‹ L'idée moderne du droitChapitre 54 sur 84 · C'est un point sur lequel nous reviendrons plus loin · texte numérisé non relu

C'est un point sur lequel nous reviendrons plus loin

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ou, pour mieux dire, elle est comme divinisée. Il ne faut donc pas dire, quand on se place au point de vue purement scientifique: « L'homme a une valeur inestimable parce qu'il est libre, » ce qu'on ne peut démontrer scientifiquement; encore moins « parce qu'il est librement bon » ; mais on peut dire : « L'homme a déjà une valeur inestimable ou supérieure à toute quantité donnée, par cela seul qu'il a l'idée de la liberté et l'idée de la bonté libre, de la fraternité universelle dont la justice est la condition préliminaire. » En d'autres termes, l'homme a pratiquement des droits par cela seul qu'il est* un être conscient ayant Vidée du droit*

LES HYPOTHÈSES MÉTAPHYSIQUES tKJR LE FONDEMENT DERNIER DU DROIT

Une dernière question se présente. Nous avons posé en principe deux choses : une liberté tout idéale et un déterminisme réel au point de vue de l'expérience. Ce déterminisme peut, comme nous l'avons montré, se rapprocher sans cesse de son idéal ; mais peut-il y atteindre? Dans certaines actions qui semblent dépasser toutes les autres par leur désintéressement ou leur héroïsme, nous est-il donné de toucher le-but? — Sur ce sujet, on ne peut faire que des hypothèses; c'est la part laissée à la métaphysique, conçue comme systématisation des données de l'expérience ou comme cosmologie universelle ; les questions précédentes étaient d'ordre proprement scientifique. Il y a des raisons- pour le doute, il y en a aussi pour la croyance. De quoi s'agit- il en effet? Du fond même des choses. Les choses ont-elles un fond? Si elles en ont un, est-ce quelque nécessité primitive qui occupe ce fond et rive pour ainsi dire l'être à

lui-même? Est-ce au contraire quelque liberté primitive dont la spontanéité ferait jaillir le flot de la vie? Est-ce la loi fatale d'Heraclite, le clinamen d'Épicure, la substance de Spinoza, le noumène de Kant, la volonté absolue de Schopenbauer? Aux métaphysiciens de choisir, et ils ne peuvent choisir qu'en comparant des probabilités, en faisant des inductions d'après les résultats généraux de la science et les faits de la conscience.

La théorie du droit nous ramène ainsi finalement en présence du problème profond qui agita le moyen âge et qui subsiste dans la philosophie contemporaine : le problème de l'individuation. — Qu'est-ce qui constitue l'individu et la conscience individuelle? Où est la racine demi re de ce moi conscient auquel semble inhérent le droit? N'y a-t-il en nous que phénomènes, ou touchons- nous en quelque point à uoe réalité plus durable, comme la plante tient au sol et y puise sa sève? La part du milieu physique ou so.ial est et sera toujours énorme : organes, tempérament, hérédité, éducation, que d'influences qui agissent sur moil Je suis le point de rencontre et d'intersection d'une infinité de circonstances, comme un cercle imperceptible qui serait coupé en tous sens par une infinité de grands cercles enchevêtrés; sous l'entrecroisement de ces lignes, l'œil chercherait en vgiû à le saisir. Supposez pourtant qu'il renferme en son centre vivant une puissance d'expansion qui lui permette de s'agrandir sans cesse et de jeter en tous sens ses rayons; peut-être un jour redeviendrait-il visible et faudrait-il reconnaître dans la conscience le vrai foyer de la vie et du mouvement même.

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