‹ L'Idée évolutive; [fragments d'œuvres & commentairesChapitre 4 sur 16 · PULVIS · texte numérisé non relu

PULVIS

Poussière que le vol d'un souffle indifférent Promène du vallon aux cîmes irisées, Nuage dédaigné,, pâle vestige errant De cœurs anéantis et de tiges brisées,

Lorsqu'en tourbillonnant tu passes sur mon front Je sens comme un frisson de folles espérances, D'ineffables amours, de vibrantes souffrances, Toutes mortes, — et qui jamais ne revivront.

Pollen tombé de Taile invisible des âmes.

Dans ton frémissement se recherchent encor Ces atomes légers dont sont faites les trames Que la vie un instant ajoute à son décor !

HUGUES LAPAIRE

L'AIVIVETTE

Poème du Berri.

Ii'Aube.

A rhorizon lointain s'entr'ouve une paupière : un œil couleur de rouille apparaît au levant, la plaine s'opalise, et la blanche lumière de Taube, va s'éteindre aux muances du vent.

UŒil grandit ce pendant que se lève la taie:

les guérets argileux sortent de leur torpeur, et des sillons ocrés tout hérissés d'ivraie, et des vais et des creux, s'échappe une vapeur —

et lui, prodigieux promène une caresse par rimmense étendue et la nue au-dessus où les ailes au vent, languissamment paresse le plan milan, hauteur des vieux rochers moussus.

Tandis que l'œil saignant du monstreux Cyclope diamante les joncs qui pointent leur émail dans le marais frangé d'une gaze héliotrope

les coqs vont agiter leurs crêtes de corail !

Ils se sont envolés sur les pailles dorées, sur le toit d'une grange, au faîte des auvents, sur l'imposte pourrie, aux portes décorées de captures d'oiseaux, d'éperviers, de chavants.

Loin, partout, des halliers éclatent des fanfares...

A cet œil contemplant Téternel statu quo,

les coqs viennent chanter leurs poèmes barbares.

Et loin dans la varenne agonise Técho...

Ce pendant que leurs yeux d'un bleuté de faïence s'enluminent d'aurore, un carillon traînard promène isolément sa molle doléance :

c'est l'angélus qui passe au seuil du jour blafard.

Du village au hameau se répondent les cloches, de solée en solée arpègent les oiseaux — les taurins et les bœufs dans les prés et les rauches(l) font gémir les forêts de leurs sons gutturaux.

Tandis que le Jour monte, on voit la gueuserie d'un chaume agenouillé sur les quatre chemins ; c'est la Ferme. Le soir, du bout de la prairie on dirait un pailleux (2) qui tend ses molles mains.

Son carré de jardin fleurit de violettes ; près des choux, dans les fleurs vient s'arrêter l'essor de l'abeille qui semble au fond des cassolettes au chatoyant satin, un soyeux bouton d'or...

Son plessis tout humide embaume d'églantines, l'églantine au teint rose — et le myrte à foison s'emmêle au chèvrefeuille, aux vives aubépines,

tandis que le Jour monte effleurant la maison.

(1) Marécages.

(2) Mendiant.

L'Aube étend sa grisaille aux coins de la fenêtre, elle entre sous le chaume encore ensommeillé : le maitre, le premier vient de la voir paraître. — Il réveille les gars, il est vite habillé.

Alors du môme lit un essaim se dégrouille, la maison tout à coup a repris son entrain.

Les sabots font du bruit et l'huis se déverrouille. Sur le feu, la marmite enraye son refrain...

A l'autre angle du mur, dans l'autre lit, on bouge. Un bras s'allonge et pend, lascif et duveté ; un soupir se nasille et la courtine rouge s'écarte rudement dans la faible clarté :

sur le grain trop rugueux d'une grossière toile, sur les draps encrassés, teints de sa puberté, l'Annette aux grands yeux bleus avivés comme s'étire. — Oh I corps royal en sa rusticité, [étoile,

Un désir se démène au fond de sa prunelle,

sa bouche se contracte et se tord comme un ver,

son sein gonfle le lin, sa rondeur s'y modèle,

et tout son corps s'énerve à l'odeur de sa chair.

Elles ont Tonduleux de la vague, ses hanches, quand virent sans effort ses muscles vigoureux ; elles ont le luisant de l'acier, ses dents blanches dans le débordement du demi-jour cendreux.

