‹ L'idée moderne du droit (volume 2)Chapitre 26 sur 77 · LA PHILOSOPHIB DU DROIT EN FRANCE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIB DU DROIT EN FRANCE

propre à ces deux nations, afin de faire comprendre comment l'instinct populaire s'accorde avec les spéculations des philosophes. Nous nous proposons de faire pour la France une série de recherches analogues. Faisons voir d'abord comment une idée nouvelle du droit est née dans l'esprit français, puis comment elle s'est développée chez nos philosophes. Ainsi nous aurons déterminé l'état actuel du problème avant d'entrer pour notre propre compte dans l'examen de ce problème lui-même.

LES ORIGINES DE L'IDÉE NOUVELLE DU DROIT DANS l'esprit NATIONAL

Toute grande nation a son génie distinct de Pesprit des individus; c'est ce qui fait son unité et lui donne sa force. Que ce génie s'oublie lui-même et s'affaisse, la nation semble prête à se dissoudre; qu'il se retrouve et se ranime, la nation tout à l'heure abattue se redresse et marche. Cette âme commune à chaque nation est, comme on sait, l'objet d'une science nouvelle que les Allemands âppdlent la psychologie des peuples. Tandis que des contrées voisines, mettant cette science en pratique, se complaisent à réduire en formules leur esprit national, pour l'ériger ensuite en une sorte de loi et de droit supérieur à tout, il convient aux Français de se souvenir aussi d'eux-mêmes, non pour s'élever ni se rabaisser systématiquement comme ils le font parfois, mais pour reprendre, avec la conscience de leur vrai caractère, la pleine possession de

l'esprit iERAî^AIS iBT JLilûÉE DU DROIT 147

l'idée qui a fait Bt, peut iaiie .oiiGûreJQur'vitalité daits rhiatûire. .Une .telleiàtudi^, outre Bu!elle«est.nàcessai£e pour ifâire it^omprendre .le développement de notre pbilosqpbie du droit, n'est pas sans résultats pratignes. Quôdûit.êtraen effet la vlégislation d'un jpe^ple, que doit:être.sa .constitution j)oli tique pour avoir chance de ♦vifi,.-sinûnifexaate expression .du ^génie. national?

Rappelons. d'ahord en quelques mots les causes bien connues- qui ; ont. contribué, à former notre caractère : le climat, le ten^péraoïent, rsurtout ia race et la tradition Jiistorique. IjSl situation .géographique de la Erance, moyenne entre le nord et le midi, entre tous les types de climat et' de végétation, dont elle réunit les productionjs principales depuis le sapin jusqu'à r.oranger, paraît .propre, au développement d'un esprit .inoiQS .étroitement .national, moins exclusif, accessible <à .des influences plus variées et jplus générales. Ajoutez-y un genre de tempérament également intermédiaire entre les extrêmes, plutôtuerveux, et sanguin quelynapliatique et bilieux, .où le sérieux du Nord.est »con\pensé,par la vivacité et 1^ passion des pays aimés dusoleil^oùJJéquilibre humain, mieuxxéalisé, montre plus d'iiarmonie; ten^pérament équitable, pourrait-ron dirje,.flui tend.à maintenir Fégalité entre lesdifférentes. facultés humaines et à faire à chacune sa ,part selon une sorte de justice naturelle; '.caractère, à la fois ardent et mesuré qui permet difficilement à la passion.

