LEÇON
SYMPTOMATOLOGIE DE l'iDIOTIR . — ASPECT CLINIQUE DKS IDIOTS. — STIGMATES DE DÉGÉNÉRESCENCE : FACE, CRANE, MEMBRES. — ORGANES GENITAUX — PUBERTÉ CHEZ LES GAR- ÇONS ET LES FILLES. — SENSIBILITÉ TACTILE.
Aujourd'hui, messieurs, nous aborderons l'étude clinique des symptômes de Tidiotie. — Ceux-ci, comme les lésions du reste, sont extrêmement nombreux et variables et présentent une infinité de nuances. Toutefois, il est cependant possible de tenter de les grouper entre eux.
Quand vous parcourez un service d'idiots, vous êtes étonnés d'y trouver des physionomies intelligentes, contraste frappant avec d'autres absolument dépourvues d'expression et qui, même, présentent un aspect d'hébétude profonde.
Les premiers individus ont une face et un crâne réguliers, des traits symétriques et fins, une physionomie agréable, parfois même souriante, qui semble dénoter une intelligence assez développée alors qu'elle fait complètement défaut. Ce sont des malades dont l'idiotie remonte après la naissance, et dont l'intelligence, malgré les apparences contraires, ne s'améliore pas ou presque pas ; ils sont
à peu près inéducables et vont souvent même en déclinant. C'est là, messieurs, l'idioLie acquise dont je vous ai parlé dans une précédente leçon sur les causes de l'idiotie en général.
A côté de ces malades à la physionomie agréable et trompeuse, vous trouvez ceux qui ont un phy -
L dans ma précédente
Fis. 6. — Juer... Henriette, seize ]econ (fig. 6).
atteints d'idiotie congénitale d'origine dégénérative , et leur intelligence, si l'on y porte des soins minutieux bien dirigés et une grande patience, est susceptible de s'améliorer et de progresser beaucoup plus que celle des premiers.
Cette distinction entre ces deux classes a son importance, car vous voyez qu'on peut, à première vue, sans autre renseignement, porter presque à coup sûr le diagnostic d'idiolie congénitale ou d'i-
sique repoussant, hideux même caractérisé par de l'asymétrie faciale et crânienne très accentuée, et une physionomie quelquefois absolument bestiale ; les traits anormaux du visage constituent les stigmates physiques de dégénérescence dont je vous ai déjà parlé
ans. Idiotie congénitale. — Stigmates de dégénérescence.
Ces individus sont
ASPECT CLINTQUE
diotie acquise en se basant sur la présence ou l'absence des stigmates physiques.
La seconde chose qui vous frappe en traversant ces services d'idiots, comme d'ailleurs les services d'aliénés, c'est la différence d'état des malades qui vous permet de les diviser en deux catégories (fig. 7). Il va sans dire que dans l'une
Fig. 7,— Aspect de rintérieiir du préau des enfants idiotes ° et gâteuses.
comme dans l'autre, vous aurez oun' aurez pas de stigmates physiques.
En effet, vous remarquez que les uns sontagités, ne restent pas en place ; ils vont à droite, à gauche, marchent devant eux sans but, puis reviennent de même. Ils sont excités, ils se jettent à terre, se frappent violemment eux-mêmes avec la main ou le poing fermé ; ils se heurtent brutalement contre les murs en poussant des cris plus ou moins rauques, inarticulés le plus souvent, et qui,
chose singulière, ne semblent pas exprimer de la douleur.
Les autres au contraire restent inertes, assis sur leur chaise, ou bien debout dans un coin. Ils ont le regard ûxe et hagard, l'air morne. Ils demeurent immobiles, stupides et indifférents à tout ce qui se passe autour d'eux. Dans notre service, vous voyez de petites idiotes de cette catégorie qui sont affaissées sur elles-mêmes, pliées en deux sur leur chaise ; quelques-unes sont assez bien conformées, d'autres sont hémiplégiques, ou paralysées de leurs membres. Tandis que celles-ci restent absolument immobiles, d'autres qui ne sont point cependant des excitées se balancent d'une façon rythmée d'arrière en avant ou de droite à gauche, ou encore, comme la petite Vach..., tournent la tête avec rapidité de droite à gauche, et de gauche à droite, avec un murmure inarticulé et monotone. Il semble que ces mouvements rythmés, cadencés, automatiques , ces tics en un mot, leur procurent une véritable satisfaction, une sorte de jouissance; car si vous les interrompez, ces malades manifestent leur mécontentement et se fâchent, pour recommencer aussitôt leurs mouvements automatiques aussitôt qu'ils en ont la facilité.
Vous pouvez aussi remarquer, mais en beaucoup plus petit nombre (je n'en ai que quatre dans un service de 150 malades) des individus qui manifestent de la frayeur à la vue des personnes étrangères au service. Ils prennent la fuite en jetant des cris perçants, ou bien prennent l'atti-