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LÀ PHILOSOPHIE DU XVIII* SIÈCLE

C'est Locke, et à sa suite Quesnay, Mercier de La Rivière, la plupart de nos économistes, <jui introduisirent entre la liberté, cette propriété invisible, et la propriété, cette liberté faite visible, le moyen terme du travail. Là surtout se fît sentir sur la philosophie française l'influence de Locke, qui se combina avec l'influence du stoïcisme et du christianisme. La phi- ' losophie française n'en conserva pas moins son caractère propre et original. Lojcke, comme tous les Anglais, s'était préoccupé surtout de l'intérêt ; à ses yeux, la liberté était surtout un moyen, pour l'individu ou pour l'État, d'atteindre la plus grande somme possible d'utilité; les Français, en s'em parant des idées anglaises, les généralisent, les étendent à l'humanité entière, et de plus substituent un sens moral

volonté souveraine de l'État est une doctrine révolutionnaire toute moderne, qui date historiquement des trois révolutions anglaise, américaine et française, et qui théoriquement se rencontra pour la première fois dans Locke et les économistes français. « La terre, dit saint Ambroise, a été donnée en commun aux riches et aux pauvres; pourquoi, riches, vous eij arrogez-vous à vous seuls la propriété? La nature a mis en commun toutes choses pour l'usage de tous, la nature a créé le droit commun, l'usurpation a fait le droit privé. » La. distinction des riches et des pauvres ne paraît aux premiers docteurs ni plus ni moins injuste que celle des maîtres et des esclaves. « Devant Dieu, dit Lactance, il n'y a ni esclave ni maître...; devant Dieu, il n'y à de pauvre que celui qui manque de justice, de riche que celui qui abonde en vertu. * « De quel droit, dit saint Augustin, chacun possède-t-il ce qu'il possède? N'est-ce pas du droit humain? car, d'après le droit divin, Dieu a fait les riches et les pauvres du même limon, et c'est une même terre qui les porte; c'est donc par le droit humain que l'on peut dire : Cette ville est à moi, cette maison est à moi, cet esclave est à moi; mais le droit humain n'est pas autre chose que le droit impérial; pourquoi?

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au sens purement utilitaire ; ite demandent la liberté et l'égalité pour elles-mêmes et non pour quelque intérêt matériel qui leur serait supérieur. L'école française révolutionnaire eut d'ailleurs conscience, dès l'origine, de cette différence qui subsistait entre les prémisses, malgré la ressemblance des conclusions. Condorcet, par exemple, reprochait à la constitution américaine « d'avoir eu pour principe i'iden tité des intérêts plus encore que l'égalité des droits ». — « Les principes sur lesquels la constitution et les lois de la France ont été combinées, dit-il encore, sont plus purs, plus profonds, plus précis que ceux qui ont dirigé les Américains ; les Français ont échappé bien plus complètement à l'iniluence de toutes les espèces de préjugés; l'égalité des droits n'y a nulle part été remplacée par cette identité d'intérêt

parce que c'est par les empereurs et les rois du siècle que Dieu distribue le droit humain au genre humain; ôtez le droit des empereurs, qui osera dire : Cette ville est à moi, cet esclave est à moi, cette maison est à moi? » (Voir Ambros., De offic, I, xxvm; Lactance, Institutions chrét., V, xiv; saint Augustin, in Evangel. Johannis tractatus, VI, 25, 26.) Le décret de Gratien déclare que, « selon le droit naturel, tout est commun entre les hommes ». (pars i, dist. VII.) Saint Thomas adopte ce principe orthodoxe et est obligé d'attribuer la propriété à une invention de la raison humaine, ad inventionem rationis humante, qui ajoute au droit naturel la possession particulière sous la condition que Yusage soit commun. (Summa theol., 2. 2. q. LXVI, a 1.) Enfin on connatt la doctrine de Bossuet : « Otez le gouvernement, la terre et tous ses biens sont aussi communs entre les hommes que l'air et la lumière... Selon ce droit primitif de la nature, nul n'a de droit particulier sur quoi que ce soit, et tout est en proie à tous... Du gouvernement est né le droit de propriété, et en général tout droit doit venir de l'autorité publique. » (Politique tirée de V Écriture sainte, livre, I, art. ni, prop. 4.)

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qui n'en est que le faible et hypocrite supplément ! . » En définitive, dans les trois doctrines qui ont servi d'antécédent à notre philosophie du droit, doctrines stoïque, chrétienne et anglaise, la liberté humaine était toujours considérée comme un moyen plutôt que comme un but : les stoïciens finissaient par l'absorber dans la raison universelle, les chrétiens dans la grâce divine et le salut de l'autre vie, Pécole anglaise dans l'intérêt particulier ou général. Dans la philosophie française, au contraire, une tendance nouvelle se montre depuis Descartes jusqu'à T rgot, Gondorcet et Rousseau : attribuer à la liberté humaine la valeur d'une fin qui doit être aimée pour sa beauté propre, pour sa fécondité sans bornes et en quelque sorte pour l'infinité de progrès qu'elle enveloppe.

i. Tableau historique des progrès de l'esprit humain, neuyième époque

l'idée du droit dans la philosophie française

au xix* siècle

Passons maintenant du xvm e siècle au xix e , et suivons rapidement la philosophie française du droit dans ses dernières transformations à travers les écoles de philosophie contemporaines. Nous -verrons les questions devenir de plus en plus précises et aussi de plus en plus difficiles, si bien qu'aujourd'hui elles réclament un nouvel examen et, s'il était possible, une nouvelle solution. '

Les philosophes de notre siècle qui ont critiqué ou défendu l'idée du droit léguée par la révolution peuvent se diviser en deux groupes : ici les partisans du fatalisme moral et historique, là les partisans de la liberté dans la conscience et dans l'histoire. Les premiers ont joué le rôle de dissidents par rapport à l'école philosophique de Rousseau et de la Révolution. Parmi eux se présente d'abord Saint-Simon, dont l'influence subsiste encore de nos jours un peu partout, sans être avouée nulle part. A la notion de liberté individuelle Saint-Simon opposa de nouveau

l'antique notion de l'autorité sociale, et cette autorité il la plaça successivement dans la science (prétention d'où devait sortir le positivisme), puis dans l'industrie; enfin dans une religion nouvelle, « capable de forcer chacun de ses membres à suivre le précepte de l'amour du prochain. » L'école saint-simonienne se rapprochait ainsi de l'école théocratique, hostile aux idées de liberté ou d'égalité.

Issu du saint-simonisme, le positivisme rejeta à son tour même l'idée de liberté morale ; comme le devoir absolu, le droit proprement dit est, aux yeux d'Auguste Comte et de ses successeurs, une entité métaphysique, parce qu'il renfermé encore une notion d'absolu, une notion de « cause » agissant par ellemême et respectable pour elle-même. Abandonnant donc la tradition du xvm e siècle, Auguste Comte repousse toute considération des droits de l'homme. « Le positivisme ne reconnaît à personne d'autre droit que de faire toujours son devoir... La notion du droit doit disparaître du domaine politique, comme la notion de cause du domaine philosophique... Le positivisme n'admet jamais que des devoirs, chez tous, envers tous, car son point de vue, toujours social, ne peut comporter aucune notion de droite constamment fondée sur Y individualité... Tout droit humain est absurde autant qu'immoral. Et, puisqu'il n'existe point de droits divins," cette notion doit s'effacer complètement, comme purement relative au régime préliminaire et directement incompatible avec l'état final (de l'humanité), qui n'admet que des devoirs d'après des fonctions *. » On le voit, c'est

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