DONS
De même, une jeune fille d’une excellente famille de province eut son acte de naissance volé par une aventurière de Paris qui s’attribua ainsi son identité : la rupture d’un mariage et la honte imméritée de toute une famille furent la conséquence de cette infamie (1).
Rappelons enfin, dans le même ordre d'idées, une affaire qui eut son heure de célébrité (2). Il s'agissait d’un sujet allemand, Georg Rosenfelder, qui, ayant eu quelques condamnations dans sa jeunesse, s'était procuré le livret de mobilisation d’un brave ouvrier de Mulhouse, Alfred Bitsch. Il avait vécu et voyagé sous ce nom, et, le 20 août 1907, avait épousé à Paris une demoiselle Valade. Quelques mois après, le 13 Jjanviér 1908, cette dernière, peu heureuse en ménage et désirant le divorce, préludait à sa demande en dénonçant au procureur de la République le faux commis par son mari lors de la célébration de leur mariage; depuis le 11 novembre, elle était en possession des preuves de cette usurpation d'état-civil, dont le Parquet ne tarda pas d'ailleurs à acquérir la certitude. Le véritable Bitsch vivait tranquillement à Mu- Ihouse, ayant toujours porté son nom et possédé son état Sans la moindre interruption et sans le moindre doute dans l'esprit de ceux qui le connaissaient. Devant l'évidence, Rosenfelder dut avouer qu'il vivait sous un faux nom: mais il refusa énergiquement de
(1) Le Figaro, 23 mars 1898.
(2) Reyue des Grands Procès contemporains, année 1909,
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donner sa \éritable identité, sans doute à cause des quelques anciennes condamnations que-toutes ces manœuvres avaient eu pour but de cacher : on ne la découvrit qu'après de longues recherches faites en Allemagne parmi les fiches de la justice.
Il fut envové devant la Cour d'assises de la Seine pour « usurpation d’état-civil » et « faux en écritures publiques », et reconnu coupable avec circonstances atténuantes (3 novembre 1908).
On peut encore faire rentrer parmi les procès d’identité au sens large tous les procès criminels où l’on possède des données sur le physique du coupable et où l’on cherche, au moyen de ces données, à l’identifier avec tel ou tel inculpé. Quelques cas de ce genre sont particulièrement intéressants.
Ainsi, Richer nous rapporte (1) qu'un Italien de la ville de Luceques fut assassiné en pleine campagne par son domestique, entre Rouen et Paris: un aveugle qui passait, entendant une voix plaintive et en demandant la cause, l'assassin répondit que c'était un malade et laveugle passa son chemin. Là-desus, la famille inquiète saisit le Parlement de Rouen de cette disparition; le cadavre est découvert; le lieutenant criminel, apprenant qu’un marchand est nouvellement tabli à Rouen, le soupçonne du erime et le fait arrêter. Mais après de premiers aveux, celui-ci se ressaisit et prend à parti son accusateur. Dans d'aussi graves
(1) Richer. Causes célèbres, tome I, p. 117,