‹ L'idée du phénomène, étude analytique et critique [microform]Chapitre 61 sur 77 · III. — La valeur du principe de substance · texte numérisé non relu

III. — La valeur du principe de substance

Ainsi l'éclectisme n'a pas démontré l'origine à prioi-i de l'idée de substance. En a-t-il du moins démontré la certitude et la valeur objective?

Ici encore, il s'est trop volontiers contenté de simples affirmations. Le seul argument dont il fait usage n'est en définitive qu'un appel au sens commun. Le sens commun croit à la réalité des substances, bien qu'elles ne tombent pas comme les phénomènes sous les prises de notre expérience. Donc on ne peut contester la valeur objective de l'idée de substance sans faire violence aux croyances naturelles de l'humanité. Une telle négation est d'ailleurs arl)itraire, car quelle raison peut-on avoir pour contredire la raison même ? et elle ne peut manquer d'aboutir au scepticisme. Notre intelligence est du})e d'une illusion originelle et incurable si elle se trompe en affirmant sur la foi de l'idée de substance l'existence de réalités permanentes dont dépendent les phénomènes.

LA VALEUR DU J»RL\Cn»E Ï)E SUBSTANCE

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Ce n'est donc pas tout à fait sans motif que l'éclectisme se dispense de faire la preuve. Il croit avoir pour lui le bénéfice de la possession. Le sens commun doit être tenu pour véridicjue et infaillible jusqu'à preuve du contraire. Cette preuve, c'est aux adversaires à la donner. Voyons donc quelles objections ils peuvent adresser à la thèse de l'objectivité de l'idée de substance.

Les unes appartiennent plus particulièrement aux empiriques, les autres aux criticistes, les deux écoles s'accordant à refuser aux lois de la pensée toute portée au delà de l'expérience et des phénomènes, mais pour des raisons différentes.

L'empirisme objecte que la prétendue loi des substances est une hypothèse impossible à vérifier : car quel moyen avons-nous de savoir si les substances existent en effet, du moment que notre expérience ne nous révèle que des phénomènes ? Et, si nous avons un moyen de le savoir, quel besoin avons-nous de le croire?

Mais l'éclectisme répondrait sans doute que lorsqu'une hy[)othèse nous est imposée par la constitution de notre esprit, lorsqu'elle est impliquée dans l'idée même que nous nous faisons de l'expérience, elle cesse d'être une hypothèse et n'a pas moins de droit que l'expérience elle-même au titre de connaissance. L'esprit a sa certitude propre qui, pour être attachée à des idées pures, n'est pas moindre que celle des sens. Quelqu'un a-t-il jamais demandé à toucher la lumière pour être assuré de son existence ? Pourquoi demanderions- nous donc

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