‹ L'idée fixeChapitre 8 sur 16 · DE LÉOPOLD A MADAME DE LISVAL · texte numérisé non relu

DE LÉOPOLD A MADAME DE LISVAL

« Elle souffre et je suis loin d'elle ! C'est une autre main que la mienne qui lui prodigue des soins, ce sont d'autres yeux qui veillent sur ses jours!..,. Noèma, ta fièvre a passé dans mes veines, et je brûle de regrets et de désespoir. Je me suis présenté chez toi ; mais on ne m'a point permis de franchir le seuil de ta porte. Malheureux que je suis! ni ton bonheur, ni tes souf-

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frances ne m'appartiennent ; et dans ce moment, je cloute même si mes plaintes et mes vœux arriveront jusqu'à toi. Et tu pourrais mourir loin de celui qui te chérit plus que la vie!... Oui, meurs! du moins alors rien ne nous séparerait plus.... Que dis-je? le monde nous poursuivrait jusqu'au delà du tombeau : il ne voudrait pas que la même terre nous couvrît tous les deux... Ah! si tu pouvais lire dans ce cœur que ton mal désole, comme tu m'aimerais! Souviens-toi de ces promenades délicieuses où je te confiais mon ame tout entière : quel charme pour moi de te rendre seule dépositaire de tous les secrets de ma vie !

« Mais , dis-moi , par quelle bizarrerie le plus aimant des hommes peut -il devenir

cruel et sans pitié? Tiens, croirais-tu qu'un misérable orgueil m'a fait croire que je n'étais pas étranger à tes souffrances , et mon cœur en a frémi de joie. Ce sentiment féroce, incompréhensible, retenait les larmes qui coulent maintenant de mes yeux : et je ne puis les répandre à tes genoux ! Noéma ! mon unique amie , prends pitié de ma douleur, de ma jalousie, de mon délire.... Je suis au désespoir... Aimemoi de toute ta vie , Noéma ! Sois à moi , ou je meurs. »

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