L'Annette aura seize ans au doux temps des alises — sa peau halitueuse à l'air vif du matin frémit comme au contact de lèvres agressives, et sa gorge susure un rire libertin.

Ainsi que le taureau qui âaire la génisse après avoir tendu ses naseaux dans le vent, comme pour un apprêt de vice et de délice Elle aspire dans Tair quelque souffle énervant,

puis rejetant les draps, rosée et demi-nue,

elle s'étire encor ! tandis que le soleil,

Tœil indiscret qui monte au profond de la nue,

couve à travers la vitre ardant, le beau réveil..,

Le Sordon (1)

Derrière la maison, la sente se dépeinte, s'élève, s'attiédit et s'emplit de couleurs : des sommets des pommiers à nébuleuse teinte tombe sur les verdiaux (2) une averse de fleurs.

On entend le frisson des plantes qui s'éveillent... un cercle d'étourneaux s'abat en désarroi près d'un buisson d'ajoncs où des corbeaux sur-

[veillent la proie agonisante ou quelque lent convoi.

Il passe dans les houx des rayons phosphoriques, des express de piverts et de martins-pêcheurs. Les lézards s'étirant des sommeils léthargiques traînent leur émeraude en de fines blancheurs.

(1) Petite source.

(2) Saules noirs.

oiseaux des forêts arrivent par phalanges, oiseaux à plumets, à guimpes, à rabat, puputs (1), des vitracs (2), des linots, des mé-

[sanges — es pommiers fleuris vibrent de leur sabbat.

is un geai tout à coup jette un cri de déroute... I margot s'envole et se perche plus loin...

silence profond. Plus de chants. On écoute... l un petit grillon bruit dans le sainfoin.

pieds dans des sabots, indolente et silente, ses reins vigoureux le caraco craquant, ovse cadencé, la marche trimbalante, upe en tiretaine aux cuisses lui plaquant,

nnette vient d'entrer dans la fraîche passée.

corbeaux effarés s'envolent aux manoirs.

Boualent au vent leur morne croassée ; vont, tachant le ciel de leurs longs plumeaux

[noirs.

c'est qu'ils prennent peur de tout ce qui gravite, le tout ce qui vit et vire, les corbeaux !

t qu'ils ont vu passer la brune favorite a sente plaisante et des gais renouveaux.

nnette vient d'entrer dans la fraîche passée (3).

ff

-2) Sortes de huppes, ) Petit chemin.

Et sa voix au vocable aigrelet de hautbois s'élève en le silence, et les oiseaux des bois entendent sa chanson charmeuse et cadencée*

< Je connais un gentil boyron (1) si blond que nout'vache barrée, qui by' (2) la fille à nout'patron tant qu'c'est qu'ils dansent la bourrée.

C'est un gas chenu (3), ben face qui prend le teint de la cenelle (4) tant qu'c'est qu'il se trouve placé vis-à-vis d'elle à pastourelle.

Moi, j'ai ren que des allipiaux (5), elle, a des volants, des orières :

moi, je n'ai ren, j'ai pas d'bestiaux elle, a des boyrons, des beutières (6).

J'en perds le boire et le manger, la nuit, j'en rêve et ça m'désole.

j 'crois ben qu'ma vie est en danger j'en parirais une pistole. »

Et dans la sente blonde, il passe un bruit, très bas d'ongle rayant la soie, un frôlis de cannelles : c'est un petit sordon qui vient, on ne sait pas, comme viennent les joncs, et viennent les prunelles.

(1) Garçon qui touche les bœufs.

(2) Embrasser.

(3) Trapu.

(4) Fruit de Taubépine.

(5) Loques.

(6) bouvières.

.use de son fond de caillottes (1) maïs

B galets couverts d'un poussier d'améthystes,

^ens de la contrée ont raconté jadis

ce petit sordon des contes fatalistes :

Bi jamais miré que le faste des cieu^, la dentelle grise au corps des demoiselles, i jamais noyé dans son creux oublieux les grelots criards de vertes sauterelles.

; il en est venu de bœufs et de moutons ses abords glaiseux sont changés en

[mouillères (3), il en est passé de charriots, de piétons, par côtés, Teau suit de profondes ornières.

une bigouline (2) exhalant des fraîcheurs, entine en les prés sur Fherbe renversée, uvant les oiseaux, les bœufs et les faucheurs lutine lustrale en cristal, l'eau glacée.

a pris de la mousse et des couleurs de tans, lis qu'elle reçoit le soleil de la plaine, erre que posa voilà déjà longtemps que berger rêveur au bord de la fontaine...

nette se souvient que morveuse et sans bas, s'en venait là cueillir des marjolaines, le hêtre où les gueux et les moutons en tas aient, dans la tombée endormeuse des faînes.

