‹ L'idée moderne du droitChapitre 34 sur 84 · Cours de philosophie positive, t. VI, p. 454, 2* édition · texte numérisé non relu

Cours de philosophie positive, t. VI, p. 454, 2* édition

COMTE. SAINT-SIMON. FOURIER t 123

Auguste Comte, c'est le fondateur de la « sociologie », qui a su formuler avec la plus parfaite logique la négation du droit de l'individu au profit du pouvoir social, négation qui se dissimule sous l'idéalisme de beaucoup de philosophes allemands, et que l'école anglaise a reproduite sans en déduire les mêmes conséquences autoritaires. Auguste Comte avait une sorte de flair infaillible à l'égard de toute idée métaphysique cachée sous le langage moral ou social comme sous un abri capable de la dérober ; il a montré une rare pénétration -en reconnaissant dans l'idée du droit un déguisement de ridée de cause çt* qui plus est, de cause libre.

En face des écoles autoritaires de Saint-Simon et de Comte s'élevait, au sein même du socialisme, l'école plus libérale et plus individualiste de Fourier. Fourier fonde tout droit comme tdute économie politique sur la libre association. Par là il se rapproche de Rousseau, car « l'attraction » des hommes entre eux qui les pousse à s'associer, et à s'associer suivant leurs goûts avec une liberté absolue, n'est pas sans analogie avec la volonté qui, selon Rousseau, unit les individus par un contrat librement accepté. Mais la vraie association est-elle, comme le croit Fourier, celle des passions qui se rapprochent pour chercher en commun le bonheur? Ou est-elle, comme l'avait dit Rousseau, celle des libertés qui s'unissent pour protéger leurs droits? Si, contrairement à l'espérance de Fourier, les passions abandonnées à elles mêmes ne manifestent point cette règle intérieure d'harmonie sur laquelle il comptait, ne faudra-t-il pas revenir, pour fonder le droit, à quelque autre règle volontairement

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acceptée et mutuellement garantie?— Aussi viUm en France les écoles fatalistes elles-mêmes passer peu à peu du culte de l'autorité à celui de la liberté, tout en conservant leurs doutes sur l'existence d'une lir berlé métaphysique et morale.

En face de ces écoles, d'autres s'élevèrent qui, plus ou moins fidèlement, développaient la pensée de la révolution française. Un des principaux continuateurs de Rousseau fut Proudbon, dont on n'a pas toujours apprécié à leur véritable valeur les idées philosophiques. L'auteur de la Justice dans la Révolution et dans V Église, auquel on peut rattacher l'école de la « morale indépendante », s'est efforcé de remettre en lumière le principe fondamental de la révolution, la dignité humaine, la dignité de l'être raisonnable et libre se suffisant à lui-même pour établir tout ensemble son devoir et son droit, indépendamment des dogmes métaphysiques ou religieux. Parla aussi, Proudhon et les partisans de la morale indépendante ont continué l'œuvre de Kant ' . « Disciple de Comte en même temps

1 . Proudhon soutient le caractère humain et immanent du droit et de la justice. « J'écarte tout théologisme, toute théorie de l'absolu... La justice est humaine, tout humaine, rien qu'humaine ; c'est lui faire tort que de la rapporter de près ou de loin, directement ou indirectement, à un principe supérieur ou antérieur à l'humanité. Que la philosophie s'occupe tant qu'elle voudra de la nature de Dieu et de ses attributs, ce peut être son iroit et son devoir. Je prétends que cette notion de Dieu n'a rien à faire dans nos constitutions juridiques, pas plus que dans nos traités d'économie politique et d'algèbre. La théorie de la raison pratique subsiste par ellemême; elle ne suppose ni ne requiert l'existence de Dieu et l'immortalité de rame; elle serait un mensonge si elle avait besoin de pareils étais. » On connaît la thèse qui lut plus tard soutenue par Ui partisans de la morale indépendante dans

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que de Kant, » comme il le dit lui-môme, Proudhon chercha à fonderie droit de l'homme au respect sur un fait. « L'homme, dit-il, en vertu de la raison, a la fa* culte de sentir sa dignité dans la personne de son semblable comme dans sa propre personne, et d'affirmer, sous ce rapport, son identité avec lui... Le droit est pour chacun la faculté d'exiger des autres le respect de la dignité humaine dans sa personne. » Mais cette faculté dont Proudhon admettait l'existence, il n'en proposa point une suffisante explication tant qu'il s'en tint au terme vague de sentir sa dignité. Quand il voulut donner à la dignité même une signification plus précise, tantôt il se contenta de la ramener à la liberté sans que sa doctrine se distinguât sur ce point des théories courantes, tantôt il sembla la réduire à la conscience de la force : on sait quelles dangereuses concessions il fit lui-même à la force dans sa théorie de la guerre et de la paix. En somme, Proudhon voulait fonder le droit sur un fait, et sur un fait de conscience, le « sentiment de la dignité » ; mais un sentiment ne pouvait suffire à expliquer le caractère d'obligation et de nécessité dont il revêtait l'idée du

un journal consacré tout entier à ce problème. « Le droit dé l'homme vis-à-vis de l'homme, continue Proudhon, ne peut être que le droit au respect ; mais qui déterminera dans le cœur ce respect? La crainte de Dieu, répond le législateur antique. L'intérêt de la société, répondent les novateurs modernes, athées ou non athées. C'est toujours placer la cause du respect, partant le principe du droit et de la justice, hors de l'homme, et par conséquent nier ce principe même, en détruire la condition sine qua non, l'innéité, l'immanence. » (La Justice dans la Révolution et dans l'Eglise, t. I er , p. 84.) Resterait à expliquer le vrai fondement de ce respect auquel l'homme a droit de la part de l'homme.

droit ; ne semble-t-il pas que le droit, au lieu d'être simplement un fait, est au contraire une idée dépas* sant et débordantle fait, qu'elle doraineet qu'elle juge? De son côté, l'école spiritualiste, avec Plaine de Biran, Royer-Gollard, Victor Cousin, Jouffroy, avait développé sous diverses formes, trop souvent superficielles, la doctrine traditionnelle en France qui place le fondement du droit et de la dignité dans la volonté libre. Cette volonté, pour Maine de Biran, éclate dans l'effort par lequel nous imprimons le mouvement à nos organes dans le travail : d'où Biran, s'il s'était occupé des questions sociales, aurait pu déduire que le travail, qui est la force personnelle en action, doit être le principe de la propriété personnelle ou plus généralement de tous les droits. Pour Royer-Collard et Victor Cousin, la volonté réside dans le pouvoir de choisir entre le bien et le mal, dans le libre arbitre ;du libre arbitre procèdent à la fois le devoir et le droit, avec la responsabilité de chacun dans l'accomplissement de sa propre destinée. « Qu'est-ce que mon droit à votre respect, sinon le devoir que vous avez de me respecter parce que je suis un être libre? Mais vous-même vous êtes un être libre, et le fondement de mon droit et de votre devoir devient pour vous le fondement d'un droit égal et en moi d'un égal devoir. Je dis égal de l'égalité la plus rigoureuse, car la, liberté, et la liberté seule, est égale à elle-même... 11 n'est pas possible de concevoir de différence entre le libre arbitre d'un homme et le libre arbitre d'un autre *. * Telle est la

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