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ERREUR JUDICIAIRE PAR RESSEMBLANCE (LESURQUES

H n’est personne qui ignore au moins les grandes lignes de cette fameuse affaire qui défraya longtemps le journal, le théâtre et le roman, et qui, il y a quelques mois à peine, servait encore d'aliment à certains quotidiens, une femme, se disant descendante de Lesurques ayant réclamé le payement d'une pension aecordée par

me

le novembre 1834, du baron de Richemont (Voir la curieuse brochure « L'ex-baron de Richemont, fils de Louis XVI », par M. de la Salette, à Paris, chez Boucher-Lemaistre, 1849).

(1) Arrêt de la Cour de Paris du 28 février 1874 contre les héritiers Naùündorf.

(2) Fouquier, « Causes célèbres de tous les peuples », édition illustrée, 1864, tome I, 56° livraison.

SAINT-ÆDME, « Répertoire des Causes célèbres », 2 série, tome IV, 1834, p. 216.

Rappelons seulement ici les quelques procès moins importants dont nous avons parlé dans notre première partie : les trois vols de papiers que nous rapportons page 21, l'affaire Hennecart-Lavoine (p. 32) et l'affaire Bruno de Meïtet (pp, 38): 0

Napoléon HE. Cependant, avant d'aborder la question

d'identité qui seule nous intéresse ici, il nous faut rap-

peler en quelques mots les circonstances du crime qui nai Hôu à cé célèbre procès.

Le 9 floréal, an IV (28 avril 1796), à quatre heures et demie du matin, des paysans découvrirent au lieu dit « le Closeau », près de Lieursaint, arrondissement de Melun, la malle-poste de service entre Lyon et Paris, pilée et abandonnée auprès d’un petit bois: à côté d'elle le cadavre du postillon, et, un peu plus loin, celui du courrier de la malle, Escoffon. Le directeur du jury de Melun et le juge de paix de la même ville se transportèrent aussitôt sur les lieux; la mort paraissait remonter à la veille au soir et le vol être l’unique motif du crime.

Une enquête fut immédiatement ouverte. Des déclarations faites par dix témoins de la région, 1l résultait que quatre cavaliers « errant sans motif apparent » avaient été aperçus sur la route de Paris à la tombée de la nuit ; qu’un cinquième imdividu, dont on ne retrouvait plus la trace, avait été vu dans Ja malle-hoste avant le double assassinat, enfin que plusieurs indices permettaient d'affirmer que £’étaient là les coupables.

À Paris, cependant, l’enquête était confiée au juge de paix Daubanton. Un certain Guesno, d’abord sousconné, parvint à se disculper, mais, venu par hasard dans le bureau de police réclamer quelques papiers en ccmpagnie de son compatriote Lesurques,. il fut, apereu par les témoins de Lieursaint et de Montgeron, mandés à Paris pour l’enquête. Parmi eux, deux servantes

d'auberge de Montgeron déclarèrent spontanément les reconnaître l’un et l’autre comme deux des cavaliers aperçus le jour du crime, et, malgré leurs dénégations, es alibis qu'ils purent fournir, et lhonorabilité &e Lesurques, ils furent aussitôt arrêtés, leurs traits répondant à peu près à deux des signalements dressés par la gendarmerie d’après les dépositions antérieures des témoins.

Le tribunal de Melun fut saisi de l’affaire : l’acte d'accusation soutenait la culpabilité ou tout au moins la complicité de Laborde, coutumax, de Courriol, de Bruer, de Bernard, de Guesno. Quant à Lesurques, devant les dépositions de six témoins qui dirent lavoir vu manger et boire avec Guesno et Courriol à Montgeron quelques heures avant le crime, dont l’un a même diné avec eux, et qui tous affirment le reconnaître de la façon la plus énergique, sa culpabilité paraissait également établie; mais, sur leur demande à tous, les accusés obtinrent d'être renvoyés devant le tribunal criminel de Paris.

Quinze témoins certifiaient sur leur âme et conseience que Lesurques n'avait pas quitté Paris pendant la nuit du 8 au 9 floréal; quant à ceux qui avaient prétendu l'avoir vu sur la route de Melun, ils se montraient beaucoup moins affirmatifs : cinq d’entre eux, il est vrai, persistaient dans leurs premières déclarations, mais quatre autres n’osaient plus se prononcer, et les dépositions des cinq derniers paraissaient peu convaincantes : lun parlait d’une redingote couleur de chair, F'au-

te d’un habit gris-blanc, un troisième d'un habit bleu,

ri.

quant à la femme Alfroy, qui avouait n'avoir vu que deux cavaliers, elle reconnaissait trois des accusés.

Lesurques, lui, niait avec persistance le crime qu’on lui imputait, se disant la victime de quelque fatale ressemblance. Enfin, les débats publics s’ouvrirent le 15 thermidor, et, les témoins à charge une fois entendus, il resta contre lui six témoignages nettement affirmaüfs et trois dubitatifs. C'était peu de chose en somme, si l’on tient compte de ce que peut avoir d’incertain un témoignage porté sur un individu qu’on à vu il y a plusieurs mois, à la nuit tombante, sans y faire grande attention; en outre, les témoins à décharge venaient encore, au nombre de quinze, certifier la présence de Lesurques à Paris dans la nuit du crime, et, au nombre de quatre-vingt-trois, attester Sa moralité et sa fortune. Néanmoins, le 148 thermidor, il fut condamné à la peine de mort, ainsi que Courriol, et, solidairement avec lui, au paiement de la valeur des objets volés. À peine la lecture de l’arrêt était-elle achevée que Courriol se levait et attestait au milieu d’une foule frémissante l'innocence de Lesurques.

Celui-ci forma immédiatement un recours en Cassation. Malgré la légèreté et l'évidente prévention des premiers juges, malgré les révélations de Courriol qui accusait, outre un nommé Vidal, un certain Dubosc dont la ressemblance avec Lesurques aurait été accentuée lors du crime par une perruque blonde, ja Cour supréme rejeta le pourvoi.

Mais l'opinion publique se prononçail avec forx en faveur du condamné, et, le 27 vendémiaire, le Direc-

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