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conjonctures, le Parlement, malgré les protestations de l’inculpé, eut l'idée de recourir à l’aveugle qui se disait capable de reconnaître la voix de celui qui lui avait parlé sur la route de Paris. Effectivement, après vingt personnes qu'on lui présente et dont il ne reconnaît pas la voix, on fui amène le marchand qu'il n’hésite pas à proclamer l'assassin. On recommence trois fois l'opération, et toujours avec le même succès.
C'est sur ce seul témoignage que le prisonnier fut condamné à être rompu. Il confessa publiquement qu'il était l’auteur de l'assassinat; mais il n’en faut pas moins reconnaître qu'une condamnation capitale demande un fondement plus sérieux, et que, en l’espèce, les magistrats de Rouen risquaient fort de commettre une grave erreur.
Nous trouvons dans le même recueil (4) le récit d’un crime qui eut son heure de célébrité. Dans une riche maison du quartier de la Sorbonne, une dame Mazel, vivant ävec plusieurs domestiques et un homme de confiance, Jacques Lebrun, fut trouvée dans son lit, le 28 novembre 1689, percée de coups de couteau. Les seuls indices pouvant mettre sur la trace du meurtrier étaient, outre un morceau de cravate et une chemise ensanglantée, une serviette roulée en forinc de bonnet et quelques cheveux arrachés par la vie
time. Les soupcons se portèrent immédiatement sur
(1) Richer. Causes célèbres, tome V, p. 301-435. — saint-Edme. Répertoire général des causes célèbres, sé: xje L, tome IV, p. 239,
nuit Éd :
Pintendant, qui, le 14 janvier 1690, fut condamné par le Tribunal du Châtelet à faire amende honorable et à être rompu vif, Sur appel, le Parlement rendit peu après un arrêt de plus ample informé. En effet, les premiers juges, influencés par une erreur judiciaire commise peu auparavant (1), ne s'étaient pas laissés arrêter par certains détails, pourtant fort graves, de l'instruction. Ainsi, les perruquiers consultés n'avaient rien osé dire sur la provenance des cheveux; des lingères n'avaient trouvé aucune ressemblance entre les lambeaux de vêtements retrouvés et ceux de Lebrun; enfin, tout ce que le lieutenant criminel avait pu dire en parlant du bonnet improvisé, c’est qu'il était « assez juste à la tête de l’inculpé », entendant par là qu’il n’y entrait que difficilement. La nouvelle instruction fit arrêter un ancien domestique de la dame Mazel, renvoyé quelques semaines auparavant. Pour lui, au contraire, tous les indices s’accordaient parfaitement et concouraient à le déclarer coupable ; aussi, malgré
(1) Rapportée aussi par Richer (Causes célèbres, t. V, p 439. Place Saint-Michel, à Paris, une vieille marchande avait été trouvée assassinée, tenant à la main une cravate et une poignée de cheveux qui, comparés à ceux de son jeune domestique, ie firent condamner à mort et exécuter. Peu de temps après, un misérable, condamné pour quelque autre crime, se déclara par testament seul coupable de lassassinat de la marchande. Mettant chaque matin, suivant l'usage de l'époque, les cheveux de son camarade en queue, il en avait peu à peu réuni une petite poignée et avait ainsi réussi à détourner sur lui les soup: çons de la justice, |
la solidité bien contestable de pareils moyens de preuve, fût-il condamné au supplice de la roue le 22 juillet suivant : Lebrun, mort quelques jours auparavant, ne put assister à sa réhabilitation. :
Mais ce n’est pas encore là que la question d’identüification à pris le plus de développement : c'est dans la matière de la récidive, que nous nous réservons d'étudier plus à loisir un peu plus loin. La législation actuelle se montrant avec raison beaucoup plus sévère pour le récidivistes que pour les délinquants qui ont pu être les victimes d’un moment de misère ou d’égarement, il devient de la plus grande importance de savoir si tel individu, condamné pour tel délit à telle peine, a déjà subi quelque autre condamnation, et pour cela, il faut de toute nécessité savoir d'abord qui il est : question qui prend tous les jours plus d’importance avec le développement croissant de la récidive.
Dans le même ordre d'idées, nous pouvons enfin citer la nécessité qu'il y à à prendre le signalement précis de tout condamné pour que, en cas d'évasion, sa capture soit rendue plus facile et surtout plus rapide, vu la courte prescription des peines correctionnelles.