CHAPITRE II
Quelle est maintenant cette vie dont nous avons étudié la genèse et le mode d'entretien? quels sont ses caractères, ses différents aspects, ses manifestations? Il esi bien entendu que cela ne peut pas être réduit en formules ; notre évangile ne nous en fournirait pas les éléments. La vie que nous étudions, à cause du mystère de ses origines, de sa richesse même et de l'idéal où elle tend, ne se prête guère à l'analyse. Puis c'est toujours Jésus qui parle et, si différent que son enseignement puisse être de celui des synoptiques, il ne se présente pas sous la forme de thèses fortement et systématiquement liées. Ce sont des déclarations axiomatiques empreintes d'une divine autorité, ce que Pierre appelle des paroles de vie éternelle. (VI, 69). Nous y retrouvons ce caractère dont ses auditeurs, d'après Mathieu et Marc, étaient si fortement frappés : Il enseignait comme ayant autorité et non comme leurs scribes. (Math., VII, 29; Marc, I, 22). Pourtant nous avons à essayer de décrire, d'après l'évangile et l'épître de Jean, ce qu'est la vie de l'homme nouveau, né de Dieu. On l'a maintes fois répété, le christianisme est une vie plutôt qu'une doctrine. Le malheur est
qu'en établissant cette grande vérité on reste trop facilement dans le vague. Mais c'est là, désormais, le fonds qu'il faudra creuser pour en tirer les assises d'une psychologie religieuse. Il y a une vie de l'esprit qui commence avec la conversion ; quelle est-elle ?
Nous pouvons la considérer sous quatre faces :
Elle est lumière ;
Elle est assurée pour toujours ; c'est le salut, la vie éternelle ;
Elle est le souverain bien, à la fois vertu (ou accomplissement de la volonté de Dieu), vérité, liberté, félicité ;
Elle est amour, et par là même elle se propage; elle est essentiellement sociale.