‹ L'idée moderne du droitChapitre 8 sur 84 · H PRÉFACE · texte numérisé non relu

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vêler pour ne pas périr, celle du droit occupe un des premiers rangs : elle est d'ailleurs inséparable des notions de liberté et de devoir. Le vieux spiritualisme, à notre avis, ne peut plus se soutenir; les entités métaphysiques auxquelles il avait coutume de faire appel sont aussi impuissantes dans la question du droit que dans celle de la liberté morale. Faut-il donc rejeter entièrement, même comme pur idéal, la conception des t droits de l'homme » ? Faut-il ramener tout Tordre civil et politique à une simple combinaison de forces ou d'intérêts, et opposer le principe de l'inégalité aristocratique à celui de l'égalité démocratique? — Peut-être arriverons-nous à reconnaître que, dans cette question, chacun des points de vue principaux auxquels s'est placé l'esprit humain a sa vérité relative; peut-être est-il possible de construire une théorie nouvelle du droit, à la fois naturaliste et idéaliste, assez compréhensive pour réconcilier les*systèmes adverses en ce qu'ils ont de scientifique. Ce n'est pas un choix plus ou moins arbitraire entre les systèmes et une sorte d'éclectisme que nous nous proposons de réaliser : c'est une synthèse rationnelle où tous les éléments positifs de chaque système auront leur place, et où ils seront reliés par une théorie aussi compréhensive qu'il est possible. En

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limitant k leur juste valeur et à leur légitime do* maine les vérités relatives des systèmes, on leur enlève leur caractère exclusif et négatif; on les rend du même coup harmoniques et conciliables. Les questions dont nous nous occuperons offrent avant tout un intérêt spéculatif, et c'est surtout une recherche scientifique que nous entreprenons. Néanmoins, nous ne saurions négliger le côté historique et politique de ces études. La manière dont un peuple se représente Tordre social tient au fond même de son caractère, à ses traditions, à son histoire; elle marque donc sa direction présente et peut révéler son avenir. A notre époque où les grands peuples de l'Europe, sous les lois d'une sélection supérieure, luttent pour la prééminence intellectuelle et politique, il est nécessaire que notre pays se rende compte à lui-même de l'idée directrice, plus que nationale et vraiment humaine, qui a fait jusqu'ici sa force et qui, en s'élargissant, en se complétant par les notions plus familières aux autres peuples , pourrait assurer encore sa grandeur future, — je veux dire la conception du droit idéal, de la justice, de l'idéale égalité des libertés *.

1. Ces études sont la suite naturelle de nos précédentes recherches sur La liberté et le déterminisme ; c'est la même

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question transportée de l'ordre moral dans Tordre social et politique. On reconnaîtra aussi l'analogie des solutions auxquelles, dans ces deux problèmes, nos réflexions nous ont amené, et par quelle évolution le droit-idée peut se concilier avec le droit- force ou le droit-intérêt.

Dans le livre premier de cette nouvelle édition, nous avons complété et rapproché toutes nos observations relatives à la psychologie des peuples et à l'histoire des théories du droit. De cette manière, la partie purement historique sera plus distincte de la partie théorique, avec laquelle il importe de ne pas la confondre. Le côté philosophique du problème sera aussi mieux dégagé des considérations nationales ou internationales : toute confusion des points de vue deviendra alors impossible pour le lecteur.

En ce qui concerne le fondement du droit, nous avons essayé de réunir, en une notion synthétique, les résultats les plus légitimes de la philosophie évolutionniste et de la philosophie critique. Spencer et Kant nous semblent avoir tous les deux le tort de se perdre dans le transcendant, l'un par sa théorie de Y inconnaissable (qu'il oublie si étrangement en morale), l'autre par sa théorie de Yimpératif catégorique, dont il fait une sorte d'ouverture sur le monde inconnaissable. Nous plaçant à un point de vue immanent, nous avons essayé de montrer le vrai principe de la moralité, de la réciprocité et du droit, dans la conscience psychologique, qui se pense et pense les autres consciences, les autres moi, sans cependant pouvoir s'expliquer d'une manière adéquate ni le sujet pensant, ni l'objet pensé, ni la transition du sujet à l'objet. Nous avons ainsi établi dans la conscience même, comme fait d'expérience indéniable, un idéal à la fois restrictif pour l'égoïsme, et persuasif your V « altruisme. » Cet idéal, au moyen d'un principe immanent et même expérimental, la pensée consciente, fonde d'une part la justice ou le droit proprement dit, de l'autre la fraternité*

La première édition de cet ouvrage parut en 1878; la seconde édition revue et corrigée, en 1883.

Les théories psychologiques de ce livre ont leur complément dans nos écrits sur la Psychologie des peuples européens et sur la Psychologie du peuple français ; les théories morales sur le fondement ont leur complément dans notre Morale des idées forces.

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