‹ L'Identité: Au point de vue judiciaire: Son histoireChapitre 59 sur 68 · ENT · texte numérisé non relu

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cularité de dentition et quelques traces de saignées qu'avait Roger Tichborne et que ne put pas représenter celui qui voulait usurper son état, un seul point fut examiné, assez important, il est vrai, pour décider à lui seul d’une question d'identité. Au moment de son départ pour l’Amérique, en 1852, Roger Tichborne avait à la partie interne de l’avant-bras gauche ce toins tatouages de couleur bleue, représesitant une GFOIX, un cœur et une ancre. Ces marques avaient été vues distinctement pendant les six années qui avaient précédé son départ par sa mère, son tuteur, et un certain nombre d’omis. Lord Bellew, camarade de Roser, ayant déposé qu'en 1847 et 1848, il y avait ajouté par le tatouage les lettres R. C. T., et montrant sur son propre bras, vingt-cinq ans après, les mêmes dessins que Roger y avait fait lui-même avec les mêmes instruments et le même jour, le docteur Lipscombe et plusieurs autres furent chargés d’en rechercher les traces, ainsi que les cicatrices qu'avaient dû laisser un cautère et plusieurs profondes saignées faites à Tichborne avant son départ. Rien de tout cela ne fut érouvé sur le réclamant qui n’en manifesta même aucun souvenir, les médecins commis en conclurent justement que, à moins de consentir à ce qu’un homme puisse être tatoué et n’avoir aucune connaissance du fait, et, chose tout à fait impossible, à ce que toutes les marques disparaissent avant même qu'il les ait vues, il était inadmissible que le demandeur fût une seule et même personne que Roger Tichborne.

Ces dernières années, un autre procès encore s’est

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déroulé ‘en Angleterre, dans des circonstances extrémement bizarres (4).

Au cours de l’année 4879 mourait à l’âge de 80 ans le cinquième due de Portland : on avait beaucoup parlé de lui, mais onne le connaissait guère, car il passait ses journées dans les immenses souterrains qu'il avait fait creuser sous son château de Welbeck, dans ïe comté de Nottingham, et sous son hôtel de Londres: il méritait bien le surnom qu’on lui avait décerné, « le Prince Invisible ». A défaut d'héritiers directs, son énorme fortune passa à un jeune Cousin qui prit en même temps le titre de duc, et à qui, prétend-t-on, la reine Victoria aurait refusé la main de sa fille dans la crainte de quelque revirement de fortune.

Or, en 1898, une dame Anna-Maria Druce, veuve de Walter-Thomas Druce, réclama tout à coup pour son fils Sydney l'héritage des dues de Portland: malgré linvraisemblance d’une pareille proposition, elle soutenait que le père de son mari, Thomas-Charles Druce, propriétaire du bazar de Baker Street, à Londres, était avec le Cinquième due de Portland une seule et même personne qui, à l’insu de tous et grâce à des communications souterraines ménagées entre ses deux demeures de Londres, aurait mené deux existences différentes.

Effectivement, on acquit la preuve que Thomas- Charles Druce vivait, lui aussi, constamment dans les

(1),Le Temps, n°s des 24 janvier, 28 et 29 octobre, 3, 21, 23 et 29 novembre, 8, 15, 23, 29 et 31 décembre 1907, 1er jan-

vier 1008,

sous-sols de sa boutique, qu’il se montrait aussi rarement que possible, enfin, qu'il avait une maladie et certain tics nerveux tout pareils à ceux du duc de Portland; en outre, les photographies des deux personnages se ressemblaient étrangement (1): enfin, à cette objection que le duc de Portland n’était mort qu'en 1879, tandis que les registres de l'état civil attestaient la mort du marchand londonien dès 1864, on répondait que décès et inhumation avaient été simulés, mais qu'on ne pouvait pas en rapporter la preuve, Herbert Druce, fils aîné du marchand et propriétaire de sa tombe, S’opposant à toute exhumation : on alla jusqu'à l’accuser de s'être laissé séduire pour cela par l'or des héritiers de Portland. Quant à la raison de cette double existence, elle aurait été, disait-on, le désir du duc d’épouser une jeune fille d'assez basse origine, Elisabeth Crickmer, dont il aurait été fort épris.

