‹ L'Identité: Au point de vue judiciaire: Son histoireChapitre 34 sur 68 · VI. — ABSENCE. BIGAMIE (JEAN MAILLARD · texte numérisé non relu

VI. — ABSENCE. BIGAMIE (JEAN MAILLARD

Si la question d'identité ne fut en quelque sorte ‘ qu'un des petits côtés du procès dont nous venons de voir le dénouement, elle est, au contraire, le fonds même de ceux qui vont suivre, notamment de celui-e1, soulevé comme toujours par des questions d'intérêt.

I s’agit d’un certain Jean Maillard, né à Toul en 1607, ayant fait successivement tous les métiers en France et en Allemagne. Le 14 août 1625, il avait épousé à Paris la fille d'un archer du guet, Marie de la Tour; mais il ne tarda pas à être en fort mauvais termes avec elle, la quitta en 1630, servit en Allemagne sous les ordres de M. de Pletemberg, se réunit en 1638 à quelques compatriotes et se mit à fondre des cloches dans les villages en réclamant des certificats à son nom; il S'engagea enfin comme frère lai dans l'abbaye de Reinfelstein.

Pendant ce temps, sa femme se faisait déclarer par écrit par le capitaine de Lignon que « le nommé Jean

Maillard, dit Mangin, âgé de trente ans ou environ,

GAYOT DE PITAVAL, Causes célèbres, tome XII, p. 139-9255,

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ayant les cheveux blonds et frisés, se disant natif de la ville de Toul et marié à Paris, est mort du flux de sang en Îtalie, dans le quartier de Salusses, le 10 de mars 4630 », après quoi elle épousait, le 26 avril 1646, un homme de noble condition, le sieur Thibault de la Boissière. Celui-ci mourut après vingt-cinq ans de paisible mariage, laissant un seul fils, Pierre, qui lui succéda sans contestation. Mais des collatéraux jaloux ne tardèrent pas survenir et à circonvenir le frère de Jean, Nicolas Maillard, qui part pour lAllemagne et persuade son frère de quitter son cloître dans l’espérance de recueillir une opulente communauté, laissée, disait-il, par Marie de la Tour. |

De retour en France, Jean Maillard apprend la vérité et intente une plainte en adultère contre sa femme par-devant le lieutenant criminel du Châtelet de Paris : Marie est appréhendée, enfermée à la Conciergerie, et, après confrontation avec lui, déclare qu'elle ne le connaît pas. Appel ayant été fait au Parlement de cette première procédure criminelle, un arrêt contradictoire du 30 août 1670, à l’audience de la Tournelle, vint renvoyer les parties aux requêtes du Palais à fin civile seulement. Nous nous dispenserons d'entrer dans les détails d’une procédure extrêmement longue que Gayot de Pitaval qualifie lui-même de « païs barbare » et qui remplit jusqu'à quarante audiences, Jacqueline Maillard ayant repris l'instance après la mort de son frère, survenu le 46 décembre 1671. Nous indiquerons seulement les principaux modes de preñûve employés.

Les collatéraux avides du sieur de la Boissière sou-

tenaient que l’ancien soldat était le mari de l’intimée; ils le prouvaient 1° par les déclarations et les interrogatoires de Jean Maillard lui-même: 2° par les dépositions de nombreux témoins dont plusieurs faisaient partie de sa famille; 3° enfin et surtout par la conformité des signatures : la Cour avait, en effet, nommé quatre experts à l'effet de comparer les signatures de Jean Maillard, antérieures à son départ de France, et celles de l'appelant (1): ils convinrent qu'elles étaient l'œuvre d’une même personne, et que les dernières n'étaient distinguées des autres que par l’appesantissement de la main dû à l’âge. Jean Maillard avait signé sans crainte, devant les réquisitions de la justice, et cela en publie, à la vue des magistrats et de ses adversaires, sans hésitation, en toutes rencontres. La même ressemblance existait avec la signature du traité passé en 4650 avec l’abbaye de Reinfelsteim. Aussi les adversaires ne purent-ils qu'invoquer quelques exemples célèbres de grands faussaires, fort peu probants ici, l’état de tailleur, de soldat et de fondeur disposant peu un homme à ce genre de crime. Quant à la ressemhlance des traits, plus de quarante témoins déclarèrent reconnaitre Jean Maillard avec certitude l'ayant vu autrefois à Toul et à Paris, et donnant des renseignements précis sur Son compte : on le reconnais-

sait d’abord à « l'air de Sa personne », à sa parfaite

(1) Jean Maillard et les collatéraux du sieur de la Boissière étaient appelants comme d'abus du second mariage de Marie de la Tour.

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