au caprice et à l'excentricité individuels de choquer la raison générale, qui voudrait imposer à toutes choses la règle, la convenance, Pélégance, et qui, quoique avide de nouveauté, s'efforce cependant de rester fidèle au «bon sens » et au « bon goût. » Un esprit plus large et en quelque sorte plus humain, voilà donc ce que ces deux premières influences tendaient à développer dans notre pays ; mais, si nous voulons mieux nous rendre compte de notre physionomie nationale, il faut se rappeler les facultés natives de la race, tant de fois remarquées par les historiens. Quand nos voisins d'outre- Rhin remontent volontiers jusqu'à l'Inde et plus haut encore pour chercher les origines de leur « mission germanique, » il est permis de remonter jusqu'aux Gaulois pour signaler chez eux un instinct de justice, une sorte d'esprit juridique dontfutfrappéel'antiquité même. Qui ne connaît le portrait fait par Strabon de la race gauloise, où il est déjà dit que nos ancêtres prenaient volontiers en main la cause de ceux qui subissent une injustice, toîç àîtxsïaOai Soxoudi? Selon César, les Gaulois se gardaient de confondre le droit et les lois, jus et leges ; selon Strabon, les druides accordaient déjà une grande place dans leurs enseignements au droit et aux lois, « instruisant d'abord leurs élèves sur le droit naturel, puis sur les constitutions et les lois particulières des États ^ »

1 . On a aassi noté bien des fois cet instinct de fraternité qui faisait considé-

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Il suffit de se rappeler notre véritable tradition historique pour reconnaître que la Gaule devenue France demeura fidèle, par ses qualités comme par ses défauts, au génie héréditaire de sa race. L'histoire est une sorte de biographie des nations qui ne fait que développer à travers le temps leur type psychologique, comme la biographie individuelle montre en action le caractère d'un individu. De très-bonne heure la Gaule embrassa le christianisme, doctrine de justice et de fraternité. Plus tard, si la chevalerie se développa surtout en France et y jeta tout son éclat, c'est que les chevaliers, se devant tout entiers à ceux qui ne pouvaient eux-mêmes défendre leur droit, aux misérables, aux orphelins, aux femmes, personnifiaient avec le courage une tradition de générosité et de dévouement

rer à nos ancêtres comme un honneur par excellence le sacrifice de soi à autrui. Déjà ils donnaient le nom même de fraternité, brodeurde^ aux associations où déjeunes guerriers, s'attachant à quelque chevalier en renom, s'imposaient un dévouement absolu à sa personne dans la vie et dans la mort, « montant sur le bûcher, disent Polybeet César, en même temps que celui qui les avait aimés.» Enfin, à cet instinct de fraternité se joignait un certain sentiment d'égalité qui comblait parfois les distances entre les classes et les sexes, qui permettait à l'esclave ou à la femme d'entrer par libre adoption dans le collège des druides, à la jeune fille de choisir librement son époux, à l'épouse d'avoir une personnalité libre, une propriété, une part dans l'administration des biens communs ; premier pressentiment de la famille telle que notre droit l'a instituée en France. Ces sentiments égalitaires avaient leur origine dans un amour déjà vif de la liberté, joint à une idée encore vague de la valeur inhérente à la personne humaine. La manifestation la plus frappante de cette idée est la vivacité de la foi gauloise à l'immortalité personnelle. La Gaule croyait que les personnes et les affections ont un prix trop inestimable pour ne pas survivre à la mort même : la mort n'est que « le milieu d'une longue vie. » Les anciens, on le sait, reviennent sans cesse sur la force et l'importance de cette croyance, qui entraînait dans la pratique un mé* pris de la mort et un courage indomptables : Non paventi fanera Gallias.

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à là justice. S les souverains de France; plbs que- tous les autres au milieu' du despotisme universel', se-pre^ tCTdaient le « recours des opprimés» etcles justtcle» suprêmes ^; »^ c'est sans doute qu'aux yeux du peuple français le plus noble usage de la puissance* fiit tou^ jofurs la protection du dh)it des feiblés. Si c'est dfe^ I^ance que partit, pour entraîner PEurope à samiite, la généreuse* folie' des croisades, prêchée d'abord' au peuple par un homme du peuple, puis gagnant Ibs' seigneurs et lès rois, c'est qu'il s'agissait là encore déporter aide à des frères lésés dans- leur croyance*, dans^ leur liberté, dans leur droit. Si la France- menacée ollte-même par les Anglais trouva en* son sein pour se défendre non*seulement dfes héros; comme tous les^ autres peuples, mais des héroïnes dont la figurera" Ik fois douce et forte est sans analogue dans Fhistoire desâut«es:natioQs,c'esilique sur la tenre:de^ Jeanne Xkta:,. comme dana la Gaule antique,, Thonnauc tradltianner. dfe^se dévouer pour la justice n^était pas pDis:ref$iaé'à. la. femme qufài Uhommer, et que^ nul n'était eaLctu^ d& cattajouisaauofie sHipcêma : Uhécoïffliiâ sftsacrJflffntiaiKi (Fimt. Dans notïre sièdà enfin rUistaire nous, moatre, pair dfes ûdte pltisrapprochéSj.une nation quf a totgoui»^ roBBflnti le^injuB^ioe&RaoufifërtesP'pairle^atttreirBailioi»^ aat!Euitet.plu&q]ieofiUeadontelIe aoaffîiaiteliarmÉmB^

