‹ L'idée moderne du droit (volume 3)Chapitre 52 sur 73 · Voyez >liis luat, lirre IV · texte numérisé non relu

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THÉORIE DE l'ÉCOLB I)ÉM0CRATIQUE 279

un fait; elle est plutôt en opposition [avec les faits.

D'où vient donc que des êtres réellement inégaux sous tous les rapports tiennent tant à cette idée d'égalité et veulent la voir réalisée, au moins entre leurs libertés? De ce que votre liberté est infiniment précieuse pour vous, comme la mienne l'est pour moi, comment conclure que votre liberté est aussi infiniment précieuse et inviolable pour moi, la mienne pour vous? C'est là le passage diflBLcile, c'est là l'intervalle que nous devons essayer de franchir pour constituer entre nous, malgré toutes les inégalités de fait, une égalité de droit.

Pour franchir ce passage, l'école démocratique fait ordinairement appel â un acte de raison qui nous est familier. Selon M. Renouvier, par exemple, la raison, faisant abstraction des personnes, déclare la liberté .de l'un égale à celle de l'autre ; or deux choses égales peuvent être substituées l'une à l'autre : votre liberté peut donc être substituée à la mienne. Elle acquiert ainsi à mes yeux la même valeur logique que la mienne propre, et ainsi s'établit entre nous, du point de vue de la raison, un rapport de réciprocité.

€ Pourquoi, se demande M. Renouvier, deux agents moraux doivent-ils compter mutuellement sur leurs promesses, et même sur celles qu'ils supposent et ne formulent point?... Une seule réponse est à faire selon la raison. Les agents compteront sur leurs promesses

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mutueileB parce qu'ils sont des personnes semblables ou égales, entre lesquelles cette identité divisée et la substitution mutuelle toigours rationnellement possible établit ce qu'on nomme une relation bilatérale et des rôles pratiquement renversables... Deux personnes se trouvent n'être plus moralement qu'une personne unique, mais à la condition que cett-e unique se pose doublet » Tel est en effet l'espèce d'artiâce logique et mathématique par lequel on peut poser abstraitement l'égalité mutuelle des personnes humaines ; mais c'est là un jeu de symboles analogue à celui des géomètres qui déclarent deux triangles égaux quand on peut les superposer, parce qu'on a eu soin préalablement d'abstraire, dans la définition générale des triangles, toute particularité individuelle. Dans la réalité il n'y a point de triangles égaux, ni de superposition possible, ni de substitution possible entre deux triangles identiques, puisque cette identité est toute fictive. De même, c'est par une fiction toute géométrique qu'on pose des libertés égales et équivalentes.

M. Littré, à son tour, explique là justice et l'égalité de droit par des considérations mathématiques analogues, et la ramène à une pure intuition de l'identité. — « A égale A ou A diffère de B, est le

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