‹ L'idiotie, hérédité et dégénérescence mentaleChapitre 26 sur 31 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

DES SENTIMENTS CHEZ LES IDIOTS ET LES IMBÉCILES. — SENTI- MENTS AF "ECTIFS. — SENTIMENTS MORAUX. — SENTIMENTS SOCIAUX.

Nous avons passé en revue chez nos idiots l'état de leurs sens, de leurs instincts, de leurs aptitudes et de leurs besoins. A propos de l'organe de l'ouïe nous avons étudié le langage qui est le principal élément de tous les progrès intellectuels de l'enfant; nous étudierons maintenant les sentiments de l'idiot.

En étudiant les sens en particulier, nous avons vu que ces sens transmettaient au cerveau des sensations qui étaient bien perçues et qui développaient du plaisir ou de la peine, des émotions en un mot. Ces émotions fondamentales sont liées à tout phénomène affectif; et ces émotions demandent à être renouvelées quand une sensation de plaisir est la suite de cette émotion. C'est ce qui constitue l'appétit et le désir. « Le désir est l'appétit avec conscience de lui-même. r> Satisfait, le désir produit une émotion de plaisir; contrarié, il produit une émotion de peine. Ces émotions se traduisent à l'extérieur par des rires, ou des

pleurs, ou des cris avec intonations plus ou moins marquées. Les pleurs sont très rares chez les idiots. On ne constate le plus souvent que des cris inarticulés. 11 en est de même pour le rire qui n'apparaît que très tard chez l'idiot, vers sept ou huit ans. Le rire ou plutôt le sourire se voit au contraire chez les enfants, atteints d'idiotie acquise, chez nos hémiplégiques par exemple. 11 en est de même des pleurs. Dans les deux cas, c'est donc un reste de l'éducation première. Mais que sont les cris que l'on remarque chez les enfants en bas âge, cris perpétuels pour lesquels on vient vous consulter et qui seront pour nous uq signe diagnostic de l'idiotie? Quelle en est la cause? Que dénotent-ils? Sont-ils l'expression d'une souffrance physique ou d'une souffrance morale ? Nous devons rejeter au loin cette expHcation; l'idiot, en effet, le plus souvent est privé de sensibilité physique et morale. On doit considérer ce cri comme étant un acte réflexe, une manière de réagir de ce petit être et quelquefois comme étant un véritable besoin analogue au besoin de mouvement de certains idiots ; car il n'est pas rare de voir ces individus crier chaque fois qu'on les laisse dans la même position pendant un certain temps ; en même temps qu'ils crient, ils remuent bras et jambes; vient-on à les prendre, à les mettre dans une position différente, ils se taisent immédiatement, pour crier de nouveau aussitôt qu'ils sont remis dans la position première. Le changement de position pour eux semble donc développer du plaisir ou tout au moins un sentiment affectif

SENTIMENTS

tout différent de celui qui existait auparavant.

Nous avons vu, en parlant du goût et de l'odorat^ que l'insLinct de conservation est très développé chez certains idiots, et que la vue des aliments produit chez certains de ces malades un grand plaisir. Ce sentiment affectif est le premier qui apparaisse chez l'idiot et chez l'enfant. « Les plus vifs sentiments de l'enfant, dit Pérez, sont ceux qui se rappOxLent au goût. Le besoin de manger domine longtemps tous les autres, même le besoin de mouvement, » C'est ce sentiment affectif qu'on utilise chez les idiots pour leur éducation. Généralement les idiots, comme les enfants en général, sont susceptibles d'attachement pour les personnes qui leur donnent de la nourriture ou des soins. Cet attachement est d'autant plus grand que l'idiotie est moins complète. Nous avons dans le service, des idiotes assez profondes qui manifestent de l'affection pour leurs infirmières ; ainsi, Del..., Grim..., Liss..., Jeanne Gu... Elles ne mangent bien et n'exécutent quelques actes que lorsque ces personnes sont auprès d'elles. Quand elles ne les voient pas, elles les cherchent, et quand elles les ont trouvées, elles paraissent heureuses.

