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La justice dans la révolution et dans l'Eglise

un détour aux conceptions religieuses et transcendantes qu'il voulait écarter. Il aboutit lui-même à dire : « Pour me servir du langage théologique, qui consiste à mettre des réalités surnaturelles là où la science se borne à mettre des abstractions, quand la justice fait entendre dans notre âme sa voix impérieuse, c'est le Verbe y Logos, âme commune de l'humanité, incarné en chacun de nous, qui nous appelle et nous somme de le défendre. » Les conceptions sur lesquelles Proudhon appuie sa doctrine exprimeraient donc, de son propre aveu, ou des « réalités surnaturelles » quand on les prend au pied de la lettre, ou, dans le cas contraire, des « abstractions scientifiques ». Par malheur, des abstractions, même scientifiques, ne peuvent justifier entièrement l'égalité et fonder entièrement le droit réciproque des personnes. Faire appel à une essence commune présente dans les individus, c'est faire appel à un principe supranaturel dont l'existence n'est pas démontrée, à moins qu'on ne veuille dire simplement : — Tous les hommes ont des caractères communs qui permettent de les faire rentrer en une commune définition; — alors, au lieu de la réalité surnaturelle, on a une abstraction scientifique; mais comme les individus ne sont point des abstractions, comme une égalité abstraite n'est point une égalité réelle, comme nous avons en présence, au sein de la société, non des définitions de l'homme, mais des hommes vivants, moi et autrui constitueront toujours une inégalité invincible au milieu de toutes les équations purement logiques et mathématiques. Qu'est-ce encore que cette « existence unique * dont le sentiment, égal chez tous,

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