‹ L'Idée évolutive; [fragments d'œuvres & commentairesChapitre 12 sur 16 · MISS MAUD GONNE · texte numérisé non relu

MISS MAUD GONNE

Clovis Hugues, un matin du printemps dernier, me présentait.

« Un ami : Georges Docquois, petit-fils d'Irlandais », fit-il...

Clovis Hugues ne plaisantait pas.

A Tune des pages de mon « Journal » (il n'y a pas que les Goncourt), à la date du 24 juillet 1885, je trouve les lignes suivantes :

... Ce matin, en déjeunant, je regardais une jolie miniature sur ivoire, en médaillon, dressée contre le socle de la pendule, sur la cheminée de la salle commune. Elle figure un homme de trente à quarante ans, dont le visage ros^' fin, aux favoris courts, aux yeux bleus intaffiU. gents, offre un ensemble des plus agréadlliHl au regard. L'homme est habillé selon la

Il commencement du siècle : il porte un frac

leu qui laisse voir un gilet de même cou-

)ur ; une cravate blanche fait deux fois le

)ur d'un col droit et ferme. « Quel est ce per-

3nnage ? » demandai-je à ma mère. « C'est ;

n Cody, ton grand-oncle. — Bah ! » Le por- l

'ait m'intéresse davantage, à présent. « Le I

rand-père Cody avait donc des frères ?» — '

9 crois bien ! il ne s'en passait pas ! Il en

vait dix-neuf. Il avait aussi une sœur. Lui, I

) plus jeune, était le vingt-unième. » [

Cette miniature qui, dès avant ma naissance, lisait partie du « trésor » de mes parents, je ,

avais vue que de fois déjà ! et ne l'avais, jusu'à ce jour, jamais regardée. Jamais non lus, jusqu'alors, la curiosité ne m'avait oussé à m'informer des particularités voire >s plus essentielles de ce que j'appellerai — on sans faire sourire, certes ! — l'histoire de les aïeux. Pourtant, quoi de plus intéressant - depuis Claude Bernard — V

Je voulus avoir quelques renseignements ûr mon grand-père Cody. Ma mère m'en )urnit beaucoup, et de fort caractéristiques, aujourd'hui, tout cela est un peu flou dans ma lémoire. Mais je désire me souvenir. Ce sera n efifort charmant pour moi. Et puis cela ne l'éloigné pas beaucoup de mon sujet. Je protêts de ne pas parler de moi, et toutes les

fois qu*il est question d'Irlandais, Maud Gonne est contente. Or, les Cody sont Irlandais.

Il paraît que mon bisaïeul était commerçant, quelque chose comme marchand de drap. Il vivait avec sa femme aux environs de Dublin. La femme était catholique, le mari protestant. Dès le début de leur mariage,41s convinrent que les fils qu'ils pourraient avoir seraient protestants ; quant aux filles, elles seraient catholiques. Il y eut vingt garçons et une seule fille (le catholicisme dut la trouver mauvaise).

Quand on se voit à la tête d'une pareille famille, il n'est rien de plus sage que d'établir en sa propre maison une véritable salle d'étude dans laquelle un professeur spécialement engagé fera la classe pour tout le monde.

Ainsi fut fait chez mon bisaïeul maternel.

A mesure que les garçons atteignirent Tâge de raison, les envoya-t-on dans des institutions diverses pour leur permettre de se spécialiser selon leurs tendances ? Je l'ignore. Au surplus, il me serait vraiment impossible de vous raconter en détail cette grand'tante et ces dix-neuf grands-oncles. De mon grandpère seul je puis parler un peu, quoiqu'à l'aveuglette.

On l'appelait Michel.

Lui, Michel, dès qu'il eut acquis une bonne

instruction, fut envoyé en Amérique. Il y apprit le commerce. Quelques années passées, il se mit à naviguer. D'Afrique en Asie, d'Asie en Afrique, en Océanie, par toute la surface il vogua pour son propre compte, pratiquant le système d'échanges et s'amassant ainsi quelque fortune.

