THÉORIE DE PROUDHON
Platon que l'essence de l'homme est Phumanité. « Les individus que séparent leurs différences peuvent se considérer comme des copies les uns des autres, se rapportant par l'essence qui leur est commune à une existence unique. Or tout homme tend à déterminer et à faire prévaloir son essence, qui est sa dignité même. » Ce dernier principe rappelle les théorèmes analogues de V Éthique y et ces pages où Spinosa nous montre Thomme identifié par la raison avec tous les autres hommes, parce que la raison est toute tournée vers Tessence et que l'essence est universelle.
€ Il en résulte, conclut Proudhon, que, l'essence étant identique et une pour tous les hommes, chacun de nous se sent tout à la fois comme personne et comme espèce; que l'injure commise est ressentie par les tiers et par l'offenseur lui-même comme par l'offensé; qu'en conséquence la protestation est commune, ce qui est précisément la justice. » Nous craignons que Proudhon ne soit dupe ici des abstractions métaphysiques et même qu'il ne revienne par un détour aux conceptions religieuses et transcendantales qu'il voulait écarter. Il aboutit lui-même à dire : « Pour me servir du langage théologique, qui consiste à mettre des réalités surnaturelles là où la science se borne à mettre des abstractions, quand la justice fait entendre dans notre âme sa voix impé-
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rieuse, c'est le Verbe ^ Logos, âme commune del%manité, incarné en chacun de nous, qui nous appelle et nous somme de le défendre. » Les conceptions su: lesquelles Proudhon appuie sa doctrine exprimen doDCy de son propre aveu, ou des « réalités surnaturelles » quand on les prend au pied de la lettre, ou, dans le cas contraire, des « abstractions sdcntiâques. » Par malheur des abstractions, même scientifiques, ne peuvent, pas plus que le surnaturel, justifier l'égalité et fonder le droit réciproque des personnes. Faire appel à une essence comoiunc présenta dans les individus, c'est faire appel à une (mtîté surnaturelle dont Texistence n'est pas démontrée, a moins qu'on ne veuille dire simplement : — Tous les hommes ont des caractères communs qui permettent de les faire rentrer en une commune définition; — alors, au lieu de la réalité surnaturelle, on a une abstraction scientifique; mais comme les individus ne sont point des abstractions, comme une égalité abstraite n'est point une égalité réelle, comme nous avons en présence au sein de la société non des définitions de Phomme, mais des hommes vivants, moi et autrui constitueront toujours une inégalité invinciW^ au milieu de toutes ces équations logiques et mathématiques. Qu'est-ce encore que cette € existence unique '^ dont le sentiment, égal chez tous, constituerait le droit selon Proudhon et fonderait l'égalité? Qu'il s'agisse