‹ L'idée moderne du droit (volume 3)Chapitre 37 sur 73 · DU DROIT IDÉAL · texte numérisé non relu

DU DROIT IDÉAL

L'antiquité s'était figuré d'après le même type le monde humain et le monde physique. Ce dernier lui apparaissait comme une sphère close par une ^oûte de cristal, où tous les astres, tous les corps ont un centre unique, la terre; de même l'État était une sphère fermée où tout se subordonnait à une puissance unique. Selon cette conception absolutiste, l'individu ne pouvait avoir sa valeur et son droit que dans l'État; la législation et la politique n'étaient guère que des systèmes de centralisation. Peu à peu s'est substituée à ridée antique une idée plus libérale, et la conception moderne de Tordre social n'est pas sans analogie avec la conception moderne de l'ordre astro-

nomiqne. Brisant le ciel de cristal dont Aristote enveloppait le monde, la science a fait de l'univers une sphère infinie dont la circonférence n'est nulle part, et en même temps, au lieu d'an centre unique, elle a placé le centre partout, car chaque objet gravite vers les autres et tous les autres gravitent vers lui; l'action régulatrice, autrefois concentrée dans la terre immobile, se dissémine à l'infini et réside à la fois avec l'être et le mouvement dans tous les objets; le monde stellaire est en quelque sorte décentralisé. Il en est de même dans le monde moral et social : les limites reculent à l'infini et les sociétés particulières tendent à se perdre dans la société universelle ; le vrai droit n'est plus seulement la volonté d'un- prince ni l'intérêt d'un pays, il est le droit de l'homme; par cela même, le centre du droit est partout, et chaque individu peut être considéré tour à tour comme fin ou moyen, comme obéissant ou commandant, comme sujet ou législateur de la < république universelle. » Nous l'avons vu, c'est en France surtout — grâce aux tendances spontanées ou réfléchies de Tesprit national et de la philsophie nationale — que cette doctrine est arrivée à sa forme la plus haute et qu^on a tenté de l'appliquer. Or elle a pour fondement philosophique un principe simple au premier abord, en réalité diflOicile à justifier : la liberté morale considérée comme absolument inviolable. Ce principe est au^

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