Les choses en étaient là quand un autre prétendant, George Hollandry Druce, descendant d’un premier mariage de Thomas-Charles et charpentier en Australie, vint réclamer une part de l'héritage contesté. Le nœud de toute l’affaire résidait dans la preuve de la mort du vieux Druce, en 1864: or, cette mort était confirmée non seulement par les registres d’inhumation, mais encore par le témoignage de son propres fils Herbert, qui déclarait avoir vu son père dans lé cercueil. George Hollamdry Druce, fort des capitaux d’une société par

{) Voir L'Illustralion, n° du 16 novembre 1907:

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actions qui venait de se fonder dans le but de lui VOTuer en aide, résolut, en 1907, d'attaquer son oncle comme parjure et de prouver que les funérailles avaient été fictives.

Pour cela, trois témoins principaux furent cités. 5e premier, Robert Caldwell, déclara s'être fort lié d’amitié aux Indes avec le duc de Portland qui lui avait par la suite révélé le secret de sa double existence et qu'il avait aidé, en 1864, dans la simulation du décès. Mais il fut convaincu d’avoir fait déjà plusieurs faux témoignages, arrêté à New-York et désavoué par les demandeurs eux-mêmes, qui, peut-être, avaient vu dans son concours et son accusation un moyen détourné d’obtenir l'ouverture du cercueil.

Le deuxième témoin, une demoiselle Robinson, fille d'un planteur de la Louisiane, dit avoir été la secrétaire de Thomas-Charles Druce qui l'emmena un jour au château de Welbeck où elle fut bien surprise de l'entendre appeler Monseigneur: elle avait, disait-elle encore, continué à le voir Jusqu'en 1878, et, dès cette époque, elle avait tenu un journal de ce qu'elle avait vu; mais, quand il fallut soumettre cette pièce à lexpertise, elle déclara qu'elle lui avait été volée et qu’elle n'en possédait plus qu'une copie: d’ailleurs sa déposition fut fort embarrassée, et elle finit par avouer avoir reçu du syndicat Druce une somme de 250 livres.

Enfin le troisième témoin, une dame Madge Hamilton, âgée de 77 ans et appartenant à une famille alliée à celles des Portland, déclara en substance qu’elle avait fort bien connu le due, lié avec son père, et comme duc,

et comme marchand: qu'il gardait Son bazar de Baker Street parce qu'il lui rapportait beaucoup d'argent, mais qu'il ne voulait pas qu’il fût dit que le duc de Portland vendait des meubles et des jouets: enfin qu’en 1864 il avait annoncé à Son père Sa mort en tant que marchand. Quant au menuisier qui, aux dires d’un M. Hitchin, aurait en 1864 porté dans le bazar de Baker Street un cercueil et quatre lourds rouleaux de plomb, toutes les recherches pour le retrouver restèrent vaines.

Ainsi donc, sur les trois témoins cités par les demandeurs, l’un était accusé de faux-témoignages, lautre de corruption: et la déposition du troisième contenait des parties peu dignes de foi. L'autorisation officielle d'ouvrir le cercueil de Thomas-Charles Druce, accordée le 27 décembre 1907, devait trancher la queslion. Le 30 décembre, l’exhumation eut lieu. « Le cercueil à été ouvert. Il contenait le cadavre d’un homme âgé et barbu. Le couvercle du cercueil porte la suscription : Thomas-Charles Druce » (esquire, décédé le 28 décembre 1864 dans sa 71° année ». Tels furent les termes de la déclaration officielle qui fut aussitôt dressée devant treize personnes. Par là même, les prétentions des demandeurs perdaient leur principal fondement, et ils ne tardèrent pas à se désister. Néanmoins l’étrangeté des circonstances laisse encore planer sur toute cette affaire des doutes qui ne Seront sans doute jamais éclaireis.

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