‹ L'idée moderne du droitChapitre 18 sur 84 · SYSTÈMES INFLUENTS DE L ALLBHAGNE · texte numérisé non relu

SYSTÈMES INFLUENTS DE L ALLBHAGNE

Où Tidée se réalise. Hegel, la cherchant au-dessus de l'individu et des générations particulières, reconnaît tout d'abord dans la nation une puissance générale à laquelle doivent se subordonner les individus et en qui réside vraiment la force de l'avenir. La nation, par rapport aux citoyens, représente le droit. Hegel revient ainsi à cette antique conception qu'on pourrait appeler le panthéisme politique; il rompt avec Kant, qui avait considéré l'individu comme fin en lui-même et par conséquent comme portant en luimême ce caractère d'inviolabilité morale qu'il nomme le droit. « L'homme, dit Hegel, est sans doute fin en soi et doit être respecté comme tel; mais l'homme individuel n'est à respecter comme tel que par l'individu et non quant à l'Etat, parce que VEtat ou la nation est sa substance l . » Telle est la nouvelle forme de la raison d'État encore en faveur chez beaucoup de théoriciens et de praticiens. Il y a deux morales, pour l'individu et pour la nation : une fois dans l'État, l'homme n'a plus d'autres droits que ceux qui lui sont conférés par l'État lui-même. Les actions justes deviennent celles où « l'esprit individuel » s'identifie « à l'esprit de la nation ». On pourrait dire, pour traduire en termes moins métaphysiques la pensée de Hegel : — Les actions justes sont les forces qui agissent dans le même sens que la force nationale, les actions injustes celles qui agissent dans un sens opposé : les^ premières réussissent, les secondes échouent. La puissance individuelle et passagère qui prétend s'exercer contre la puissance nationale,

i. Histoire de la philosophie, t. IV, p. 292.

seule durable, ressemble à un homme qui, lançant une pierre dans une direction opposée* au mouvement de la terre, espérerait lui faire poursuivre indéfiniment sa route : ne la verrait-il pas bientôt, après une courbe plus ou moins allongée, retomber vaincue vers le centre commun d'attraction pourêtre emportée avec tout le reste? Cet homme aurait mal compris les lois de la mécanique; il en est d'autres qui comprennent mal les lois et le sens du mouvement national : leur erreur de direction est une erreur de droit *.

Le mouvement national a lui-même sa justification dans l'évolution universelle et logique. Si la puissance nationale est réelle, c'est qu'au fond elle est rationnelle. Selon Hegel, une nation ne s'élève sur les autres que soutenue par utoe idée. Tant qu'elle sert l'évolution du monde, « mouvement d'un tout qui se connaît, » les autres nations, en perdant leur

i. Hegel appelait de ses vœux un prince qui, comme celui de Machiavel, sût par tous les moyens consommer l'unité allemande. « La vile multitude du peuple allemand, — disaitil dans sa Philosophie du droit, — divisée dans ses assemblées provinciales, connaît seulement les discordes de l'Allemagne; elle ignore complètement les bienfaits de l'unité de la patrie. La force d'un conquérant devrait unir ces différentes populations pour en faire une masse compacte et les contraindre à se considérer comme appartenant à l'Allemagne. Ce Theseu devrait être assez généreux pour laisser à ce peuple uni des différentes tribus leurs particularités. Il devrait avoir en outre assez de caractère pour supporter non pas, comme Theseu, l'ingratitude, mais la haine que fera naître sa toute-puissance, haine à laquelle, du reste, Richelieu et tous les autres grands hommes ont été exposés, en brisant les intérêts individuels et les tendances particularistes. »

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force, « perdent leur droit ». Le peuple allemand en particulier est, selon Hegel, le peuple élu de la philosophie. « Nous avons reçu, disait Hegel en 1816, la mission d'être les gardiens de ce feu sacré, comme nux Eumolpides d'Athènes fut confiée la conservation des mystères d'Eleusis, et aux habitants de Samothrace celle d'un culte plus pur; ainsi encore l'esprit universel avait donné au peuple d'Israël la conscience que de son sein il sortirait renouvelé 1 . » Il y a, selon Hegel, quatre peuples « ayant eu une mission historique universelle », quatre peuples « universellement historiques »: « l'Oriental, le Grec, le Romain et le Germanique. » Le peuple qui a fait la révolution de 89 n'a pas de mission historique universelle *.

Ce qui fait la puissance des individus et des générations, c'est, avons-nous vu, l'esprit national qu'ils portent en eux; l'esprit national à son tour ne peut devenir la puissance suprême qu'en s'identifiant avec l'esprit des autres peuples : par une expansion nécessaire, il tend à les absorber en lui. Chaque individu voudrait être la nation, chaque nation voudrait être le monde. Nouvelle manifestation du droit qui appartient à la puissance vraie et rationnelle : ce droit s'exerce de. peuple à peuple, et le destin, par la guerre, tranche les questions; car le destin est une justice, comme disait Heraclite, et, dans les rapports des nations entre elles comme dans les rapports de la nation à l'individu, ce qui est réel est rationnel, «c Les États comme tels, dit Hegel, sont indépendants

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