C'était, certainement, un homme intelligent (quelques papiers, qui me restent me le prouvent) et doué d'une somme peu commune de courage et d'énergie lucide.

C'est ainsi qu'un beau jour, dans un violent orage, toute sa cargaison s'engloutissant en la mer, et l'équipage affolé se disputant les chaloupes, Michel, s'étant fait lier sur une planche, commanda qu'on le jetât dans l'eau et que l'on ne s'inquiétât pas autrement de lui. Le navire périt avec sa cargaison, — une fortune. Quant aux marins, en fût-il de sauvés? Problème. Pour Michel Cody, qui — stoïquement et philosophiquement — se laissait descendre, sur sa planche, en des vallons d'eaux tumultueuses, il atterrit au bout d'un temps. Où atterrit-il ? Question. Que fit-il ? 11 avait conservé à l'un de ses doigts un diamant qu'il vendit et dont le prix l'aida sans doute à jeter les bases d'autres opérations et à se refaire quelque fortune. Ou bien se contenta-t-il de passer en Europe, voyageant au compte d'une maison quelconque ? Tout cela est très approxi-

matif. Puis, cela, je ne me le dissimule que peu, n'intéresse guère THistoire.

... Mais, laissons là mon grand-père. Je ne Tai pas connu. Il se silhouette pour moi comme dans une brume de légende...

A propos de légende, en feuilletant un vieux Book de 1836, auquel cet aïeul confiait des réflexions philosophiques, je trouve une page

— assez curieuse, il me semble — qui m'éclaire sur les origines de la famille Cody.

Sans souci d'élégance, je le traduis directement de l'anglais.

Voici :

... En quittant ces îles (Spike, Hawbowiin, dans la baie de Gork), à gauche, le voyageur remonte la belle rivière ; en doublant un promontoire boisé, il arrive en vue du village et du château de Monkstown. Le château fut construit en Tan 1636, et coûta — dit la tradition — un groat (quarante centimes) ! Afin d'expliquer cette énigme, on raconta l'histoire suivante :

— Anastasia Goold, épouse de John Archdeken, résolut^ pendant l'absence de celui-ci qui servait dans l'armée de Philippe d'Espagne, de lui prouver son économie en lui ménageant pour son retour la surprise d'une magnifique demeure qu'il pourrait appeler sienne. Voici le plan qu'elle suivit : elle fournit aux ouvriers les provisions et les objets dont ils avaient besoin, aux prix ordinaires ; mais, comme elle achetait en gros, elle vit^ en réglant ses comptes, que ce qu'elle avait gagné, en revendant en détail^ payait tous les frais de construction, à l'exception de huit

Les Archdeken étaient d'une famille anglo-irlandaise. Mais ils devinrent — Hiberniores quam Hibernices — plus Irlandais que les Irlandais euxmêmes : les membres de cette famille prirent alors le nom de Mac Odo, ou Gody. Ils eurent leurs biens confisqués en 1688, pour s'être attachés à Jacques II dans ses malheurs, souffrant ainsi la ruine, comme beaucoup d'autres Irlandais, par suite de leur attachement et de leur fidélité à ce bigot imbécile...

Clovis Hugues ne plaisantait donc pas.

Je sais bien que la qualité de petit-fils d'Irlandais ne confère point à celui qui s'en trouve orné Texclusif monopole de la compréhension des malheurs de Tlrlande. Depuis la venue de Maud Gonne en France, plus de deux mille articles, notices et études ont été consacrés, chez nous, — tant à Paris qu'en province, — à la vaillante patriote ; et il n'est pas, je le crois, un de ces écrits qui n'ait été inspiré par un très sincère sentiment de pitié pour cette si horriblement mais si bien nommée Terre de Tristesse.

Il m'est, néanmoins, possible d'avancer que plus qu'aucun de mes confrères je me sens pénétré d'émotion dès qu'au seuil de cette monumentale Histoire de France, — sublime essai de « résurrection de la Vie intégrale », — je vois se dresser l'ombre du grand Michelet, et si je l'entends me parler de ces

tf vieilles populations celtiques » qui, « assises aux roches paternelles et dans la solitude de leurs îles, restent fidèles à la poétique indépendance de la vie barbare, jusqu'à ce que la tyrannie étrangère vienne les y surprendre » !

