‹ L'idée moderne du droitChapitre 37 sur 84 · RECTIFICATION DE LA DOCTRINE MÉCANISTE ET FATALISTE · texte numérisé non relu

RECTIFICATION DE LA DOCTRINE MÉCANISTE ET FATALISTE

L'idée de puissance, soit mécanique, soit biologique et évolutive, si elle était le seul fondement du droit, aboutirait d'abord à la lutte plus ou moins brutale des individus entre eux, puis à l'absorption de l'individu dans la nation, dans la race, dans l'humanité et finalement dans le nombre : ce serait un pur fatalisme, tour à tour anarchiste et absolutiste, — absolutisme national ou absolutisme socialiste. Quelles sont les objections qu'on peut adresser à cette philosophie de la pure puissance, qui, au point de vue métaphysique, repose tout entière sur la catégorie de causalité et de mécanisme? — Eriger la puissance seule en droit, pourrait-on dire aux partisans de Hobbes et de Spinoza, c'est l'ériger en règle ; mais une règle doit précéder, dominer, produire même en partie les choses

auxquelles on rapplique; vous, au contraire, vous donnez pour règle de l'action les résultats de l'action même et le succès qu'elle attend de l'avenir. La série de ces résultats n'est jamais épuisée, et ce succès est toujours provisoire. La force n'est qu'un résultat des actions accomplies dans le passé; elle ne peut seule fournir une règle aux actions à accomplir. La force est variable, et il n'y a point dans l'histoire de puissance définitivement supérieure; dans ce mouvement sans fin, on ne sait donc sur quoi se fixer. En outre, le mot de droit n'a aucun sens en votre bouche s'il n'ajoute pas à la puissance une idée nouvelle. De ce que vous êtes le plus fort, vous pouvez simplement conclure que vous êtes le plus fort : c'est là, comme dirait Kant, une proposition purement analytique, qui n'avance à rien ; mais vous ajoutez qu'en définitive le plus puissant a raison. Cette synthèse da réel et du rationnel est-elle suffisamment justifiée? Ne dépassons-nous pas la réalité de deux manières, par la pensée et par la volonté, en concevant et eu voulant quelque chose de mieux que ce qui est?

Hegel lui-même, .qui paraissait d'abord suspendre la réalité à l'idée et subordonner ainsi l'école historique à l'école philosophique , finit par soumettre l'idée à la réalité et par diviniser l'histoire. « Donner l'intelligence de ce qui est, nous dit-il, tel est le problème de toute philosophie, car ce qui est est la raison réalisée. Pour dire ce que le monde doit être, la philosophie vient toujours trop tard, car, en tant qu'elle ne fait que réfléchir le monde par. la pensée, elle ne peut venir qu'après que le monde est déjà formé et tout achevé. » — Il n'y aurait donc pas plus lieu

Page 1