Kant, iàid
14 i/lDÉE MODERNE DU DROIt
de théologie qu'ils ne croient. Il est certain qu'on ne peut comprendre le mouvement des idées philosophiques et sociales en Allemagne sans remonter à la théologie protestante, que les Allemands ont mêlée à toutes leurs spéculations. Avant le cordonnier visionnaire Jacob Bœhm, en qui Schelling et Hegel saluent « le père de la philosophie allemande », Luther avait déjà favorisé le développement de l'esprit mystique, r— Est-ce par les œuvres ou par la foi que l'homme se justifie? — A ce problème capital de la religion réformée, Luther répond : — Les œuvres ne sont rien, la foi est tout; les œuvres sont naturelles et viennent de la volonté humaine, « qui est esclave et incapable de faire par elle-même le bien ; » la foi est surnaturelle et naît dans un commerce immédiat avec la grâce. — L'auteur du de Sewo arbitrio voulait ainsi s'élever au-dessus des œuvres extérieures ; mais, au lieu de placer entre la nature et son Dieu l'activité personnelle de l'homme, qui, semble-t-il, eût pu seule fonder à ses yeux le droit vraiment humain, il remonte à la foi, qui nous absorbe en un principe transcendant ; après avoir admirablement rappelé la* conscience à elle-même, le protestantisme finit, chez ses adeptes les plus orthodoxes, par l'assujettir à la grâce. C'est surtout par l'idée de la grâce, et non par celle de la science, que les théologiens allemands aboutissent à cette négation du libre arbitre qui, chez d'autres peuples, semble une hérésie religieuse ou une témérité philosophique ; en Allemagne, pour les nombreux partisans de la prédestination métaphysique, parmi lesquels se trouve Kant lui-même, c'est le libre