‹ L'Idée évolutive; [fragments d'œuvres & commentairesChapitre 3 sur 16 · Livre II · texte numérisé non relu

Livre II

C'était en le lointain des Ages inconnus.

A Tombre des menhirs aux Torses titaniques, sur les dolmens Tampleur des chants aquitaniques sacrait le Sacrifice ardent des Druides...

Nus, les rocs durs et pourprés sous Taffre des Victimes laissaient sans fin le sang jaillir en fleuves noirs et, la splendeur de Tastre emmi l'Orbe des Soîrs décroissait aux Versants voilés des monts ultimes.

C'était en le lointain des Ages inconnus.

Aux horizons d'horreur où ne vibre nulle aile autre que l'aile lente et lourde et solennelle des tournoyants Vautours avides de corps nus.

[Vers les Septentrions teintés de blême étain où des halliers fléchis en les rives incultes pleurent le Deuil de l'aube en un réveil d'airain, nous irons, évoquer l'Angoisse des hauts Cultes.

Parmi le tuf et le granit des Tombeaux mornes d'où des reptiles tors déroulent leurs anneaux, aux cupresses glacés des Espaces sans bornes assourdissant l'appel errant des vains vanneaux,

les Spectres des Guerriers gisants sous la bruyère s'éveilleront au vent rude de notre voix clamante en le Désert de sables et de pierres, où de grands pins, au loin, ressemblent à des croix.. .

Et nous irons, le bras levé vers les Ténèbres, ressuscitant les saints Devoirs de nos aïeux —

à l'ombre rousse des ravins si périlleux, — quand le brouillard voile le vêpre à pans funèbres.]

Le vent glisse en sifflant sur les cyprès sinistres et des gouttes de pluie étoilent les tombeaux de larges pleurs,

et planent, haut, les noirs corbeaux longtemps perchés sur les grands bras droits des

croix bistres.

ZiBS VEIIiliÉES

Légendes blanches et frileuses de Veillées — Légendes d'ors d'Automne, encore ensoleillées, mais où s'épand le calme lent du lointain Cor. — Légendes douces d'amour, d'Espoirs et de mort, —

Légendes noires d'Etangs noirs gardiens de Tombes où planent des essors funèbres de palombes et girent des follets en la sombreur des Soirs... Légendes 1

D'ors, en le doux adieu des Etés, d'ors verts et pourpre pâle éployés sur les Plaines — les ciels vêtent avant les vaines cantilènes d'octobre, de splendeurs ! les orbes dévastés...

[des pourpres pâles s'allongeaient au fond des plaines où l'astre rouge au-delà des pins violets :

sur ce décor de blonds poulains caracolaient et le vêpre hivernal congelait leurs haleines...

aux fourrés de grands houx de blancs flocons de laines révélaient les ébats bondissants d'agnelets et de grêles grelots aux grèves s'envolaient, tintant très tristement parmi les marjolaines...]

et les Très- Vieux Bouviers vers les confins des

landes, redisent en marchant au front de leurs noirs bœufs qui foulent pesamment l'or des sentiers herbeux, la naïve vertu de Très-Vieilles Légendes.

... aux Soirs, — le vent d'hiver venant mugir ses

vaines colères aux Toits clos où l'Atre immense luit, plaquant son ondoyant reflet qui flambe et fuit autour des murs, où se flétrissent les verveines — aux Soirs,

l'Atre où se tord le chêne des grands bois

ruisselle des scintils de sèves grésillantes : TAïeul, en un recoin, de sa voix indolente redit les longs récits des Aïeux d'Autrefois. Les Femmes,le front las, frôlant Tor des Quenouilles, filent les longs filaments blonds de longs fuseaux — et les Petits, pensifs, en un gazouil d'oiseaux lèvent leurs grands Regards

et, rêveurs, s'agenouillent.

Les Pâtres ont chanté la chanson grave et rauque et la lune s'endort, là-bas, dans l'étang glauque.

En la cendre brûlante où brillent les tisons de leurs Yeux les Félins en lasses attitudes semblent ouïr les voix venant des vastitudes endormant leurs effrois aux seuils clos des Maisons, semblent comprendre, en leur rêve l'horreur de

l'Ombre...

et, parfois en fouettant leurs flancs tout décharnés, s'acheminent vers les greniers enlucarnés, — d'où leur râle déchire et glace la nuit sombre.

