‹ L'Idée, ou Critique du Kantisme [microform]Chapitre 10 sur 50 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Unité de la Conscience et de l'Idée.

La conscience et l'idée ont des caractères qui les distinguent et n'existent qu'à cette condition. Considérées en elles-mêmes, elles différent au même titre que la volition et le motif qui la sollicite, au même titre que le désir et l'émotion qui le provoque : la conscience et l'idée sont directement irréductibles l'une à l'autre. Mais cette dualité, pourtant si saillante et si claire, n'est qu'une face du phénomène mystérieux qu'elles constituent; au fond, elles ne sont que deux aspects d'une seule et même opération, elles procèdent d'un seul et même sujet, elles jaillissent d'une seule et même àme. Ainsi le veut l'essence de la pensée.

De quelque manière qu'on rattache l'idée à la conscience, qu'on l'identilie avec l'être lui-même, comme le font les idéalistes, ou qu'on y voie simplement le substitut mental d'une réalité qui la dépasse et s'en distingue, il reste toujours vrai que toute pensée enveloppe un objet qui est aussi son

mode, un objet par lequel elle commence, se poursuit et s'achève, ce qu'on appelle d'ordinaire « un terme immanent ». Si les idéalistes ont raison, si la représentation est identique à l'être, Texistence de ce terme intérieur est évidente; car il est tout. La pensée n'a nulle part, en dehors de lui, d'autre point d'appui où elle puisse porter. Il n'est pas moins difficile d'en contester la présence, si l'on admet avec les réalistes que le monde extérieur est une chose en soi, c'est-à-dire une chose radicalement distincte de l'esprit qui la connaît Caril faut, danscette hypothèse, que la conscience entre d'une certaine manière en communion avec les objets pour les percevoir. Or, pendant qu'elle s'y insinue en quelque sorte, qu'elle les explore et les pénètre de sa lumière, elle en subit l'intluence dynamique au dedans d'elle-même, elle en reçoit en son être comme une intime empreinte : c'est là une nécessité d'ordre physique. Impossible à une force donnée d'entrer encontçict avec une autre force sans devenir passive par le fait; impossible, par conséquent, à la conscience d'atteindre une réalité transcendante, sans y cueillir pour elle-même un fruit de vie, sans en retenir un symbole immanent. L'ex périence nous révèle d'ailleurs que telle est bien la loi fondamentale de la connaissance, si l'hypothèse réaliste est conforme à la vérité. L'objet disparu.

I/IDÉK

nous pouvons nous le représontor encoro, nous sommes à même de nous en souvenir; c'est donc qu'en passant sous le regard de notre âme il y a laissé et fixé sa propre image.

Toute pensée enveloppe un terme immanent. En outre, ce terme est d'ordre hyperorganiqiie. Ce que saisit directement la conscience, ce n'est pas l'excitation physique, mais quelque chose de plus profond dont l'excitation physique n'est que l'antécédent. Nous en avons une preuve frappante dans les phénomènes visuels. J'ouvre les yeux et j'enferme dans le champ de ma vue toute la calotte du ciel. Je clos mes paupières et je jouis encoredu môme spectacle : il peut avoir perdu quelque chose de son intensité et de sa distinction; mais il garde les mêmes dimensions, il est immense comme auparavant. Où réside une telle représentation? Evidemment elle n'est pas une simple affection de ma rétine ou de -mes centres optiques, qui ne sont que des portions si infimes de l'espace. C'est dans l'organisme qu'elle commence, mais c'est dans une autre région qu'elle s'achève. Il faut, pour l'expliquer, recourir à un facteur spécial, qui élabore et transforme du tout au tout les données de l'excitation physique, à un principe d'ordre supra-matériel '.

Page 1