Et quelles électriques étincelles ne jaillissent point de mon cœur quand, mémoratif, il m'advient de me réciter cette page, religieusement :

<c L'Irlande ! pauvre vieille aînée de la race » celtique, si loin de la France, sa sœur, qui » ne peut la défendre à travers les flots ! LÎle » des Saints^ Vémeraude des mers y la toute » féconde Irlande, où les hommes poussent » comme l'herbe, pour Tefifroi de l'Angleterre, » à qui, chaque jour, on vient dire : ils sont » encore un million de plas ! la patrie des » poètes, des penseurs hardis, de Jean l'Eri- » gène, de Berkeley, de Tolland ; la patrie de » Moore, la patrie d'O'Connel ! peuple de » parole éclatante et d'épée rapide, qui con- » serve encore dans cette vieillesse du monde » la puissance poétique. Les Anglais peuvent » rire quand ils entendent, dans quelque » obscure maison de leurs villes, la veuve » irlandaise improviser le coronach sur le » corps de son époux ; pleurer à Virlandaise » (to weep irish), c'est chez eux un mot de » dérision. Pleurez, pauvre Irlande, et que la » France pleure aussi, en voyant, à Paris,

» sur la porte de la maison qui reçoit ses » enfants, cette harpe qui demande secours.

» Pleurons de ne pouvoir leur rendre le sang » qu'ils ont versé pour nous. C'est donc en » vain que quatre cent mille Irlandais ont » combattu, en moins de deux siècles, dans » nos armées ! Il faut que nous assistions sans )) mot dire aux malheurs de l'Irlande !... »

Ah ! s'il eût pu l'entendre, Michelet, ce cri que Maud Gonne vint, en décembre dernier, jeter chez nous :

— France, ô Patrie universelle de tous les êtres qui souffrent, je viens vers vous, humble missionnaire de la souffrance d'un peuple. Donnez-moi quelque chose pour ceux qui n'ont rien. Permettez à des milliers de créatures de vivre encore un hiver.

Et s'il eût pu constater combien faiblement, en somme, ce cri retentit dans nos cœurs sacrilègement indifférents !...

Et, pourtant, je la vois encore, cette Maud touchante et fière, dressée en sa longue robe noire, la révolte de ses épais cheveux blonds nimbant son doux et énergique visage ; je la revois — oui — dans ce futile petit théâtre de Bodinier, rue Saint-Lazare, en le cadre — dérisoirement exigu, cet après-midi-là — de cette scène jusqu'alors seulement adaptée à nos besoins de distraction sans noblesse ; et je l'entends de nouveau nous dire, en son

mol parler musical d*étrangère non encore complètement familiarisée avec la netteté de notre accent ; nous dire en très simples et magnifiques paroles luminaires :

— € Sur les côtes montagneuses du Nord-Ouest de rirlande, dans le Donegal et dans la plus grande partie des provinces de Connjaught et de Munster, le sol est presque impropre à la culture. Des montagnes arides ; d^inmienses marais couverts de tourbe noire; des dunes de sable; une côte très accidentée, tourmentée par les grandes vagues de TAtlantique ; une mer orageuse dont récume blanche se brise sur des rochers immenses, — telle est cette contrée qu'habite une population de paysans et de pêcheurs, pauvres, fiers et intrépides.

> La scène est pleine d'une beauté sauvage et d'une tristesse indescriptible. Dans le cadre étroit de ces montagnes et de ces rivages, dans le silence de ces solitudes s'accomplit chaque jour un drame terrible : l'extermination d'un peuple I

» Et ce crime dure depuis sept siècles ! L'Angleterre n'a pas pu briser l'invincible résistance des Celtes. Nationalité, religion, traditions, espoir et haine, ils ont gardé tout ce qui conserve et perpétue l'idée de Patrie. Le vainqueur n'a pris que la terre, il n'a pas enchaîné l'âme indomptable de l'Irlande. Il l'a condamnée froidement à mourir.

