M LA SUBSTANCE D APRÈS LE RÉALISME EMPIRIQUE
constituer la substance matérielle : ils y ajoutent un second élément, la force. La force ne serait-elle pas la substance même des cboses ? L'étendue contient une multiplicité de parties : qu'est-ce qui fait la cohésion de ces parties et conséquemment l'unité de l'étendue, sinon la force ? D'un instant à l'autre, les formes et les mouvements varient dans la nature entière : la force demeure invariable, identique.
Mais ici encore on peut se demander, d'abord si la force est bien une substance, ensuite si elle est bien pour nous Fobjet d'une perception immédiate et certaine. La force, pour le savant, n'est rien de plus qu'un rapport : c'est le rapport des états futurs des cboses avec leurs états présents ou passés, c'est la dépendance et la proportionnalité nécessaire des conséquents à l'égard des antécédents. Donc, h moins de réaliser une abstraction, la force extérieure, mécanique, n'est pas une substance. Son unité est purement nominale : c'est l'unité d'un symbole. Par cela même, la force ne nous est pas connue en soi : nous ne connaissons, comme on dit, que ses effets ou, pour parler plus exactement, que les phénomènes dont elle est pour nous le signe abréviatif : et ces phénomènes, ce sont les mouvements et les ligures avec leurs rapports de succession et d'équivalence.
Mais à la conception scientifique de la force on opposera peut-être la conception vulgaire. Ainsi Spencer est bien près de déclarer que dans la sensation de résistance, nous percevons la force môme, la force de l'objet qui nous résiste : quoique nous ne puissions com-
LA FORCE PROTOTYPE DE LA SUBSTANCE
prendre comment cela est possible, nous concevons, selon lui, la force dans son essence objective ou absolue comme identique à ce qu'elle est en nous, dans la résistance qui nous la manifeste.
Une telle analyse est tout à fait insuffisante. La sensation de résistance n'a pas plus que les autres la vertu de nous faire sortir de notre propre conscience : il n'y a donc aucune raison de la considérer comme exprimant l'essence interne des choses plutôt que les sensations de chaleur ou du froid. Cette sensation même ne parait pas être un phénomène simple : un contact ou un choc, peut-être aussi une peine, voilà d'abord ce qu'elle contient ; mais on y démêle en outre un rapport de ces éléments sensitifs avec des éléments d'une autre nature, tels que la prévision, le désir et la volonté. Au fond, la résistance est moins une sensation qu'un rapport : mais la base de ce rapport, c'est la conscience de notre volonté propre ou, plus généralement, de notre activité. C'est pourquoi, quand nous disons qu'une chose nous résiste, nous n'affirmons pas seulement qu'elle nous fait éprouver une sensation std generis : nous supposons, nous imaginons aussi en elle une activité antagoniste de la nôtre. Si bien qu'en dernière analyse, l'intuition de la force, si elle existe, a son objet non au dehors, mais au dedans de la conscience
même.
Entend-on par force une entité indépendante des phénomènes, laquelle les produirait extérieurement à soi? Il est clair que nous n'en avons pas l'intuition. La force
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