LE DROIT ET LE COMBAT
fait partie du droit même ; voilà le procès et la querelle érigés en système, voilà la guerre élevée à la hauteur d'une théorie. Le droit, au lieu de se borner à repousser Pattaque, attaque lui-même, devient provocateur. N'est-ce pas là confondre l'essence du droit avec sa limite et son imperfection ? Que tous les hommes respectent mutuellement leur liberté, le droit cessera- 1- il de régner parce qu'auront cessé le combat et la force? L'histoire nous monti*e au contraire que l'existence du droit est la fin du combat. L'esclavage, violation du droit, a entraîné de longues luttes entre les hommes, mais, comme le remarque M. Renouard, depuis que le respect de la personne humaine en a amené l'abolition, le droit règne paisiblement et la force n'a plus ici de raison d'être. De même pour les luttes religieuses : ce n'est pas le droit et la tolérance, c'est rinjustice et l'intolérance qui ont élevé les bûchers de l'inquisition'.
L'avenir de lutte indéfinie, de guerre et de procédure que les Allemands nous ouvrent n'est point le vérita-
1. La théorie de M. Ihering n'est que l'exagération de celle de Kant,^ai avait fait entrer l'idée de contrainte comme élément dans celle du droit. Mais la force de contraindre qui doit accompagner le droit n'est pas le droit môme. Bien plus, le pouvoir de contraindre n'est pas nécessairement la contrainte effective ou la force en exercice : c'est seulement la force à disposition, prête à agir en cas de nécessité. Autre chose est le pouvoir, autre chose l'usage. L'usage doit aller diminuant k mesure que le pouvoir augmente. Ka langage mécanique, la puissance gagne ce que perd la résistance qui lui est faite ou qu'elle est obligée de faire, car cette résistance est de la force perdue.
ble avenir ; grâce à la civilisation croissante, la force tend à passer du dehors au dedans et à se concentrer dans l'individu, sous la forme supérieute de Tintelligence. Les idées ne meuvent-elles pas Thumanité encore mieux que tous les moyens extérieurs? Le plus de force au dehors, le plus de science au dedans, tel est le suprême degré de puissance dans une société. La société la plus parfaite est celle où il y a le moins d'action extérieure ou violente des citoyens les uns sur les autres et le plus d'activité intérieure dans chaque citoyen. L'idéal serait l'absorption de toute force coercitive dans la force spontanée, de toutes les résistances externes dans Tinitiative intime. La puissance intellectuelle, la pensée, remplacerait alors la puissance physique, et il suffirait désormais au droit d'être une idée pour être par cela même une réalité.
S'il en est ainsi, les écoles allemandes ne doiventelles pas finalement s'accorder avec l'école française, el ne peut-on ainsi prendre leur doctrine en un sens supérieur qui la réconcilie avec la nôtre? Au fond, la liberté peut être considérée comme la force vive en son
principe même^ Or quelle est la chose la plus pré-
l.Qui dit 'force dit une activité capable de se manifester au dehors par le mouvement visible , au dedans par ce mouvement invisible qui est la pensée ; or l'activité ne se comprend psychologiquement que par la volonté, odi nous saisissons en acte notre propre puissance : si vivre est agir, agir est vouloir. La iberté, telle que nous l'entendons, ne diffère pas de la vie même ni de l'être ;