‹ L'idiotie, hérédité et dégénérescence mentaleChapitre 10 sur 31 · ASPECT CLINIQUE · texte numérisé non relu

ASPECT CLINIQUE

tude de la défensive ; et tout en eux exprime la crainte. Ceux-là sont des émotifs et ce sont des idiots à peu près incurables, bien que cependant ils aient un peu plus d'intelligence que les autres qui restent indifférents à tout ce qui se passe autour d'eux.

Ces émotifs peuvent se ranger en deux classes très distinctes ; tandis que les uns ont une véritable folie à double forme, excitation maniaque et dépression mélancolique se succédant régulièrement avec des durées presque toujours les mêmes, les autres ont des périodes d'excitation très irrégulières, tant par leur durée qué par leur date d'apparition, et n'ont pas de dépression mélancolique. Les malades de la première catégorie comme Carr... et Yun... que vous pouvez voir dans le service, ont des périodes d'excitation durant un certain nombre de jours auxquelles succèdent des périodes de dépression de même durée à peu près, et le passage d'un état à l'autre se faisant du jour au lendemain ^ Il y a

(1) Carr..., Julie, treize ans et demi, est fille d'un père peu intelligent et dégénéré, et d'une mère morte depuis de la fièvre typhoïde, mais qui était bien portante auparavant. — La grand'mère paternelle était hystérique.

Cette enfant a commencé à être malade vers quinze mois et n'a jamais eu de crises convulsives.

Elle parcourt un cycle de trois périodes successives:

1° Période d'excîlalion. — Elle est agitée, elle chante divers airs à tue-tête; elle crie, déchire ses vêtements et frappe. — Cet élat dure dix à quatorze jours. Pendant ce temps, elle mange gloutonnement et si elle n'est pas attachée, elle porte ses matières fécales à sa bouche.

2° Période de dépression. — Du soir au lendemain, la malade devient tranquille, mélancolique. Elle tombe dans un mutisme complet. Cet état dure douze à quinze jours. —

donc une grande analogie de forme entre cette catégorie et les individus atteints de folie circulaire. Ce ne sont pas toutefois des délirants, car ces malades sont trop idiots pour avoir une idée quelconque. Il semblerait plutôt que l'état de leur sensibilité générale soit modifié ainsi que leurs instincts et qu'une perversion passagère soit cause de ces états différents. Suivez quelques jours nos deux petites malades, vous les verrez en période d'excitation, crier, chanter, s'agiter sur leur siège, elles sont constamment en mouvement, elles se frappent ou se jettent à terre comme les agitées dont je vous parlais à l'instant. Elles sont gloutonnes, mangent avec une voracité surprenante ; vous les verrez même essayer d'avaler n'importe quoi, des chiffons, des chaussures, voire même leurs excréments. Puis du jour au lendemain

Pendant ce temps on a beaucoup de peine à la faire manger. Etat saburral de la langue. — Anorexie complète.

3" Période inlerinédiaire. — La malade devient douce et affectueuse, toujours du soir au lendemain; elle parie tranquillement, répond aux questions et est caressante. — Cet état dure environ quinze jours, après quoi l'agitation reparaît. Appétit ordinaire.

Yun..., treize ans, a des antécédents de démence dans la famille de sa mère. — Elle a en outre un frère hydrocéphale. — Elle aussi parcourt un cycle de trois périodes.

1° Période d'excitation. — La malade crie, frappe et mord pendant trois ou quatre jours. — Elle est très aggressive. — Appétit vorace.

2" Période de dépression. — La malade tombe dans la mélancolie et le mutisme complet. Elle est craintive, ses gestes et sa physionomie l'expriment comme toute son attitude dès qu'on l'approche. — Cet état dure cinq à huit jours. — Anorexie.

3" Période intermédiaire. — La malade est douce et calme. Elle parle et suit les classes. Cet état dure quinze ou vingt jours, puis l'excitation reparaît.

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