Aux jours de visite, elles sont heureuses de voir leurs parents. Il est vrai qu'elles cherchent dans les paniers et dans les poches s'il y a des gâteaux, et l'appât de cette friandise est pour beaucoup dans leur manifestation joyeuse; mais la vue seule de leur mère leur produit quelquefois du plaisir. Ce plaisir se développe de plus en plus par l'édu-

cation, et devient de l'amitié ou de l'amour filial chez les idiots perfectibles. L'affectivité chez certains imbéciles est très peu développée. Ainsi, les jours de visite, si leurs parents ne leur apportent rien, ces malades sont grognons et injurient quelquefois leurs parents. Leur égoïsme est excessif. Ils n'aiment que ce qui peut leur faire plaisir. Ils n'aiment leurs parents ou leurs visites que pour les friandises qu'ils apportent.

Nous avons dans le service deux enfants qui sont toujours ensemble, une petite idiote éducable devenue imbécile et une petite imbécile d'emblée (Goug... et Merl...), Goug... présente un enfoncement considérable de l'os coronal. Cette enfant a beaucoup d'amitié pour sa petite amie ; elle est prévenante pour elle; quand elle est retenue au lit par une indisposition, elle va la voir et demande de ses nouvelles; quand elle a des bonbons, elle en garde pour son amie. L'autre, au contraire est égoïste ; elle aime, il est vrai, Goug... mais ne lui est pas dévouée, elle se fait servir par elle et ne se préoccupe nullement de son absence quand elle est malade. D'autres petites idiotes du service jouent toujours ensemble, ou plutôt marchent ensemble dans la cour bras dessus bras dessous. Telles Jeanne Gu... et Verr..., car ces deux idiotes profondes ne sont pas capables de jouer; mais ces deux enfants se recherchent pour marcher l'une à côté de l'autre.

Ainsi donc, les idiots sont susceptibles d'affection, mais cela se voit chez des enfants de huit à dix ans qui ont déjà été éduqués.

S15NTIMENTS

D'autres idiots ou imbéciles aiment à faire du mal aux enfants, ou aux animaux. Ils se plaisent à faire crier l'animal. Ce bruit parait avoir un charme pour eux. Il en est de même quand ils voient leur victime faire des grimaces ou des gestes de souifrance. Ils ne comprennent pas la valeur de ces gestes. La cruauté chez eux est due surtout à l'absence d'intelligence; la preuve c'est qu'ils imiient les cris et les gestes. Chez l'imbécile, cette cruauté tient à la perversion du sens moral.

L'amitié chez l'imbécile est donc le plus souvent intéressée, elle se rencontre sous forme d'association intéressée plutôt que sous forme de véritable amitié. En effet, il n'est pas rare de voir des imbéciles pervers s'associer pour faire de mauvais coups, et avoir soin de s'adjoindre toujours une idiote à laquelle ils font faire l'acte répréhensible. Ainsi sont Pérign... et Conr... qui poussent la petite Vit... à voler par exemple et qui se font donner l'argent volé. Le coup fait, elles accusent la pauvre idiote, qui n'a pas compris l'acte qu'elle a commis, d'être cause de tout le mal.

L'amour-passion existe-t-il chez les idiots profonds? Non, mais il existe chez les idiots plus élevés. Nous avons va que le besoin sexuel n'existait pas chez les idiots profonds, mais que chez certains idiots simples il peut être très développé. Il en est de même pour l'amour-passion, et la jalousie peut être très grande chez ces individus. Tout cela dépend, bien entendu, du degré

d'intelligence de l'idiot. Chez l'imbécile, oîi l'élément égoïste est la note dominante la jalousie est rare ; certaines imbéciles sont très lascives, très provoquantes, surtout devant les hommes; de même que certains imbéciles hommes sont très grossiers et très orduriers devant les femmes. Ils se font gloire de leurs provocations.

