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qu'il intervient, évoqué en quelque sorte parla voix de l'expérience, communique à ces vérités la nécessité qu'elles n'ont pas par elles-mêmes. Or il n'en est rien. Une telle transformation ne peut avoir de réalité qu'au regard de l'imagination. La nécessité dcTentendement, de quelque manière qu'on la conçoive, est d'une autre origine que les données empiriques : elle tient à son essence et non au fond de la mystérieuse nature. Par conséquent, elle ne fait que s'ajouter d'une façon plus ou moins intime à ces données. Elle ne forme elle-même avec les termes de ces données qu'une soudure de fait et dont la durée est celle de l'acte de la connaissance. En outre, celte soudure reste distincte de celle qui rattache l'un à l'autre les éléments de l'expérience et n'en modifie nullement la nature.
Kant, pour expliquer la nécessité des lois scientiliques, n'a donc fait qu'en doubler la contingence. Et la raison de sou insuccès, c'est que la nécessité des formes a /»n(?;7 est un monopole intellectuel qui ne s'aliène pas. Il n'a pas dompté la nature; ce n'est qu'en apparence qu'il l'a emprisonnée dans ses catégories. Après, comme avant sa géniale tentative, elle continue à se dérouler suivant ses caprices, libre, chaotique, houleuse, insaisissable. StuartMill a osé dire que, dans les portions lointaines des régions stellaires, (m'i les phénomènes peuvent être
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tout à fait différents de ceux que nous connaissons, ce serait folie d'affirmer le règne d'aucune loi générale ou spéciale, et que, si un homme habitué à l'abstraction et à l'analyse exerçait loyalement ses facultés à cet effet, c il n'aurait pas de difliculté, quand son imagination aurait pris le pli, à concevoir qu'à certains endroits, par exemple, dans un des lirmaments dont l'astronomie stellaire compose à présent l'univers, les événements puissent se succéder au hasard, sans aucune loi fixe, aucune portion de notre expérience ou de notre constitution mentale ne nous fournissant une raison quelconc^ue pour croire que cela n'a lieu nulle part ». Cette conclusion est aussi celle qui découle de la théorie kantienne.Impossible, d'après cette théorie, de dépasser
par l'induction la frontière de l'observation. Si la cause et l'effet ne soutiennent entre eux qu'un rapport de fait, pourquoi les roues d'une locomotive ne se mettraient-elles pas en mouvement avant le piston qui les commande? Pourquoi les astres ne commenceraient-ils pas tout d'un coup, et sans que rien autre soit changé, à tourner en sens inverse?
Non seulement Kant enlève à la science expérimentale son caractère essentiel d'absolue universalité, mais encore il en rend l'objet à jamais et de tous points inaccessible.
Uobjet primordial et foncier de la science expé-
CARACTKIIES (iKNKHALX DE I;II)::K
rimentale, ce sont les faits de la nature extérieure, de cette nature dont le principe d'action est à la fois indépendant et de notre pensée et de notre vouloir, qu'on la conçoive d'ailleurs comme métaphysiquement identique à notre être ou douée d'une existence radicalement distincte. Carie but de la science expérimentale, son unique force, c'est de prévoir les événements que cette môme nature doit produire dans son développement ultérieur. Or cette prévision reste impossible aussi longtemps qu'on n'a pas trouvé quelque moyen d'en atteindre les antécédents réels. Ce moyen, d'après la doctrine de Kant, ne sera jamais trouvé; cette voie de la pensée vers la réalité modale des choses demeure fermée pour toujours. Si Kant a dit vrai, le propre de la connaissance n'est pas de nous rapprocher des faits, maisde jeter entre eux et nous-mêmes un masque impénétrable. Le cortège déjà nombreux des catégories, la légion plus nombreuse des schèmes, la double loi de l'espace et du temps, voilà autant d'obstacles qui se dressent entre la pensée et la réalité qu'il s'agit de percevoir; et ces obstacles, nous devons renoncer à tout espoir de les jamais aplanir, car 'ils tiennent à la constitution native de laconscience : l'effort que nous faisons pour les écarter n'aboutit qu'à les évoquer derechef et tous à la fois. Elle est donc étrange, l'altitude de Kant à l'égard de