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LftIITE RATIONNELLE DEl'ÉGOÏSME 275
Le doute est ainsi le commencement de la morale proprement dite et du droit proprement dit. La limite de la science, nous l'avons vu, s'exprime dans la conduite par la limite de l'activité intelligente et consciente en face des autres activités intelligentes et conscientes. De là le droit et la justice. Au delà de cette limite, avec la spéculation métaphysique et cosmologique, commence cette sorte de spéculation morale qui est, selon le système qu'on met en pratique, soit l'égoïsme, soit la charité. L'égoïsme est l'affirmation symbolique de la division ou opposition radicale des êtres et des consciences, de l'atomisme moral ; la fraternité est l'affirmation symbolique d'une union radicale : ce sont deux hypothèses en action sur ce que nous ne connaissons pas, sur la loi fondamentale de l'univers et de l'individu; mais la justice, elle, qui ne fait qu'affirmer pratiquement notre ignorance du fond des choses et des consciences, est infiniment moins hypothétique : elle n'est pour ainsi dire que la sincérité d^une pensée en accord avec elle-même dans la pratique comme dans la théorie *.
1. M. Espinas, partisan exclusif du naturalisme, a dit : « Pour les naturalistes, le droit est consécutif à l'action sociale, il est un fait d'opinion. Il n'y a, selon nous, dans la constitution personnelle de l'homme (qui naît) rien qui puisse fonder, par exemple, le droit de vivre, de se nourrir, de posséder, etc. Nous allons jusque-là... S'il n'y a rien de transcendant au fond de la conscience humaine, un enfant n'a de droits que pour des hommes, et pour des hommes civilisés; son aptitude à être une personne morale dépend de la mesure où le droit est reconnu dans le milieu social où il apparaît. S'il naît fille dans certaines tribus sauvages, son droit consistera à s'acquitter dé tous les travaux pénibles, à manger des racines et à être battu ; s'il naît ailleurs du sexe masculin dans une famille royale, il aura le droit de vie et de mort sur les autres
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Quand il s'agit de savoir si l'idée de la liberté et du droit a une valeur objective et répond absolument à la réalité, le caractère problématique de la solution spéculative n'empêche pas une solution pratiqua. Le nœud que la pensée ne peut dénouer', Faction le tranche, car l'action ne peut toujours et dans tous les cas demeurer en suspens comme la pensée. Chacun résout donc pratiquement, à sa manière, la question fondamentale et métaphysique dont nous par^ lions tout à l'heure, et il la résout affirmativement pu négativement selon le degré de -force que les idées mêmes de liberté et de droit ont acquise en lui. L'homme en qui ces idées sont intenses et dominantes réalise en une certaine mesure sa croyance par toutes ses actions, qui se moulent sur ce type intérieur. Celui qui, au contraire, n'a qu'une conception faible
membres de la tribu. La société ne se borne pas à définir et à sauvegarder le droit; elle le constitue, puisque le droit n'est pas autre chose que la valeur attribuée à la personne humaine dans un pays donné. » (Voir les remarquables études que M. Espinas a consacrées, dans la Revue philosophique, à l'examen de notre Science sociale contemporaine, octobre et novembre 1882, p. 514.) Dans le passage que nous venons de citer, et qui exprime excellemment le point de vue du pur naturalisme, M. Espinas ne distingue pas le droit de fait (accordé par une société à ses membres) et le droit proprement dit ou moral; il ramène entièrement le second au premier. Selon lui, nous devriona nous-même « aller aussi loin » ; nous ne le pensons pas, car nous laissons ouverte la question du fond irréductible de la conscience. Si Ton appelle transcendant ce qui dépasse notre connaissance empirique et phénoménale, alors ilpeut exister dans la conscience humaine quelque chose qui soit transcendant en ce sens. Les sensations de la vue sont transcendantes pour l'oreille, transcendantes aussi pour l'aveugle; les sensations du son, de même, sont transcendantes pour le sourd. Le transcendant des métaphysiciens n'est, pour ainsi dire, que le transintellectueL En ce sens, le transcendant u'tn