainsi dire, objectivé.

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