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LE DROIT GOMME IDÉAL

pelons bonnes les choses matérielles soumises à des lois entièrement fatales : un cristal est symétrique, régulier, ordonné ; il n'est pas bon. C'est donc la volonté qui peut donner aux choses le caractère du bien proprement dit, je veux dire du bien moral. Aupa* ravant, il y a de l'agréable, il y a du vrai, du beau formel peut-être, mais non bonté propre. C'est ce qui fait l'absurdité des systèmes autoritaires qui admettent un bien moral imposé par autorité, chose contradictoire.

Mais il importe de concevoir avec exactitude cet idéal de liberté qui, s'il se réalisait, serait l'accomplissement de la nature humaine et comme la consé- . cration de notre droit au respect et à l'amour. Or, nous l'avons vu, les partisans d'une liberté d'indifférence qui agit sans motifs, ou (ce qui revient au même) d'un libre arbitre vulgaire qui agit contrai-» rement aux motifs ou se crée arbitrairement des motifs, ne peuvent fonder là-dessus une théorie du droit capable de satisfaire les esprits scientifiques : ce libre arbitre indéterminé, outre qu'on n'en peut constater la realité , ne saurait constituer le plus haut idéal de la volonté et conséquemment la plus haute valeur de l'homme, principe de son droit. D'un autre côté , le matérialisme et le fatalisme absolus, en supprimant toute action de l'individu et en expliquant tottt par le dehors sans qu'il reste aucune part au dedans, suppriment finalement l'activité même et ne laissent plus à l'individu aucune espèce de valeur propre. Il faut donc se faire de la liberté idéale une notion qui l'élève à la fois audessus de la fatalité et de l'indétermination D'une

part, selon nous, cette liberté idéale ne consisterait pas à vouloir également une chose ou son opposé, à introduire dans le monde et dans l'histoire, avec la possibilité ambiguë des contraires, un inexplicable hasard. D'autre part, elle exclurait la complète passivité de chaque être telle que l'admettent les fatalistes, car elle suppose chez l'être une action propre, une tendance essentielle qui le constitue, une force spontanée qui fait sa valeur. Comment donc faut-il se représenter cette force? Est-il nécessaire de la concevoir comme une sorte de miracle dans la nature ou plutôt en dehors de la nature? Ne peut-on s'en faire un idéal qui ne soit pas en contradiction avec le déterminisme de la nature même? — Sans entrer ici dans des considérations trop longues, disons seulement que le sens du mot de liberté a été considérablement détourné de son antique étymologie par les métaphysiciens et les théologiens : liberté veut dire indépendance. Or les scolastiques et les psychologues modernes ont fini par restreindre la liberté au libre arbitre proprement dit, au pouvoir de réaliser les contraires, qui, en le supposant tel qu'ils l'imaginent; ne serait toujours qu'une forme particulière et, comme disait Descartes, le plus bas degré de là liberté. Mais le libre arbitre, apparent ou réel, n'a de valeur qu'autant qu'il peut être pour nous un moyen d'augmenter notre indépendance, et c'est toujours en définitive l'indépendance même qui constitue à nos yeux la vraie liberté. Dans son sens négatif, le mot de liberté exprime donc Y absence de toute contrainte étrangère à l'être même; dans son sens positif, il exprime d'abord la présence d'une force

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