Petits cailloux.

Endroits humides^ Petite rigole.

L'heure est propice où rien ne trouvera mauvais le délit de ses seins au chu de la chemise, les margots ni les geais, ni les merles de jais pas même le baiser que lui donne la brise I

Des roseaux affilés branlant des triolets,

se détache un oiseau qu'un souffle doux entraîne

et son vol bleu se frôle aux iris violets

puis caresse en passant, le dos de la très-saine.

Très-saine, aux cheveux noirs comme une sombre

[nuit, ou comme la plumée homogène des merles !

la petite rainette au fond d'un trou, sans bruit, regarde sur sa peau dégoutteler des perles.

Ses bras mordus de hâle et glabres en dessous d'un mouvement nerveux tortillent sa tignasse comme ils feraient d'un lien pour lier des seigles

[roux...

au faîte de sa tête, un noir serpent s'enlace.

Et penchant son image au-dessus du miroir, l'onde lui clair renvoie un chatoiement de tresse que le petit sordon gardera jusqu'au soir avec l'expression de sa forte Jeunesse.

Lie Pâtis

Sur la terre à potiche, uniforme, en pâtis,

sous le ciel lumineux, sont de vastes brumailloç ;

c'est comme un champ de mort quand, les troupeaux

[partis, on n'entend plus tinter les agrestes sonnailles.

Des pollens blancs, légers, de plantes sur les rocs, des graines de froment, d'averon (1), de luzerne, sur ce sol argileux inentaillé des socs au hasard sont semés par le vent de galerne.

Il vient comme à regret de pâles floraisons dans rébouriffement des chardons, des bruyères ; le râle chante seul sur les maigres gazons, sous le branle constant des hautes balaitières.

Errants, cherchant leur vie, ils sont douze grands

[bœufs mal cornés, les flancs creux qui meuglent des

[tristesses ils sont douze, debout, sous les aubiers noueux, se garant des midis aux rudes sécheresses.

Ils promènent un son lugubre de tocsins, et de leurs mufles plats, volent des flls de bave. Ils sont douze forçats qui traînent des clairins et s'empêtrent toujours dans les lourdes entraves.

Toigours en mâchonnant, ils vont boire au marais. A pas lents, se suivant, dans la patouille, ils foncent : ils font peur aux crapauds de ce gouillas (2) épais... sous leur souffle bruyant, les eaux noires se froncent.

(1) Avoine folle.

(3) Marécage.

A rheure du pâtis pour les autres bestiaux, de meuglements, d*appels, retentissent les brandes ; ils se sont redressés, les chapes (1), les blondiaux (2) comme par là flairant d'ineffables provendes.

Par la sente abritante, un lot de blancs béliers, de moutons blancs chemine en tondant les bou^-

[chures, en broutant les fossés, les pousses d'arbousiers, capricant et bêlant leurs sauvages luxures.

Derrière le troupeau s'en viennent les juments, de leurs flancs fécondés montrant le proche terme. En leurs ventres battant de durs essoufflements, des étalons puissants se façonne le germe...

— Amode-les (3), Faraud, vire aux pieds, vire-les I —

Et le chien tout gamby (4), presse les attardées,

les brebis allaitant leurs tendres agnelets,

les juments s'arrêtant pour souffler, par dardées.

Dévidant l'écheveau retenu sous son bras, comptant placidement et recomptant les mailles, L'Annette les conduit l'œil baissé sur les bas qu'on lui fait tricoter pour chausser la marmaille.

Au pâtis,

à l'abri du soleil et du vent

(1) Bœufs marqués de blanc.

(3) Bœufs bai clair.

(3) Amène-les.

(4) Boiteux.

ère un coin de haie ou sous le parapluie auvais coton bleu, son regard suit, rêvant, liages qui vont aussi noirs que la suie.

land les horizons prennent des tons cuivrés, es bœufs, les moutons vers elle se reploient, erre sa jupe au bas de ses jarrets...

rait qu'elle a peur que ses bêtes la voient.

node-les, Faraud ! —

Paraphant son adieu^ ir va s'enrouler dans son plaid de cinabre :

>upeau s'en revient baigné d'or et de feu, pelots grelottant une chanson macabre (1).

a suivre.

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