‹ L'idée du phénomène, étude analytique et critique [microform]Chapitre 68 sur 77 · LA SUBSTANCE d'après le réalisme empirique · texte numérisé non relu

LA SUBSTANCE d'après le réalisme empirique

raiione maiertœ. L'étendue en effet paraît bien avoir les deux principaux caractères de la substance, la permanence etTunîté. Tandis que les mouvements se succèdent sans cesse à la surface des choses, retendue reste au fond, invariable, éternelle : c'est elle seule qui fait la continuité, l'identité des phénomènes. Seule aussi elle les miit en leur communiquant son unité propre. Les parties de l'étendue ont beau être multiples : elles sont indivisibles, inséparables ; elles tiennent indéfiniment les unes aux autres sans qu'il soit possible de marquer jamais le point ocelles se distinguent et se soudent. Aussi, sous la multitude des qualités, sous la succession des changements, nous supposons, nous imaginons toujours une sorte de noyau unique et immobile : ce noyau, c'est une étendue immuable et indivise, et cette étendue c'est la substance. Nous ne reproduirons pas ici les arguments bien connus par lesquels Leibniz a démontré victorieusement quel'étendue n'est pas, ne peut pas être une substance; qu'elle est un attribut, un rapport, ou, pour parler plus exactement, un « ordre », c'est-à-dire au sens leibnizien du mot, un système de rapports. Mais nous insisterons sur une conséquence de ces arguments qui n'a pas été toujours bien vue. Si l'étendue n'est qu'un ordre, il s'ensuit par cela même qu'elle est entièrement relative à la pensée : elle est, au sens strict du terme, un être de raison. Impossible, en effet, nous l'avons démontré nous-môme ailleurs (1), de concevoir des

(1) Voir plus haut cli. v, p. 178.

l'Étendue prototype de la substance

rapports et à fortiori l'unité d'une multiplicité de rapports sans cette unité supérieure de l'entendement où toutes choses sont comparées et liées entre elles. Mais on aurait beau passer outre à celte impossibilité ; quand on pourrait concevoir en effet des rapports, un ordre subsistant dans les choses mêmes en dehors de toute pensée, il faudrait convenir que les rapports de position et de contiguïté dont se compose l'ordre de l'étendue ne nous sont jamais donnés que comme des rapports de quelques-unes de nos représentations entre elles, c'est-à-dire de nos sensations musculaires, tactiles et visuelles. S'il existe une étendue en soi, nous n'avons aucun moyen de la connaître : la seule dont nous ayons le droit de parler en connaissance de cause n'est qu'un ordre de nos phénomènes sensitifs, ou, comme dira Kant après Leibniz, une forme de notre sensibilité (1). Dès lors, tous les caractères qui contribuent à faire de l'étendue une pseudosubstance, permanence, unité, indépendance au moins relative, appartiennent non à l'étendue elle-même, mais à la conscience : c'est la conscience qui est le véritable substratum de l'étendue ; et ceux-là sont dupes d'une étrange méprise qui, s'imaginant que la conscience a besoin d'un support étranger, vont le lui chercher dans l'étendue.

Mais, à vrai dire, ceux qui cherchent en dehors de l'esprit le type de la notion de substance ne croient pas, comme Descartes, que l'étendue seule suffise à

(1) Cf. Notre Uièse latine De s patio apnd Leibnitium, cap. ix*

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