11 V&ycT) d^jnsVAncièTi régime de M. Taine^ le chapitre: consacré' à expKquer lés- priYiléges des seigneurs et du roi, p. 14 et suir.

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\m pigra ou Ik fouler se pasBiomiaiï momB'pour'ses propre»' afl&ipes que pour les droite de Ib Pologne^, de là G*èae, de FMandè; dër 1ht' Yénétté opprimées ; les* aHttres peuples le savent* bien, et quand ils ont^eu be*soih' de sympatîiiè vraie ou de' secoure désintéressé»; ce n%st pas vers Pi^nglfetferre ni vers^rAUeinagnequ'ils se* sont tournés de préférence;' c'est' vers le pays qui le prefflierproclàmanon-seulfementJesdiroit&dé^'llomniB; mai» lës^droits de» nations. La» vraie tradition dé' lia Pmnoe est dans oette^préoccupation^ de* la justice pour tousi souvent poussée * jusqu'à Poubli desoi-même et de se» intérêts légitimes ; le caractère original de son histoire, intermédiaire entre le monde gréco-romain etlemonde anglb*germanique;.la" seule* mêlée à rhistoiredb toute»' les grandes nations^ la» seulë^qui forme ainsi un ensemble- complet et xm\ consiste dans cette parfr prépondérante- prisep au développement dePhnmanitè moderne; dftn» cette ihitlatibirprogrOTsive de» autres peupleaàFldée tf undroifenouveau.

Pansons maintenant des cause» qui ont inflliê s^irlÉi» formation de notre' caractère national i- Panai jj^»e psycftoiogiquedfe ce caractère Tui^ême ; nou»veminB que no» faculté»* niaitresse» peuv^it se déduire Tune & ràufere* et forment un; systèmep analogue â tmorgatnîsme;

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Chez les peuples oomme chez les individus, ce qui fait surtout le caractère, c'est cette faculté dominatrice de la conduite, la volonté. Pour apprécier à sa juste valeur la volonté d'un peuple, il faut examiner successivement trois choses : son degré de force, son objet habituel, ses moyens d'action. Or, à considérer d'abord la force vive de la volonté indépendamment de son objet, le peuple anglais offre au psychologue plus de ténacité et de patience, l'Allemand une énergie plus âpre, le Français plus de spontanéité et plus d'élan. Tous les observateurs ont placé parmi les traits caractéristiques des Français l'enthousiasme, et l'enthousiasme n'est que l'élan spontané de la volonté vers un idéal qui la passionne. En France, c'est surtout l'idéal social et politique qui nous a passionnés. < La France est la terre de Tenthousiasme, » disait Kant dans ses pages sur les caractères des divers peuples ; M"''' de Staël finissait son livre de VAllemagrie par l'apostrophe bien connue : € France, si jamais l'enthousiasme Véteignait sur votre sol... » apostrophe que la censure impériale se hâta de retrancher, comme si le despotisme sentait qu'au fond l'enthousiasme du mieux est pour l'âme d'un peuple la liberté première et le germe fécond de toutes les autres libertés. Stuart Mill, dans ses Mémoires i note aussi l'enthousiasme au nombre de ces qualités par lesquelles l'élévation du génie français