Puis, c'est quand le gel blanc a gemmé les lagunes et quand les roux torrents roulant l'onde en flots

lourds tombent, sur les sommets des Chaumes de velours, des ciels d'étain où dans le noir s'éteint la lune : Le givre aux bois, le vent de neige en les chemins lointains, enlînceulés de sables et de flaques, tandis que les corbeaux, hauts, de leurs ailes

claquent, — prophétisant les proches morts des Lendemains l

...le vent glisse en sifflant sur les cyprès sinistres et des gouttes de pluie étoilent les Tombeaux de larges pleurs, —

et planent haut les noirs corbeaux longtemps perchés sur les grands bras droits des

croix bistres...

Les mornes murs du vieux manoir où sont les Morts

croulent sous la lenteur tenace des racines —

du sommet de ses Tours dont les Yeux s'hallucinent

la lande se déroule en les horizons morts.

Sur les pierres roulant, une à une, des brèches,

la bruyère a flétri ses frêles fleurs d'hiver

et, la neige, neigeant très lente, a recouvert

les durs créneaux glacés de ses hermines fraîches.

Les Cygnes somnolents en les lents Estuaires ont éployé la candeur vive de leurs blancs cols et pennes frémissants sur leurs chastes flancs allés aux mortes eaux à flots sépultuaires.

Aux loins d'horreur s'endort le glauque glas des

Tours tintant son deuil lassé sur les dalles tombales, où ne resplendit plus en les gloires aubales le Cor qui saluait le vol plan des Vautours...

Un légendaire Paysage :

La lande étale à TEst des Tours du vieux manoir sa solitude où des gibets semblent mouvoir leurs bras de mort sur le ciel rouge de ce Soir.

Lors, les Guetteurs donnent du Cor dans les rafales qui, folles, vers les ténébreux étangs s'affalent en leurs tournoyants vols de rumeurs triomphales.

Et Tair palpite en le vol fauve des gerfauts déchiquetant la nuit de leurs ailes en faux planantes sur Teffroi, des plaines, de Tombeaux

qui semblent s'ériger en la brume I épandue

tel un flottant suaire au seuil de l'étendue

en deuil, des Déserts où des voix sont entendues :

les farouches gerfauts enfuis au noir des Nuits qui vont glaner, — au loin, sous le glas des minuits — sinistres pourvoyeurs de nos rêves d'Ennuis —

la pâture en les coins des Enclos de cadavres, aux cimetières des Villages et des havres traînant les cris d'horreur qui angoissent et navrent.

Aux horizons nues des nuits de blême étain, sous leur rapace envol un pan de ciel est teint de sang, —

et le sanglot lassé des bois

s'éteint.

Or, les Pâtres ont tû la chanson grave et rauque et la lune s'endort là-bas, dans l'étang glauque.

Un vieux Pâtre disait :

G^est, par delà les grands ravins aux blanches roches

— bien plus loin que la Tour maudite du manoir — une lagune morte, où de lourds huants noirs battent de l'aile avec terreur à votre approche...

Quand tintent lentement, aux lointains^ les glas

lourds des minuits, ne passez, Pâtres, en cette lande sans vous signer deux fois, songeant de la Légende : dans le brouillard hâtez le pas, sur le velours des brandes — en serrant plus fort votre cavale aux flancs meurtris du choc nerveux de vos talons — et qui hennit, quand dans le vent, les étalons sauvages vont aux Parcs

à Tabri des rafales .

— Les Pâtres écoutaient cette voix grave et rauque, la lune s'endormait là-bas dans TEtang glauque —

et, lentement l'Aïeul reprit :

L'Appel tintait, de lande en lande, du Beffroi. Par les déserts détours des taillis et des sentes, dolemment, s'en venait la troupe obéissante du Peuple

précédé de pâles palefrois que tenaient haut les Ecuyers des Châtelaines,

— car il neigeait, et blanche était toute la Plaine, et sur le gel buttaient les nerveux destriers.

Les durs Veneurs, dressés, lents, sur leurs étriers, jetaient au calme de la Nuit d'âpres fanfares :

Un Porche splendissait dans le loin comme un phare guidant au Minuit de Noël, les Chevaliers...

Les Pâtres écoutaient cette Voix grave et rauque et la lune flottait, là-bas, dans TEtang glauque...

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