‹ L'idée moderne du droitChapitre 64 sur 84 · ACCORD DU DROIT ET DE L'ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

ACCORD DU DROIT ET DE L'ÉVOLUTION

minée et démontrée. Les lois de la force Viennent se suspendre aux lois de Fintérêt, celles de l'intérêt aux lois de la vie et de l'organisme social, celles de la vie aux lois de la pensée et du déterminisme scientifique, celles de la pensée et du déterminisme à un idéal de liberté et de volonté universelle, dont la réalité demeure pour nous un problème et qui pourtant, en limitant nos égoïsmes par la justice égale pour tous, rend possible l'expansion ultérieure de la bonté. Pans l'équation universelle, les naturalistes négligent entièrement Yœ inévitable et insoluble, 1'* attaché au fait même d'avoir conscience; nous montrons que cet x a, pour la pensée et l'action, un rôle restrictif qu'on peut déterminer, et qu'ensuite sa valeur positive peut être induite hypothétiquement, par le prolongement de la direction constatée dans la série entière des phénomènes. Nous croyons par là réconcilier lé kantisme bien entendu et l'évolutionnisme bien entendu, qui sont aujourd'hui les deux seules positions possibles de la pensée. Ces positions ne s'excluent pas à nos yeux et, au contraire, se complètent mutuellement. L'évolutionnisme est la base de la pyramide, le sommet est l'idée de la conscience mécaniquement inexplicable, — idée admise d'ailleurs par Spencer lui-même, mais laissée par lui à l'état mort et confondue avec la conscience de l'absolu. La vue lointaine de ce sommet exerce sur nous une influence directrice en nous faisant entrevoir la convergence finale de toutes les lignes visibles ! .

1. Pour marquer le mieux possible le caractère de notre doctrine, — que plusieurs critiques ont interprétée à contresens en s'arrêtant à l'un ou à l'autre de nos points de vue

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successifs et en prenant la partie pour le* tout, — nous croyons utile de citer ici en note notre réponse à un article de M. Renouvier, qui, par une singulière méprise, nous avait confondu avec les purs et simples partisans du « droit historique », du « fatalisme évolutionniste », de « l'identité hégélienne des contraires », etc.

« Je ne répondrai rien aux objections sur ma méthode : je me propose de montrer ailleurs que je ne suis partisan ni de l'hégélianistne, ni de l'éclectisme, ni de l'identité des contradictoires, ni de l'adage : « Il n'y a point de réfutation, » ni du fatalisme historique, ni du fatalisme des races, etc. Je me borne à dire que ma méthode de synthèse progressive et de gradation entre les doctrines consiste, d'abord à bien déterminer tous les points sur lesquels l'accord peut se faire avant de passer aux divergences, puis à réduire ces divergences au minimum possible par des procédés rigoureusement scientifiques, sans violer aucunement les règles de la logique ni l'axiome de contradiction.

« Conformément à cette méthode, j'ai rapproché les diverses théories du droit, d'abord sur le terrain des faits, puis sur celui des idées (qui sont, comme les faits, objets de science)*. et enfin sur le terrain des réalités métaphysiques (objets de simple conjecture et de croyance). — 1° Le droit absolu, fondé sur une liberté morale absolue, n'est pas un fait d'expérience, parce que cette liberté morale elle-même n'est pas un fait. 2° Le droit est une idée. 3° Cette idée se réalise ellemême dans les faits par son influence dominante sur notre pensée. 4° Il est possible que cette idée corresponde à quelque réalité métaphysique dont elle est le symbole; en tout cas, dans le doute, nous ne devons pas nier le droit, soit théoriquement, soit pratiquement, et l'homme est pour nous inviolable à ces divers, points de vue. — Telles sont le3 tbèses successives, également admissibles pour les naturalistes et lc9 idéalistes, que j'ai défendues dans mon livre; loin d'être contradictoires, elles me paraissent se soutenir l'une l'autre....

« J'applique à l'idée du droit la doctrine que je soutiens depuis longtemps sur la puissance efficace des idées. Les idées existent dans notre esprit, indépendamment même de la réalité actuelle de leurs objets; elles sont des forces qui ont leur, influence sur notre conduite et qui tendent à se réaliser par cela même qu'elles sont conçues; elles ont pour ainsi dire, sinon une objectivité transcendante qui est pour nous invérifiable, du moins une puissance d'objectivation immanente qui se vérifie en s'exerçant. J'avais fondé la théorie de la

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