VII. De la 2', S' et 4" partie du Sacrifice
La 2>= chose requise au Sacrifice on la 2' partie , c'est l'oblatiox de la victime qui se faisait par certaines paroles prescrites de Dieu à ce sujet.
La 3'- était l'immolation, qui suppose le péché , car il est bien vrai que tout sacrifice demande nécessairement la destruction de la victime ; mais non pas la mon , ni regorgement, comme nous avons déjà dit.
La 4"^ partie est la Consomption de la victime , laquelle se faisait ordinairement par le feu , et pour cela s'apr)elait inflammation ; quelquefois néanmoins la consomption se faisait autrement, comme dans le sacrificedespainsde proposition, qui étaient consumés par la manducation et par le feu de la chaleur naturelle.
VIU. Raisons de l'inflammation des victimes.
On peut donner plusieurs raisons de l'inflammation des victimes.
1 ° C'était pour consumer toutes les superfluiiés et imperfections de la victime.
2° Pour la glorifier et la rendre une figure de Jésus-Christ ressuscité , qui est la véritable victime , et a été glorifié après son immolation sur la croix.
3' Ils brûlaient la victime par l'ordre de Dieu ; et ces victimes ainsi brûlées étaient d'une odeur très-agréabîe à Dieu : ceci est attesté f)ar le texte sacré. Les Juifs croyaient donc à juste titre que ces sacrifices lui étaient agréables. Ceci ^t loin de la créance des païens qui pensaient que leurs dieux se nourrissaient de la fumée de rcnccus et des victimes.
La 4' raison pour laquelle ils brûlaient leurs victimes, était pour faire entrer Dieu en communion de leurs sacrifices , parce que Dieu se faisait connaître sous le Symbole du feu dans l'ancienne loi. Moïse l'avait vu dans un feu ardent , et le peuple avait oui dire que le Dieu qu'ils adoraient était un feu dévorant : Deus noster ignis consumons est. Dieu avait aussi conduit ce peuple dans le désert sous la figure d'une colonne de feu, et il était descendu en forme de feu , quand il leur donna la loi sur la montagne deSinaï. Us pensaient donc que faisant consumer les
victimes par le feu , Dieu qui était figuré et représenté par ce feu entrait en communion de leurs Siicriiiccs : ainsi ne pouvant donaer leurs victimes à Dieu pour être changées en lui , ils les donnaient au feu , et les changeaient en la représentation de Dieu, qui est le feu , comme le plus pur et le plus noble de tous les éléments.
La 5'^ raison se tire de la souveraineté de Dieu : car en ôiant la vit» à la victime, et détruisant autant que l'on pouvait son être, on protestait que Dieu est la source de tout l'être ei de toute vie , et qu'il a un pouvoir absolu sur toutes les créatures.
La 6' pour reconnaître la sainteté de Dieu. Car la victime en mourant témoignait que Dieu n'est pas attaché à ses créatures, ni engagé dans ses ouvrages , puisqu'en les lui offrant on les faisaii mourir. Jésus-Christ en croix dit (|ue son Père n'a point d'attachement à iui comme créature , bien qu'il l'aime comme son Fils ; parce qu^il n'y a rien de créé qui soit digne d'arrêter Dieu , et que sa sainteté le met au-dessus et le sépare de tout : Tu autem in sanclo habitas. Au reste on ne doit [)as trouver étrange
que la sainteté de Dieu demande que pour l'honorer on détruise les effets de sa f)uissance ; car comme la justice de Dieu ne reyoii aucun préjudice de sa miséricorde; de n)ême sa puissance n'en reçoit point de sa sainteté; mais toutes deux sont connues et honorées, l'une par la création , l'autre par le sacrifice. Or la sainteté de Dieu paraît évidemment en ce que nous protestons par le sacrifice que Dieu est détaché de tout le monde; car la viciime représente l'univers et lient sa place, Vicaria universi y et le monde, qui devrait être détruit en lui-même pour Dieu, est détruit en elle.
Le Sacrifice répond à tout ce que Dieu est, il le recarde comme le souverain être auquel tout être est dû en sacrifice. Il le regarde dans sa propre et incompréhensible grandeur et perfection comme étant lui-même par-dessus toute ap|)ellation , toute lumière, toute pensée , tout nom et tout terme , pardessus toute représentation , tout amour.
En offrant tout à Dieu , nous protestons qu'il est tout : en détruisant tout , nous protestons qu'il n'est rien de tout ce qui est dans l'univers, et que tout n'est rien de lui.
Car il faut remarquer que toute hostie étant sacrifiée en la place de toute rréaiure, à laquelle elle est substituée et qu'elle représente , Vicaria universi , est en quelque façon toutes choses , et toutes choses sont censées être sacrifiées dans l'hostie qui est sacrifiée en la place de toute créature : comme il est dit de Jésus-Christ à l'égard des hommes : ut pro omnibus gustarct mortem, lîébr. 2. 9. Le sacrifice témoigne encore que Dieu est par-dessus tout amour , toute adoration et toute voie créée ; que toute vérité et toute bonté doit être consommée dans le sacrifice ; qu'il est la perfection et la consommation de toute vertu , et tout acte de vertu devient sacrifice quand il est arrivé à la dernière perfection chrétienne.
La 1^ raison est la plénitude ou suffisance de Dieu par rapport à lui-même, qui est souverainement honorée par le sacrifice , puisque quand nous lui offrons quelque chose , nous la détruisons, comme inutile à celui qui possède tout en soi-même, et qui n'a besoin que de soi.