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PHILOSOPHIE DU DROIT EN ALLEMAGNE

core l'esprit de la révolution française : l'homme ne doit jamais être un instrument ou un moyen, ildoit être un but et une fin. Mais, pour que la volonté soit ainsi à elle-même sa fin, il faut qu'elle soit la volonté droite, où Descartes plaçait le souverain bien, et la volonté droite n'est autre chose, selon Rousseau et Diderot, que la volonté générale, la volonté universelle. Voilà pourquoi, selon Kant, les maximes qui règlent notre volonté doivent pouvoir s'ériger en lois universelles. L'individu est dans son droit quand il agit comme un législateur, selon une maxime de législation universelle. La république de Rousseau pénètre avec Kant dans les consciences, comme Platon faisait pénétrer sa cité dans chaque âme humaine. La vraie liberté morale devient le principe et la fin de la loi morale, comme la liberté civile et politique était devenue pour Rousseau le principe et la fin de la loi civile et politique. Telle est la révolution opérée par la philosophie moderne pour l'absolu affranchissement de la volonté humaine, et qui n'est autre que la notion du droit posée comme identique à la notion de liberté.

Cependant on remarque déjà chez Kant une certaine tendance à traiter les questions sociales comme un problème de mécanique. En définissant le droit « l'ensemble des conditions qui limitent les libertés pour rendre possible leur accord », Kant paraît trop s'en tenir à la forme extérieure et négative du droit sans nous en faire pénétrer le fond. Le droit demeure alors tout entier dans les rapports des actions, dans les œuvres; aussi finit-il par s'identifier avec la faculté de contrainte réciproque, c'est-à-dire avec un système mécanique de forces défensives qui se font équilibre : Kant pa-

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raît moins se préoccuper des personnages que de leurs armures.

Remplir cette idée trop vide du droit et animer ce mécanisme, telle fut la pensée des successeurs de Kant. Deux voies opposées se présentaient. On pouvait, avec Fichte et avec G. de Humboldt, suivre plus ou moins librement Rousseau et les théoriciens de la révolution française, qui placent le principe intérieur du droit dans la volonté, — ou revenir à Spinoza et aux théories fatalistes, nous ne disons pas seulement déterministes % selon lesquelles le droit n'est que la nécessité divine ou absolue réglant la nature et l'histoire. « Chacun, disait Spinoza avec Hobbes, a autant de droit qu'il a de puissance. »

Fichte extériorise la Loi morale, le Devoir, le Droit ; il en fait un principe absolu, une fin absolue dont nous sommes les instruments; c'est à ce titre d'instruments et de moyens du Droit que nous sommes sacrés, et non en nous-mêmes *. Par là, Fichte prépare Schellinget Hegel : son Droit absolu qui se réalise par nous, c'est déjà l'Idée de Hegel qui se réalise par l'histoire. Au lieu de mon droit, Fichte établit le Droit; Hegel soutiendra que ce Droit absolu se révèle par la puissance qui réussit à se réaliser elle-même, par le succès durable.

Les deux voies dont nous avons parlé ont été suivies en Allemagne; mais il faut reconnaître que c'est surtout la seconde qui a été préférée par les

i. Le déterminisme a un caractère purement scientifique, îe fatalisme est métaphysique et religieux.

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