Parmi ces imbéciles, hommes ou femmes, un grand nombre ont un amour contre nature. Il y en a toujours un qui prend un rôle protecteur vis-à-vis de l'autre, et le défend comme le mari défend sa femme. Mais cet amour n'est jamais de longue durée et quand l'occasion se présente, ces individus abandonnent leur première liaison; l'instabilité de caractère étant un défaut très commun chez l'imbécile.

L'amour d'autrui, la commisération, ne sont pas connus de l'idiot profond et presque pas de l'idiot simple. En présence d'un accident arrivé à son prochain, l'idiot reste interdit; il ne comprend pas. Quand il est un peu plus élevé dans l'échelle intellectuelle, il imitera le patient qui se plaint et prendra plaisir à le voir se débattre contre la souffrance. Ce sera pour lui un spectacle nouveau qui rompra la monotonie de son existence et lui procurera de la satisfaction. Cela se comprend facilement puisque l'idiot n'a le plus souvent ni sensibilité physique ni sensibilité morale.

Nous avons vu au début de ces leçons, quand je vous ai divisé les idiots en plusieurs catégories, qu'il y avait des idiots craintifs, émotifs. Cette catégorie d'idiots est la plus rare. L'idiot, en effet,

SENTIMENTS

ne craint rien, ne comprend rien. 11 reste insensible, isolé, comme le dit son nom, lùioq, au milieu de tout ce qui se passe autour de lui. Pour qu'un idiot présente des craintes, il faut qu'il ait quelques notions, qu'il ne soit pas idiot profond. C'est ce que nous constatons, et nous pouvons même dire qu'il est alors très sensible aux punitions en général. C'est *en le menaçant de punitions qu'on parvient à ie faire travailler, mais il faut être doux, non brutal avec lui. Une grande douceur associée à une grande fermeté est nécessaire dans ces cas. Un instituteur qui possède ces deux qualités, avec de la patience arrivera toujours à éduquer un idiot simple. Mais remarquez, messieurs, qu'il y a des idiots craintifs à l'excès comme je vous l'ai dit au commencement de la symptomatologie de l'idiotie. Cette crainte exagérée, cette émotivité est maladive et est un empêchement à l'amélioration de l'individu. Enfin quand cette crainte revêt la forme de la peur ou de la dépression mélancolique, on peut considérer l'enfant comme étant atteint de vésanie, surtout si un état mélancolique alterne avec un état d'excitation, comme chez les deux petites malades de mon service, les enfants Carr... et Yun... dont les observations sont dans le chapitre de la Symptojnalologie^ et vous n'obtiendrez pas d'amélioration.

Ces enfants, comme l'indiquent les observations, sont très bornées au point de vue intellectuel. Ont-elles des idées délirantes ou des hallucinations ? Rien ne peut nous le faire supposer. Leur attitude seule nous indique l'état de leur âme.

On ne peut qu'admettre une perversion des idées et des sentiments ou un changement d'état dans leurs perceptions, car le langage intellectuel de ces êtres n'est pas assez étendu pour admettre un délire ou des hallucinations. 11 n'y a que des imbéciles qui soient susceptibles d'avoir des idées délirantes.

Ce changement dans leur état doit se manifester par une modification dans la sensibilité, par une modification dans les besoins. En efïét, au besoin de mouvement, au besoin de s'agiter, succède le besoin de repos.

Avec ce besoin de repos, apparaît aussi une diminution dans le besoin de la nutrition. Elles ne mangent plus autant que lorsqu'elles étaient agitées.

A ces changements dans l'attitude des individus doit correspondre un changement dans la circulation, d'oii modification dans la sensibilité. C'est à ces changements dans la circulation et à ces troubles delà sensibilité, qui sont sous la dépendance de cette circulation, qu'on doit aussi expliquer les changements de caractère des hystériques, par exemple.

