ACCORD DU DROIT ET DE L'ÉVOLUTION
de vue biologique de Spencer et de Darwin. Seulement, le déterminisme de la logique et de la dialectique doit faire place en son sein à Vidée de la liberté et à son influence telle que nous l'avons établie. En outre, il faut reconnaître que cette idée dépasse toujours les faits, les devance, les juge au lieu d^accepter leurs jugements, les règle au lieu d'être leur simple résumé, les produit même en partie au lieu d'être leur résultante abstraite. Selon nous, ce n'est pas à l'idée d'adorer le fait; c'est au fait d'adorer l'idée et de la servir. Quant au point de vue biologique, nous acceptons tout ce qu'on a pu dire de positif sur l'organisme social et sur ses lois ; nous considérons l'évolution de la vie sociale comme réalisant par le jeu même des forces et des intérêts, auxquels il faut ajouter les idées, une approximation indéfinie du droit. En un mot, nous ne rejetons rien des théories naturalistes ou idéalistes, du moins rien de ce qu'elles ont de positif; mais, au-dessus des lois de la force, de l'intérêt, de la vie, de la pensée, nous élevons la notion problématique d'une activité qui renfermerait le principe même du mouvement, de la vie, de la pensée, qui serait ainsi la racine de la conscience. D'une part, nous ne laissons pas avec Spencer l'idée de l'inconnaissable, ou plutôt l'idée de la conscience fondamentale, dans un état d'inertie et d'inutilité, en dehors de toute influence morale et juridique; d'autre part, nous ne faisons pas de cette idée, avec l'auteur de la Raison pratique^ un impératif mystérieux, une loi toute formelle et despotique, par une sorte d'absolutisme moral ou juridique. Nous nous efforçons de maintenir l'harmonie entre la spéculation et l'action,
que Kant a compromise. Pour cela, nous limitons par une même borne, par une même idée, celle de la conscience insaisissable à la science objective, la pensée empirique et la conduite empirique; nous constituons ainsi le droit par l'extension à tous les êtres conscients et agissants de cette même limite nécessaire^ Pour le reste des idées morales, nous les ramenons à ce qu'elles sont : c'est-à-dire une hypothèse spéculative ou une hypothèse pratique sur le contenu inconnaissable de la conscience et de l'existence. Et il y a deux hypothèses possibles : 1° le contenu de l'être et de la conscience est amour de soi; de là dérive l'utilitarisme exclusif ;. 2° le contenu de l'être et de la conscience est amour du tout : de là la doctrine de la charité. Mais, à YutUitarisme comme à la charité, nous imposons la même limitation spéculative et pratique : 1° restriction de l'affirmation empirique pour les uns, et de l'affirmation métaphysique pour les autres; 2° restriction de l'activité pour tous; en un mot, justice en pensée et en acte, Xcrpto xal epyw. L'intolérance et l'absolutisme, qu'ils prennent la forme de i'égoïsme ou celle de la charité, font ainsi place au libéralisme du droit, fondé sur une commune limitation des libertés et des consciences, qui est la condition de leur union même dans la société.
Par cette superposition de toutes les doctrines en un seul et même édifice aux assises diversement élevées , nous faisons non de l'éclectisme arbitraire, mais une synthèse scientifique et métaphysique, où chaque point de vue de la pensée a sa place déter-