> Au siècle dernier, nous étions douze millions : la politique anglaise nous avait réduits à neuf millions au commencement de ce siècle. Aujour-

d'hui, nous ne sommes plus que quatre millions et demi d'Irlandais en Irlande. Note sol est pavé de tombes ; notre histoire est remplie de deuils ; mais, dans notre longue agonie, nos cœurs n*ont pas fléchi : nous n'avons capitulé ni devant la force, ni devant la misère. Notre obstination est éternelle. »

Quand, dans les premiers jours de mars dernier, je me présentai chez Maud Oonne, sa solide main comme virile ouverte, elle vint à moi pour un accueil qu'elle voulut très fraternel.

Et, ma main dans sa main, je lui dis, devant les deux drapeaux de France et d'Irlande unis s'éployant au mur du vestibule :

— Je viens pour être un de vos apôtres, car je crois en vous. Si vous le voulez, je propagerai, je défendrai votre doctrine.

La rêverie noisette de ses grands yeux m'enveloppa un instant.

Après un silence, sa réponse fut :

— J'ai foi en une vie antérieure. Je vous reconnais. Je n'ai point à me défier de vous.

Les deux très grands chiens de Maud Gonne

levaient vers moi leurs mufles humides : l'un,

Buffalo Bill^ de la race des chiens de bergers

russes, haut et mince en son brunâtre vête-

ment de poils longs ; Tautre, Dagda, de plus importante taille, de crocs peu rassurants, trapu, porteur d'un nom de mi-mage mi-roi irlandais, dardait sur moi l'extraordinaire regard de ses prunelles dissemblables, et dont la droite apparaissait noire tandis que celle de gauche s'irisait d'un limpide bleu céruléen.

Paisibles, ils nous suivirent dans le cabinet de travail tout tapissé de filets de pêche rapportés d'Irlande et dans lequel flottait la subtilité d'un parfum combiné de vétyver et d'encens.

Sur la cheminée, sur la table, un peu partout, des portraits : le vénérable John O'Leary, qui fit l'éducation politique de Maud Gonne et vécut longtemps en exil ; le Tyrtée irlandais, W. B. Yeats ; les députés Sexton, John* Redmond, William Redmond, et Harrington, fondateur, ce dernier, de la National League et francophile très ardent ; un autre ardent francophile, — que nous verrons peut-être en France, si le grand meeting rêvé y a lieu, — le grand patriote, le grand orateur populaire James O'Kelly, qui', tout récemment, écrivait ceci à Miss Maud Gonne :

... J'ai souvent regretté que les hommes d'Etat français aient donné si peu de marques d'intérêt à la seule nation d'Europe qui veuille et puisse rendre à leur pays de si importants services. Si la France nous avait donné une aide effective dans nos luttes pour la

liberté, son drapeau flotterait, actuellement, non seulement sur les points de l'ancienne Gaule, mais encore sur une nouvelle France s'étendant en Amérique de Québec à la Californie.

Ce grand avenir est perdu, mais la France a encore un grand rôle à jouer si ses hommes d'Etat s'attachent à gagner la conflance et l'affection de ces gens qui sont répandus par tout le monde, organisés et réunis, prêts à venir appuyer qui donnera des preuves pratiques d'un sincère désir d'aider leur pays à reconquérir sa liberté...

A côté d'une photographie du député antipamelliste Mickael Davitt, lequel fut mêlé à tous les mouvements révolutionnaires d'Irlande, voici le tant connu portrait mélancolique du suicidé d'Ixelles, avec, au dos, cette dédicace : A Miss Maud Gonne, la patriote irlandaisey un soldat français. — Général Boulanger...

Cependant, Maud Gonne s'était assise, et, sur ma prière, elle avait, de bonne grâce, entrepris de « se raconter. »

Elle ne s'appelle pas Maud, en réalité; M ave fut le prénom que ses parents lui donnèrent. M aue, cela veut dire, parait-il : enfant de la guerre, ou : fille des batailles.

