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Le lien de deux idées ne consiste pas dans une impulsion subjective; c'est un enveloppement de r„ne par lautie. Quand j'aflirme que II dépend nécessairement de A, je ne le fais pas en verin d'une contrainte aveugle. La contrainte d'aflirmer est un fait dérivé : elle vient d'une intuition.. J'affirme que H ne peut se séparer de A, parce que 11 est de l'essence de A, parce qu'il se trouve impliqué dans le concept de A. J'affirme la nécessité, parce que je la vois, et je la vois comme une dépendance objcc^ tive, comme une connexion essentielle des idées (lonljeraflirme. Dire par conséquent (lue la nécessité de rapport est une simple tendance, la rejeter dansl'ordre des instincts, c'est méconnaître la place qu'elle occupe dans la conscience, c'est changer la nature desfaits pourles assoupliraux besoinsd'une théorie. De plus, en commettant une si grave erreur, on ne réussit pas mieux à expliquer le caractère absolu de la nécessité logique. La contrainte physique et subjective sur laquelle on se rabat, est une nécessité 'toute relative. Quelle que soit l'énergie d'une tendance, on conçoit loujoursquelle pourrait ne pas être. On imagine une force plus grande qui pourrait la supprimer ou tout au moins en arrêter l'exercice. Autre est la nécessité de rapport que soutiennent deux ou plusieurs idées. Cette nécessité ne peut rencontrer d'obstacle nulle part. Quand j'ai
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compris une bonne fois que la surface d'un rectangle est égale an produit de sa base par sa hauteni', je n'imagine plu< .lucun lemps, aucun pays, aucune hypolhèse on celte proposition puisse èlre fausse.
L'empirisnu- u'e.\pli({ue donc ni la manière don! Ii's idées se nuuiil'estenl à la conscience, ni leur puissunce invenlive, ni l'intuition ([ue nous avons i\u lien qui les uni!, ni le caractère absolu de ce même lien. De (|uelque façon qu'on envisage lu nécessité de rapport, i[u'on l'étudié dans les faits qui la supposent, dans ses relations avec l'espril qui la pert'oit ou dans sa nature elle-même, ce svstème reslo toujours à couil.
Kn somuio, l'empirisme ii'esl pas plus heureux <|ne l'innéisnii*. II ne donue pas une interprétation plus satisfaisante de l'abstrait, de l'universel, du nécessaire : il n'explique pas mieux l'idée et pour la même raison : <»ii n'y trouve pas la notion de la véritableénei'gie de l'entendement humain. A quelque expédient que l'on ait recours, aussi longtemps qu'on laissera les impressions sensibles s'amortir et s'agglutiner dans la conscience, on ne fera jamais que le concret s'élève de lui-même au-dessus du concret, on ne ferajamaisque leconcret cesse d'être individuel ou que le heur! physi(jue de ses éléments
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ne soil plus un ruppoil de iuil. Pour expliquer l'abstrait et par là mèaie le possible, l'universel, le nécessaire, il faut accorder à rame ractivilé ; il. faut supporter dans cette activité non seulement le pouvoir d'associer ou de dissocier les éléments du concret, mais encore la force de saisir dans le concret la nature qui le constitue. La connaissance suprasensiLle reste tout entière à l'état de mystère, si l'on n'a pas recours à la solution aristotélicienne.
Gomment se fait-il qu'à notre époque on n'ait i)as
remarqué cette énergie inventrice de notre entendement ou que du moins on n'en ait pas vu le rôle capital? 11 faut en chercher la cause principale dans le développement des sciences de la nature. A certains points de vue, ces sciences ont exercé sur la philosophie une inlluence heureuse; elles l'ont rappelée des rêveries métaphysiques à l'obsiu-vation rigoureuse des faits. Mais on peut dire aussi iju elles en ont faussé la méthode. Aforce d'étudier lanalure. l'homme s'est oublié lui-même. On a voulu tout juger du dehors, même le dedans, lorsque c'est par le dedans que nous jugeons nécessairement de tout le reste. De là ces théories absolues, où l'on applique à l'esprit des lois qui n'ont d'autre fondement qu'un certain nombre de phénomènes matériels. De là cette vue scientilique d'après laquelle tout serait
mouvement, y compris la pensée, et cette autre hypothèse plus générale d'Herbert Spencer, où tout ce qui compose l'univers, depuis le caillou jusqu'aux pensées d'un Pascal et d'un Newton, n'est que la diiïérenciation d'une seule et même force physicochimi({ue. De là aussi cette notion vague ou cet oubli coni|)let de ce qui fnit l'essence même de la raison, à savoir cette énergie originale à l'aide de laquelle nous dégageons de l'individu la nature de l'individu.
(^e n'est pas à dire que l'observation extérieure n'ait aucune importance. Nouscroyons au contraire qu'elle a rendu de grands services et qu'elle en rendra de plus grands encon». Kntre l'esprit et la matière il va des liens inlimes. Tout lail de conscience réiigit sur l'organisme; tout fait organique réagit sur la conscience. Il n'est [)resquc aucun [diénomène humain (jui ne relève de la physiologie aussi
bien ([uedela psychologie. L'observation extérieure nous fait connaître du dehors ce que la conscience nous montre du dedans. Klle complète l'observalion intérieure; mais elle ne peut devenir exclusive. Klle ne peut même prétendre au premier rôle. Car il faut aller en toutes choses du connu à l'inconnu, et ce que nous connaissons d'abord, ce que nous connaissons le mieux, c'est la conscience. De plus, la conscience est le moyen par lequel nous connaissons
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tout le reste. Aussi peut-on remarquer que la i)lupart des termes qui nous servent à désigner les phénomènes extérieurs, sont d'origine psychologique : nous attribuons à la matière énergie, force, activité, parce que tout cela se trouve en nous.