LIMITE RATIONNELLE DE L'ÉGOÏSME
de l'être ; c'est dire : le monde mécaniquement connaissable est tout, la force est tout, l'intérêt est tout. L'injustice est du dogmatisme pratique et de l'absolutisme, Xoya) xott epY<î>- ka justice,. au contraire, est une limitation mutuelle des volontés et des consciences en vertu d'une même idée également limitative pour tous; je veux dire l'idée de la limitation même qui est 1° inhérente à notre science physique, et ouvre ainsi l'accès à la spéculation cosmologique, 2° inhérente à notre conscience limitée par d'autres consciences, et ouvre ainsi l'accès à la spéculation psychologique l . Eriger le mécanisme des forces ou des intérêts en loi unique, c'est affirmer que le mécanisme, comme tel, est Yunique réalité; or c'est ce que jamais on n'a démontré et ce qu'on ne pourra démontrer jamais ; il restera toujours de Vinexplicable mécaniquement, ne fût-ce que le mouvement même, ne fût-ce que la sensation, élément de la conscience. Jointe à touteSs les autres considérations, l'idée de cet irréductible qui constitue notre conscience, en restreignant notre connaissance sensible, nous impose aussi rationnellement la restriction de nos mobiles sensibles, et cela en vue d'autrui, en vue du tout. Le solipsisme, comme disent les Anglais, est aussi inadmissible en morale qu'en métaphysique, bien qu'il soit peut-être irréfutable dans les deux sphères. Il peut sembler étrange de fonder le droit sur un principe de doute et pour ainsi dire sur un problème. Mais d'ahord nous verrons que ce fondement métaphysique n'exclut en aucune manière tous les autres
1. Voir, pour le développement de ce point de vue, notre Critique des systèmes de morale contemporains.
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fondements positifs et scientifiques; seulement il lefc empêché de s'ériger en absolus, et par cela même il empêche la justice et le droit de s'absorber en entier dans la force ou dans l'intérêt, en un mot dans le mécanisme et dans l'organisme, qui ne sont peut être pas le tout de la nature. Or, ce non plus ultra est nécessaire pour fonder un droit véritable et cependant immanent, infranchissable à l'égoïsme, un droit que la force et l'intérêt, à eux. seuls, ne sauraient fonder. De plus, ce problème se pose à propos d'une réalité indéniable, savoir notre conscience même, qui, enveloppant tout, ne peut être enveloppée et comprise dans autre v chose ou, en un seul mot, comprise. Enfin on peut maintenir à l'état problématique, mais cependant irréductible à tout le reste , cet idéal universel des consciences dont Kant a fait « la catégorie de l'idéal ». Mais Kant a paru quelquefois représenter comme transcendant ce qui en définitive est immanent par excellence et constitutif de la conscience même ; de plus , Kant a voulu déduire de là une loi impérative et formaliste; nous ne le suivons plus sur ce terrain de la Critique de la raison pratique, et nous en rejetons le côté transcendant, supranaturel ; mais nous conservons ce qui peut être retenu de la Critique de la raison pure, c'est-à-dire une simple idée, la plus haute de toutes, la plus obscure, la plus énigmatique, celle % du fond impénétrable de la conscience, que toute notre science analytique ne peut atteindre. On dira que c'est là simplement un #, un point d'interro-^ gation; — soit; mais ce point d'interrogation qui porte sur le mot, le toi et le tout 9 suffit à faire tomber
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