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contraste ayoc le terre-à-terre parfois servile du positivisme anglaise L'enthousiasme manifeste chez une nation l'affranchissement des préoccupations inférieures et des soucis matériels, par conséquent la liberté de Tesprit. Il ne faut pas le confondre avec cette simple ardeur de passion, avec cette chaleur de sang que certains peuples méridionaux montrent à la poursuite de ce qu'ils convoitent, aussi bien de choses inférieures et brutales que d'objets supérieurs et nobles. La France a eu, elle aussi, ses heures de passion aveugle, mais tout autre est l'enthousiasme proprement dit, dont elle a plus d'une fois donné l'exemple, et auquel elle a dû tantôt de si justes réformes, tantôt de si fâcheuses déceptions. On y trouve sans doute un mouvement du cœur en même temps qu'un élan de la volonté; mais c'est la pensée qui transporte la volonté et émeut le cœur, c'est dans la raison concevant le beau ou le juste que l'enthousiasme vrai a son origine : flamme intellectuelle, lumineuse pour elle-même et pour les autres, parce qu'elle est idée en même temps qu'amour.

Aussi, pour estimer à son prix la volonté d'un peuple, il ne faut pas la considérer seulement en ellemême, dans son énergie propre; il faut envisager

1. Henri Heine, Toyant ayec raison dans Paris le cœur même de la France, saluait en cette yille «< la yille de l'égalité, de l'enthousiasme et du martyre, la yille rédemptrice qui a déjà tant souffert pour la déllyrance temporelle de l'humanité. » {La France.)

354^ l'îdéb^ hddbrnh dit droit»

surtbut PôBjet qu'habituBllfenrent'eile se proposep; h q»\ second point dfe vue, la* nation fl^nç^se*nous offlhe^un caractère' vnaimenf dlstinctiT: chez* ellbj aux beau» jours de son histoire, Pobjet de lavolonfcéfse'ConfônicP avecrôbjëf dèlàraisonraêine, carc'est^ pour Ifes iûJ^s» générales et universelles qu^elle se passionne^. Bansvnov tre pays, on ne veut pas seutemenf là liberté et lesdroitfi^d'esPVançais, mais clés droits de l'honmie; » noth^erpai*son tend toujours à généraliser Pobjet de notre volbntè. Ee trait caraictéristîquff de notre physionomie natii3Mnale est dbnc Piinibn' dé ces deux choses à première vue si opposées : Pèsprit enthousiaste et Pesprit rav tibnaliste. Que de fois ne nous* a*-t-on pas reproché^ avec Ibs Anglais , Pàmour et la manie db» généra*- Userl L'idée de Ptitile et celle de là puissance, dbnit s'éprend plus volontiers Pempirisme dës^ autres peu*pies , n'ont point ce caractère universel ; maiisF lé génie français, à tort ou à raison, se repréisente toujours la justice sous Pidée d'infinité; Quête que soient les excès de cette tendance^ il f&ut du? moijis^^ reconnaître qu'une volonté générale est par ceià^mômB* généreuse. C'est cer qui explique chez' le peuple^ finançais, par une conséquence nécessaire, cette fâcultô»db: dé'sihtéressement^qui a frappé tous lesrhistoriëna, ton* \œi psf^Qlûgueso. Stuart. MULy» v<oit. la. grincifiale nuBlease de. noti» caractansr; ML S^»encBr; pllnrâiifi^^ que Stuart Mill à Bentham, nou» en fei* un sujetrA^^

