DU DROIT IDÉAL
L'antiquité s'était figuré d'après le même type le monde humain et le monde physique. Ce dernier lui apparaissait comme une sphère close par une ^oûte de cristal, où tous les astres, tous les corps ont un centre unique, la terre; de même l'État était une sphère fermée où tout se subordonnait à une puissance unique. Selon cette conception absolutiste, l'individu ne pouvait avoir sa valeur et son droit que dans l'État; la législation et la politique n'étaient guère que des systèmes de centralisation. Peu à peu s'est substituée à ridée antique une idée plus libérale, et la conception moderne de Tordre social n'est pas sans analogie avec la conception moderne de l'ordre astro-
nomiqne. Brisant le ciel de cristal dont Aristote enveloppait le monde, la science a fait de l'univers une sphère infinie dont la circonférence n'est nulle part, et en même temps, au lieu d'an centre unique, elle a placé le centre partout, car chaque objet gravite vers les autres et tous les autres gravitent vers lui; l'action régulatrice, autrefois concentrée dans la terre immobile, se dissémine à l'infini et réside à la fois avec l'être et le mouvement dans tous les objets; le monde stellaire est en quelque sorte décentralisé. Il en est de même dans le monde moral et social : les limites reculent à l'infini et les sociétés particulières tendent à se perdre dans la société universelle ; le vrai droit n'est plus seulement la volonté d'un- prince ni l'intérêt d'un pays, il est le droit de l'homme; par cela même, le centre du droit est partout, et chaque individu peut être considéré tour à tour comme fin ou moyen, comme obéissant ou commandant, comme sujet ou législateur de la < république universelle. » Nous l'avons vu, c'est en France surtout — grâce aux tendances spontanées ou réfléchies de Tesprit national et de la philsophie nationale — que cette doctrine est arrivée à sa forme la plus haute et qu^on a tenté de l'appliquer. Or elle a pour fondement philosophique un principe simple au premier abord, en réalité diflOicile à justifier : la liberté morale considérée comme absolument inviolable. Ce principe est au^