Mave fut élevée à Dublin. A l'âge de quatre ans, elle perdit sa mère. A dix ans, la poitrine atteinte, elle fut envoyée par son père à Cannes. Elle vécut là et en Italie jusqu'à sa dix-huitième année. II y avait en elle un mé-

lange égal de frivole et de sérieux. L'horreur de tout ce qui est plat et vulgaire fut, chez elle, très tôt, caractéristique. D'ailleurs, tout enfant, voici quelle était sa seule prière à Dieu : « Que ma vie soit ce qu'elle voudra, heureuse ou malheureuse ; mais qu'elle ne soit point banale. »

De retour à Dublin, Maud Gonne, toute une année, dut se laisser entraîner dans Técœurant tourbillon mondain. On la vit à tous les bals du vice-roi. Même, les imbéciles grâces du flirt papillonnèrent autour de cette Jeanne d'Arc avant les Voix.

Mais, elle savait s'évader du cercle de ces agitations vaines : chez elle, Maud Gonne lisait Kant. Le livre sur les genoux, la pensée vague, l'âme éperdue, souvent, elle se cherchait. La vocation ne surgissait pas ; tes Voix tardaient. L'Ennui terrible tissait sa grise toile sur la future patriote.

Elle souffrait déjà, pourtant, de l'odieux contraste qu'offraient, d'une part, la milliardaire turbulence des landlordSy et, d'autre part, l'affreuse misère de leurs paysans. Bien* tôt, elle ne sut plus supporter sans horreur le spectacle des évictions. Les scènes auxquelles ces évictions donnaient lieu évoquaient, dans l'esprit angoissé de Maud, le Moyen-Age en ses jours les plus sombres.

— Si vous veniez en mon pays, me dit^elle,

chaque pierre vous raconterait sa tragique histoire... Des femmes m'ont conté qu'elles avaient reçu le dernier souffle de leurs enfants sans pouvoir adoucir leur agonie par une goutte de lait. Il m*a semblé, sur ces montagnes dlrlande toutes pleines d'une majesté sauvage, le soir, quand le vent souffle sur cette terre où des milliers d'Irlandais morts de faim ont engraissé de leurs cadavres les récoltes de l'avenir ; il m'a semblé entendre des voix vengeresses qui vouaient nos féroces oppresseurs à l'exécration des hommes et à la justice de Dieu !

Enfin, Maud Gonne avait entendu les voix...

— Laissez-vous conduire par moi chez un sûr ami, lui avais-je dit, en la quittant. Il sera bientôt le vôtre, vous verrez; vous rencontrerez chez lui de jeunes hommes de lettres français qui, vous ayant entendue, mettront certainement leur plume et tout leur cœur au service de votre cause patriotique.

Et Maud Gonne, un soir, vint chez René Ghil.

Beaucoup de ceux qui signent ici se trouvaient là.

Quatre heures durant, religieusement, nous l'écoutâmes.

Simple, elle nous dit son rôle de sœur de

charité au cours des évictions, là-bas, et les efiforts qu'elle fit pour faire triompher les candidats gladstoniens, lors des dernières élections anglaises. Elle nous dit aussi — et surtout — les tortures endurées par les prisonniers de Portland, par ces victimes du patriotisme en faveur de qui Tlrlande, par la voix de Maud Gonne, en appelle au jugement, au cœur et à la conscience de toutes les nations...

Après tant de malheurs, — se demande Maud Gonne, qui songe aux tentatives constantes du vieux lutteur libéral Gladstone pour la réparation d'une immense iniquité, — Tirlande appartiendra-t-elle aux Irlandais ?

Devront-ils encore mourir de faim, disparaître, émigrer ?

Viendra-t-il un jour où, comme en Ecosse, la cornemuse ne fera plus entendre qu'un air dans les montagnes d'Irlande :

Cha tillj cha till, cha till, sin tuile !

Nous ne reviendrons, reviendrons, reviendrons

Jamais !

Page 1