SYSTÈMES INFLUENTS DP ^ALLEMAGNE
dernière guerre, diUil, nous fournit la preuve que l'histoire des nations repose également sur des lois naturelles et se compose d'une série de nécessités absolues, série dans laquelle la balance penche toujours du côté du progrès *. ».
Selon le savant romaniste M. Ihering, c la notion du droit est purement pratique, car elle renferme en elle les antithèses du but et du moyen. Le but du droit est la paix, et le moyen du droit pour assurer la paix est le combat, la guerre, la force. Le combat durera autant que le monde. Le combat n'est donc pas étranger au droit, mais il est lié intimement à l'essence du droit; c'est un élément de la notion du droit. Tout droit, dans le monde, n'a été conquis qu'à l'aide du combat, car la notion du droit n'est pas une conception logique, c'est une conception pure de la force. » Le droit est le combat continuel non pas .seulement de l'État, mais encore de chaque individu en particulier. « La vie légale dans son ensemble nous offre le même spectacle d'activité et de combat que la vie économique, et intellectuelle *. »
Avonsi-nous atteint, avec la puissance supérieure des races, le ternie des évolutions accomplies par cette
i. Discours prononcé à l'Université de Fribourg-en-Brisgau, le 18 février 1871.
2. « Ce que Ton dit de l'individu, on peut aussi l'appliquer à des époques entières. Une génération peut jouir d'une paix durable, tandis que l'autre est exposée à des guerres continuelles, et, selon le point de vue, les impressions seront différentes. Pour celui qui jouit et vit en paix, un autre a dû travailler et combattre. La paix san§ la guerre, la jouissance sans le travail, appartiennent au paradis. L'histoire n'est que le récit des efforts continuels.. »
Ai i/lDÉE MODERNE DU DROlf
mouvante philosophie du « droit historique »? — Les admirateurs des triomphes militaires voudraient bien s'en tenir au point où nous sommes parvenus et fixer à jamais la pensée dans l'idée de la race germanique, représentée par la Prusse, représentée elle-même par son empereur; mais le mouvement irrésistible de la logique entraîne l'esprit plus loin et plus haut. Ne faut-il pas convenir qu'il existe une puissance supérieure à celle de la race même, celle de Thumanité? Hommes, générations, peuples et races n'ont qu'une puissance passagère; l'humanité est la puissance durable; tandis que les individus disparaissent, le type de l'espèce demeure. Ainsi, dit Schopenhauer, on voit les gouttelettes d'une cascade s'élever et retomber en poussière, tandis que l'arcen-ciel qu'elles forment plane au-dessus d'elles immobile.
S'il en est ainsi, le droit ne saurait être simplement la direction latine, germaine ou slave; il doit être la direction humaine. Hegel l'avait du reste reconnu, et ses disciples de la gauche, Feuerbach, Bruno Bauer, Arnold Ruge, puis plus récemment Lassalle et les socialistes contemporains, ont poussé jusqu'au bout la pensée du maître : Dieu n'existe que dans l'humanité, et l'humanité n'a d'autre vie que la vie présente. « Que la volonté de l'homme soit faite, » voilà, comme disait Feuerbach, la loi unique; le culte de l'humanité est le seul culte, et la puis-, sance finale de l'humanité est le seul droit.
Dans la pratique, cette puissance de l'humanité devient celle du plus grand nombre, et c'est au nombre, selon les démocrates de la gauche hégélienne,