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repro(*e;* Wcilte, ott ce» point, nouBi aisraifr ctonnê jadis comme efxempleà ses oompairiotejsr^^lesétnri'^^aihst pikcsi receiïtia qui ont traité de la « psychaUjgie dea peuples^ »• Grei'st, Lazarusi ccmstatent ahez nona^ te miSàne' penchant à se déteicher de soi. an profit d^iine conceptton nniverselle, paricri» d'un être de raison. ITne telle tendance n'a pas peu contribué, dans les. derniers siiecies^ au développeiement de cet «esprit daasftque j^- pour lequel» M. Tàine s'est moutoé si sëvëre, et où il trouve une des explications principales de la révolution française-. Il faudrait se garder de pousser à Pexcès la pensée* de- M'. Taine et de ne voir dbmsréHan révolutionnaire qu'un amour classique delà généralité, dé Pàfesbractîon, de la» symétrie rationnelle: pourreudk'e compte d'un tel^ bouleversement social, les liabitudes classiques^seraient une raison trop extérieure et trop superficielle; Au reste, l'amour dte ce qui est générai et applîcabte à Uhumanité entière nous parait avoir eu lui-m^ne^pourprincipe au xvm* siècle une vive intuition et un amour biea entendu dte la liberté. H est déraisonnable en efifét d'aimer là libespté

pour soi seur, parce qu'on ne peut, (fs^ns une S0cieté oilr tous sont solîdaires^^ avoir une liberté vraie, complète, absolue, SI Ites- autres ne Fbnt pas, s'iiia ne sont pas sous ce rapport nos é'gtmœ. Supposez par- exempfe qu%ne seule nation du gtobe adopte et pratique toutes lesrègles quïassurent la liberté du travail, de l'échange ,

de Tassociation ; si ces régies n^existent pas pour les autres peuples, ne se prpduira-t-il pas à la fin des combinaisons économiques capables d'empêcher le résultat voulu et de se retourner contre la liberté même? Les rapports des citoyens entre eux dans chaque nation impliquent une semblable solidarité : la liberté du capital, par exemple, ne va pas sans celle du travail, et réciproquement. En un mot, dans notre siècle, Pindépendance des uns est liée à celle des autres. On ne le croyait pas autrefois, on le démontre aujourd'hui. Comment doncreprocher à la France d'avoir eu, comme de prime-saut, une idée plus juste que les autres nations de cette universalité qui doit appartenir à la liberté ? Comment reprocher à la France d'avoir compris que les droits de Vhomme français ne peuvent exister sans les droits de VlLomme en général? La liberté doit s'aimer pour les autres comme pour ellemême : c'est ainsi qu'elle acquiert une portée universelle comme la raison; c'est ainsi qu'elle devient égalité.

Le désintéressement de la volonté, Tabsencede vues personnelles et exclusives fut le caractère le plus original de cette révolution française où se fit jour le génie de la France. De là cette libérale nuit du 4 août, où tous les corps de la nation, tiers état, clergé, noblesse, se dépouillèrent eux-mêmes de leurs privilèges au nom du droit, sous llnfluence d'un enthousiasme

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de liberté assez puissant pour que l'égoïsme de tel ou tel membre de l'assemblée se perdît dans le désintéressement général. M, de Sybel lui-même^ l'injuste historien de la révolution française, a dùrendre hommage à cet acte d'abnégation d'une assemblée où soufflait véritablement l'esprit de la nation entière : < C'est pour toujours, dit-il, que l'assemblée française a conquis dans la nuit du 4 août la liberté du travail et l'égalité des droits ^ » M. Renan, qui n'est pas d'ailleurs sans quelque faible pour l'esprit germanique, dit en comparant l'Allemagne et la France : < L'Allemagne ne fait pas de choses désintéressées pour le reste du monde;.,, les droits de l'homme sont bien aussi quelque chose ; or c'est notre xvni* siècle et notre révolution qui le$ ont fondés 2. » — 4i Les révolutions protestantes, remarque aussi avec raison M. Janet dans sa Philosophie de la révolution française, étaient plutôt des révolutions locales ; celle d'Amérique seule a déjà un caractère plus général et plus abstrait; cela tient aux mêmes causes que pour la révolution française : elle a, aussi bien que celle-là, reçu l'empreinte de l'esprit du xvm* siècle, et il ne faut pas d'ailleurs séparer l'une de l'autre, la France étant pour moitié dans le succès de la révolution améri-

1. Histoire de VEwope pendant la Révolution française, trad. de Mu* Bosquet.

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