LE BIEN IDÉAL
forme appliquée toujours au même point; la volonté au contraire se multiplie et se diversifie parce qu'elle est perfectible et croit en tous sens. — Ce n'est pas tout ; si le bien volontaire est supérieur aux autres en quantité, il ne l'est pas moins en qualité, parce qu'il est seul conscient, senti, aimé. Un bien dont nous n'aurions pas conscience n'existerait pas pour nous et serait inférieur sous ce rapport; or la liberté laissée à la volonté crée la conscience; la contrainte au contraire, en s'exerçant sur le corps, tend à faire prédominer la nature sur la pensée. Aussi la philosophie française a-t-elle raison de se représenter la Zoe*, formule du bien général, comme devant être l'expression de la conscience générale. Une nation digne de ce nom est une union volontaire de consciences, non un assemblage forcé d'êtres aveugles et passifs. — Ajoutons que le bien volontaire et voulu par tous est aussi le seul qui soit aimé de tous. Aime-t-on ce qu'on subit malgré soi ? aime-t-on la violence qui enchaîne les membres sans enchaîner le cœur? Enfin le bien volontaire rend seul heureux : on n'est heureux que quand on jouit de ce qu'on aime. Le bonheur n'est point une chose passivement subie qui puisse venir du dehors et entrer en nous malgré nous, comme une liqueur versée dans un vase : si le vase est amer, il rend amère la plus douce liqueur. Faire le bonheur d'un honune ou d'un peuple malgré lui est une contradiction et une chi-
nère, trop souvent reproduite dans l'antiquité et de mos jours par les autoritaires et les théologiens; par tous ceux qiii veulent être nos sauveurs malgré nous. Aa« point de vue même du naturalisme, le mécanisme le plu» parfait est celui qui a en soi unmoteur toujours présent, qui a le moins besoin de la continuelle intertt^tion de l'ouvrier, qui même peut s'en passer à jar nais, se diriger, se réparer et se refaire, s'adapter spentftnément au milieu et se perfectionner par son intinie énergie. Tel est Fidéal que doit poursuivre la seeiété humaine. Aussi *lcs naturalistes doiventrils le leeonnaitre comme les idéalistes, tout bien que la société impose par contrainte est un bien mort, tout lien qui jaillit du sein de l'individu est un bien vivant. Ia véritable évolution, chez des êtres intelligents, doit «foir lieu par l'intérieur, non par des moyens extévienrs qui la réduiraient à n'être que superficielle et qpipafente. L'homme qui vaut le plus, comme la société qui vaut le plus, est celui qui porte en soi, autant
91'il est possible, le principe de sa valeur propre et de WBL propre évolution.
Après avoir ainsi établi la supériorité du bien ao> coapli sans contrainte, nous avons un second pas à fûre, une seconde prémisse à poser. Suffit-il que la 'vcfonté soit indépendante extérieurement et exempte Ai toute pression étrangère*? Ne faut-il paa encore, fOBorserapprooher deson idéal, qu'elle soit indépen-