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Zacchias fut consulté par la congrégation chargée du procès sur le point de savoir s’il était possible que la figure d’un homme change à ce point qu'on ne puisse plus le reconnaître. Après avoir fait ressortir la multitude des causes qui peuvent modifier complètement la physionomie et la conformation générale du corps d’un humain, même en très peu de temps, comme les maladies, le genre de vie, l’âge, les, passions, il déclara qu'il serait inique de rejeter « priori les réclamations du prisonnier par cela seul qu’on ne retrouvait pas chez lui les traits d'André Casali. « C’est, aJoute-t1}, dans les constatations précises de la médecine seules que l’on peut puiser une pareille assurance. » Et si l’on songe que ce réclamant à été absent de sa patrie pendant plus de trente ans, a passé de longues années chez les barbares, y à enduré les plus grands rigueurs, les interpéries et une nourriture affreuse, on ne peut titrer aucune conclusion de ce seul fait qu'il revient méconnaissable.
Ces excellentes raisons, pleines de force et de bon sens, jointes à quelques particularités de la personne du prévenu et à l'absence de preuve du décès d'André Casali, décidèrent les juges, qui le réintégrèrent dans son état, Son nom et ses biens.
IV. —— DISPARITION D'UN ENFANT. RÉCLAMATION D'ÉTAT (LE GUEUX DE VERNON) (1)
Dans le petit village normand de Bois-Hiéraulme, voisins de Vernou, disparaissaient, en septembre, 1654, pendant une eourte absence de leur mère et sans laisser de traces, les deux fils aînés de Lancelot Le Moine, ancien notaire au Châtelet de Paris, et de Jeanne Vacherct, sa veuve. Pierre, l’aîné, n’avait pas quinze ans, le second, dix. Après neuf mois d'infructueuses recherches, et après avoir cru un instant reconnaître con fils Jacques sous les traits d’un gamin rencontré avec un mendiant dans les rues de Paris, la veuve Le Moine venait de saisir la justice de cette affaire, quand, se trouvant dans l’église de Vernon, un dimanche, ce même mendiant, accompagné du même enfant, y entra aussi, vint lui parler à voix basse et se fit donner Flaumône. C’en fut assez pour mettre la ville en effervescence; Jeanne Vacherot est traitée de mère dénaturée; tous, surtout les femmes, prétendent reconnaître le petit Jacques. Effectivement, le mendiant répond avec embarras aux questions qui lui sont posées: on le conduit au heutenant particulier: il a beau déclarer qu'il s'appelle Jean Monrousseau, donner tous
les renseignements sur sa vie passée et affirmer que
(1) Richer, Causes célèbres, tome I, p. 59-116. — Gayot de Pitaval, Causes célèbres, tome I,.p. 64-165.
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l'enfant est son fils, le juge ne l'en fait pas moins enfermer (25 juillet 4655). Une enquête ayant été ouverte sur une requête de Jean Le Moine, parent du disparu, le petit mendiant, confronté avec Jeanne Vacherot qui persiste à ne pas le reconnaître, court au-devant d'elle en Fappelant sa mère: Monrousseau, aux nombreuses question qu’on lui fait, donne les réponses les plus contradictoires; vingt témoins, parmi lesquels d’anclennes servantes de Le Moine, viennent attester les uns qu'ils reconnaissent l'enfant, les autres qu'ils l'ont entendu rappeler une foule de détails de son enfance à Vernon et parfaitement reconnaitre les personnes qu'il avait pu voir avant sa disparition; enfin, chose plus grave, un chirurgien déclare qu’il a pansé autrefois une plaie au front du petit Le Moine et qu'il en retrouve distinétement la cicatrice. Aussi une première sentence, provisoire il est vrai, est-elle portée contre Jeanne Vacherot, la condamnant à donner cent livres de provision à celui qu'elle refuse de reconnaître pour son fils. Mais le Parlement de Paris-s'émeut, annule à trois reprises la procédure de Fobstiné magistrat de Vernon, et, finalement, obtient deux arrêts du Conseil (18 février et 2 Juin 1656), terminant ce conflit de juridictions et lui donnant pleine compétence pour cette affaire.
Sur ces entrefaites, Pierre Le Moine, le frère aîné de Jacques avec lequel il s'était enfui de la maison paternelle, revint seul à Vernon : son frère, disait-il, était mort à Saint-Waast, et il rapportait un certificat de son inhumation. Dès lors, la partie devenait inégale