IX. — ACTION EN DÉSAVEU. (CHARLES HARROUARD
A la même époque, le Châtelet eut à juger une autre affaire d'identité qui, pour être plus simple et moins connue que la précédente, mérite cependant d’être rapportée (2).
Le 13 septembre 1701, six ans après son mariage avec Guillaume Harroüard, une certaine Marie Adam
(1) D'après la jurisprudence d'alors, un accusé absous par un Parlement ne pouvait plus être inquiété pour le même crime sous quelque prétexte que ce fût. Or, Pierre Mège avait été absous du crime d'usurpation d'état Dar le Parlement de Provence.
(2) Gayor DE PirAVaL, Causes célèbres, tome V, p. 1-88.
avait eu un fils Charles-François : le ménage était peu uni: Harroüard songea d’abord au désaveu, puis il y renonça. Mais, quatre ans plus tard, il soutint que, quelques semaines après sa naissance, son fils était mort de convulsions en présence de plusieurs personnes, et que sa femme, perdant ainsi l’espoir de jouir un jour de ses biens, avait fait disparaitre le cadavre le soir même. Trois mois après, elle avait fait revenir, prétendait-il, un autre enfant de même âge et de même conformation, disant à toute la famille qu’il avait échappé à ces convulsions et qu’elle l'avait, mis quelque temps en nourrice. Il était sûr de la substitution et ne pouvait plus tolérer dans sa maison un pareil scandale.
La lutte entre la femme et le mari S’apaisa néanmoins, et ce dernier mourut en 1708. Mais, trois ans après, la femme Delbec, chez-qui on avait mis le petit Charles en pension, venant réclamer son paiement, Marie Adam soutint à son tour qu'elle n’en était pas la mère et produisit à l’appui de ses dires les anciens témoins de son mari et l'acte de décès d’un enfant nommé Charles Roüard. Le Châtelet fut saisi de l’affaire; mais l'enfant avait pour lui une cause trop bonne pour échouer : son acte baptistaire, sa possession d'état pendant les premières années de sa vie, l'abandon de l’action de son père, l'absence d'acte de décès à son nom, Le tribunal accorda peu de confiance aux témoins : on n'effleura même pas la question de ressemblance, pourtant si à l'ordre du jour à cette époque : les autres preuves étaient suffisantes, et, le 20 juin 1713, l’enfani
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désavoué fut déclaré fils légitime de Guillaume Harroüuard et de Marie Adam, celle-ci condamnée à le recevoir chez elle en cette qualité et à payer tous les dépens.