‹ L'idée moderne du droitChapitre 76 sur 84 · SYNTHÈSE PUS SYSTÈMES · texte numérisé non relu

SYNTHÈSE PUS SYSTÈMES

Wice Supérieure, soit physique, soit intellectuelle : sans la force, rien n'est possible, et tout ce qui a la réalité a aussi la force. A ce point de vue, le droit est le maximum de pouvoir individuel compatible ave<r le maximum de force sociale. Mais l'organisation des forces ne se comprend pas sans celle des intérêts, et là se place la philosophie utilitaire, pour laquelle le droit est le maximum de pouvoir individuel compatible avec le maximum d'intérêt social. La philosophie utilitaire elle-même a deux formes, Tune trop individualiste et atomiste, qui considère la société comme un agrégat d'individus dont chacun cherche son intérêt, l'autre plus biologique et évolutionniste, qui considère la société comme un organisme vivant soumis aux lois universelles de l'évolution. Le point de vue biologique et évolutionniste nous a paru beaucoup plus élevé que celui de Hobbes et même de Bentfraro. La conciliation des forces et des intérêts était d'ailleurs facile : ce sont choses qui se complètent, ou plutôt c^st la même chose sous deux aspects, l'un extérieur, l'autre intérieur 1 . Plus difficile est la conciliation de l'idée pure du droit avec les deux autres principes : elle nous aurait même semblé impossible, comme elle le paraît aux écoles historique, dialectique et positiviste, si nous n'avions pas assigné à ces principes diyers des domaines divers. Selon nous, comme on l'a vu, le domaine du droit proprement dit est l'idéal, le domaine des forces et de l'intérêt est la réalité : c'est par de pures idées, les plus hautes

i. L'un est relatif à ce que les métaphysiciens appellent la « catégorie de la causalité et du mécanisme, » l'autre à celle de la a finalité immanente et de l'organisme »•

qu'on puisse concevoir, celles de liberté individuelle et de société universelle, que l'édifice entier s'achève. La force et l'intérêt sans le droit, ce serait la vie sans idéal ; le droit sans la force et sans l'intérêt, ce serait l'idéal sans vie. Mais en fait Yidéal est luimême une force, puisqu'il meut l'humanité et, en une certaine mesure, peut mouvoir le monde même; il est un intérêt, puisqu'il est le besoin incessant de la pensée et le perpétuel objet du désir. Par cela même il est un des facteurs de l'évolution humaine, un des moteurs de l'organisme social, un des ressorts les plus importants de la vie consciente. Ainsi la théorie que nous proposons rapproche les autres : dans sa partie positive, elle est à là fois un naturalisme et un idéalisme, elle conserve sans exception tous les faits, elle conserve même toutes les idées en tant que telles, mais elle s'efforce de rapprocher peu à peu les faits et les idées, jusqu'à ce terme idéal de l'évolution universelle où leur séparation serait réduite à néant, où la force suprême et l'intérêt suprême coïncideraient avec la liberté.

Ce terme est l'objet de la spéculation métaphysique ou, si l'on préfère, cosmologique et psychologique, qu'il importe de laisser ouverte. Le fait que nous avons conscience du moi et que nous concevons les autres consciences, mais sans pouvoir nous expliquer la conscience même, limite le dogmatisme intellectuel, et par cela même, nous l'avons vu, limite aussi le dogmatisme moral et social, dont l'injustice est une forme. Cette limitation ou restriction est donc le pr1n« cipe de la justice : abstine et sustine.

Les divers systèmes sur le droit, pour faire réaliser

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