‹ L'idée du sacerdoceChapitre 40 sur 47 · XXXVI. Du Sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix · texte numérisé non relu

XXXVI. Du Sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix

Au sacrifice de la Croix , on trouve les quatre ou cinq parties du sacrifice. Il y a sanctification de la victime: car la victime, qui est Jésus-Christ , est sanctifiée dès le moment de l'Incarnation, et cette sanctification a toujours duré. Quelques heures avant sa mort il la renouvelle par ces paroles : Et pro eis ego sanclifœo meipsum ; Je me sanctifie moi-même pour eux. Jean, 17. Jj'oblaiioa y est manifeste : Oblatus est, quia

ipse volait ; il s'est offert lui-même, ohtulit scmetipsum. L'immolation y est aussi bien visible. Keste la communion , et on la trou\e en y joignant la Messe , qui est la commusiioii et l'application du sacrifice de la Croix. Car la Messe n'applique pas seulement un effet de la Croix , mais le sacrifice même ; et bien plus la Messe est le même sacrifice que celui de la Croix ; la même victime y étant offerte: néanmoins il ne faut pas dire, si on veut parler proprement, que le sacrifice delà Croix soit réitéré dans la INIesse ; mais plutôt que le même j est offert en une autre manière qui n'est point sanglante, pour participer et communier au sacrifice sanglant. Il y a pourtant quelques autres différences.

Jésus-Christ sur la Croix apaise par son sano[la colère de Dieu et satisfait à sa justice, en portant la peine, le supplice et la malédiction due aux pécheurs. Il y expie le péché et mérite le salut du monde, mais ce sacrifice ne donne point les grâces et les bénédictions aux hommes, il les prépare et les dispose seulement à la grâce du nouveau Testament , laquelle suppose l'expiation préalable du péché. C'est par son sang et par

sa mort qu'elle se fait , et c'est par l'Eucliaristie et les autres sacrements que la grâce et le fruit de ce sacrifice de la Croix est appliquée et communiquée.

Le sacrifice de la Croix est donc le sacrifice de rédemption et de mériie, car il mérite tout et ne donne ni n'ap[)lique rien ; et le sacrifii^e de la Messe est un sacrifice d'application et de sanctification , car il donne et applique tout et ne mérite rien.

Le sacrifice do la Croix est pour tout le monde ; c'est pourquoi il s'est accompli extra castra, hors de l'enceinte de Jérusalem et du temple. Le sacrifice de la Messe est pour les fidèles et pour l'Eç^lise seulement, pro vohia et pro muUîs , pour vous et pour plusieurs : c'est pourquoi on ne peut pas dire la Messe pour les excommuniés.

Au sacrifice de la Croix Notre Seigneur, qui n*a point été Prêtre de l'ordre d'Aaron, a néanmoins accompli la vérité du sacerdoce d'Aaron, en offrant dans une immolation cruelle et sanglante la victime de son propre corps figurée par toutes les victimes , que les Prêtres selon l'ordre d'Aaron avaient offertes et immolées. Ce sacerdoce ne devait pas

toujours durer; car ses sacrifices élant des sacrifices de colère , ils devaient être éteiius et accomplis sur la Croix , et par conséquent retranchés du sacerdoce éternel du Fils de Dieu.

XXXVI [. Du sacrifice de la Messe el de sa nécessité.

La nécessité du sacrifice de la Messe paraît donc visiblement en ce que nous devons nécessairement participer à î'oblalion que Jésus-Christ a faite de lui-même en la Croix , et communier à la victime qu'il a offerte pour nous. Car c'est-là le fondement et l'unique moyen de notre salut. Il est vrai qu'il a levé l'empéchem.ent, lorsqu'il a été livré à la mort pour nos péchés, traditus est propter nostra dclicta; Rom. 5. qu'il a efi'acé la céduîe qui nous était contraire, et qu'il l'a entièrement abolie, en l'attachant à la Croix; Tulit chirogrcphum decreti quod erat conlrarium nohis, affigens illud Cruci. Coloss. 2. 14. Mais comme pour participer au fruit des sacrifices anciens , il fallait manger de la victime sacrifiée, ainsi pour être sanctifié par le sacrifice de Jésus - Christ, et partici{ier à la victime qu'il a

offerte sur la Croix , qui est son corps, il le faut vériiablenieiu manger, suivant cette parole du Fils de Dieu même : Si vous ne manfjez la chair du Fils de l'Homme , et ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en vous. Joan. G. S'i-.

XXXVllî. Ce que Saint Paul entend

par l'unique ohlalion qui nous rend

parfaits.

Saint Paul établissant l'unité de l'oblatioa de Jésus-Christ, dit : Par une seule oblation il a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il a sanctifiés. Ilébf . 10. Les hérétiques infèrent très-mal de ce passage, qu'il n'y a point d'autre sacrifice que celui de la Croix , auquel ils attribuent la consommation et la perfection de ceux qui ont été sanctifiés.

Il est bien clair qu'on ne peut entendre cela du sacrifice do la Croix. Car loin d'avoir consommé la sanctification des hommes par son immolation sur la Croix, Jésus-Christ ne l'a pas même commencée ; seulement par *sa mort et son immolation il a levé l'empêchement de nos péchés , qui nous rendaient ijidignes de la justification , le commen-

cément de notre sanctification; puis étant ressuscité et entré par la {jloire dans la consommation de son sacrifice, il nous a sanctifiés, selon ce que Saint Paul dit si distinctement : lia été livré pour nos péchés et il est ressuscité pour notre justification.

Voici donc le sens naturel de Saint Paul : Jésus-Clirist par une seule oblation prise dans toute son étendue, et par un seul sacrifice dont la consécration a commencé au mystèrederincarnaiion pour ne finir jamais, dont l'immolation a été faiiesur la Croix, la consommation , la glorification et la communion dans la résurrection, a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il a sanctifiés : c'est donc par une seule oblation que Jésus- Christ a consommé la sanctification des hommes, si son oblation est considérée dans toute son étendue, dans sa perfection et dans toutes ses parties , et non dans la seule immolation qui était la moindre f)artie du sacrifice dans les anciens sacrifices figuratifs de sa mon : ce qui paraît par le partage des différentes parties du sacrifice entre les Prêtres et les ï>éviies. Car l'office des sim-* pies Lévites, qui n'étaient pas Prêtres, était d'égorger et de tuer les victimes ; au lieu

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que les Preircs comme personnes plus di(;nes étaient employés dans les autres f)artics du sacrifice, qui étaient les plus nobles; et le seul grand Prêtre avec ses habits les plus magnifiques, une fois l'année seulement, portait le sang de la victime, immolée pour l'expiation du peuple, dans le Saint des Saints : nous montrant par cette figure , ce qu'il y a de plus grand et de plus digne dans le sacrifice de Jésus-Christ, qui est son entrée dans le ciel avec sa protue victime pour la perfection et la consommation de notre salut.

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