L'imbécile aaussila crainte des punitions, comme l'idiot, mais il a surtout la crainte des coups ; son travail est moins bien fait ordinairement que celui de l'idiot amélioré. Il ne présente pas les qualités d'ensemble que présente celui de l'idiot. Il est très inégal, cela dépend de son imagination vagabonde, de son étourderie. L'imbécile cherche toujours à amener des perfectionnements dans son

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travail pour avoir plus vite fini, et il gâte ainsi ce qu'il fait. L'idiot, au contraire, imite son modèle, le copie textuellement et travaille par routine. Il n'a aucune initiative. Il faut un maître derrière lui pour lui indiquer la marche à suivre, mais il fera ponctuellement ce qu'on lui montrera. Il ne faut pas attendre de lui un travail fini, mais jamais vous n'aurez un travail gâché, comme celui que pourra vous donner un imbécile. La nature de ce dernier, en effet, est d'être paresseux et désobéissant. On ne parvient à bien faire travailler certains imbéciles qu'en les prenant par l'amourpropre. Quelques-uns ont un amour-propre démesuré, et un orgueil immense. C'est ce qui explique leur indiscipline.

Un professeur devra donc bien observer son élève, rechercher ses petites faiblesses et, pour le récompenser, s'adresser aux sensations le plus vivement ressenties. Pour les idiots chez lesquels le penchant de conservation ou la gourmandise sont bien développés, il faut donner des gâteaux, et pour les imbéciles, il faut flatter le plus souvent leur amour-propre ou leur amour de la propriété. Ce sentiment de la propriété, en effet, est parfois très développé chez les imbéciles, tandis qu'il est nul chez les idiots profonds. Chez les idiots plus élevés, il acquiert quelquefois un très grand développement. Il semble dans ce cas que c'est un apanage de mémoire héréditaire. Ainsi voyez notre idiote Marie Mant..., elle ramasse tout dans son panier et elle ne veut pas qu'on y touche. Si une autre enfant s'approche trop d'elle et fait le

simulacre de prendre quelque chose, elle jette des cris perçants et frappe. Cette idiote n'est pas voleuse. Elle garde ce qu'on lui donne et ne veut pas s'en défaire. Elle ne vole pas. Il n' y a donc pas perversion chez elle. 11 n'en est pas de même de la petite Mesl..., elle vole tout ce qu'elle peut trouver et surtout les pièces de monnaies, et quand elle craint d'être découverte elle avale sa pièce de monnaie. C'est ainsi qu'elle avale des pièces de deux sous ou de deux francs. Ici le vol est prémédité. Cet argent sert à acheter des gâteaux. Chez certains imbéciles, il y a impulsion au vol, de la kleptomanie, c'est un stigmate de dégénérescence mentale ajouté à ce qu'ils ont déjà.

Enfin certains idiots profonds volent inconsciemment; ils prennent ce qu'ils trouvent. Ils n'ont pas conscience du sentiment du droit et du devoir. Ce sentiment du droit et du devoir est inconnu chez l'enfant et l'idiot. Il ne s'acquiert que par l'éducation et il faut que l'enfant possède une assez grande intelligence pour comprendre ces devoirs envers la société.

C'est pour cette raison que le plus grand nombre des imbéciles doivent être considérés comme étant des anti-sociaux. Ils connaissent leurs besoins, mais ne comprennent pas que la société ait le droit de se garantir, et cependant, vous voyez tous les jours ces individus dire : « J'ai le droit de faire cela. » Pour eux ce droit est la satisfaction d'accomplir ce qui leur fait plaisir. Ils ne peuvent comprendre qu'ils doivent se priver

SENTIMENTS

pour la société, et comme, d'un autre côté, ils sont doués de certaines qualités intellectuelles et surtout de grands besoins, vous les voyez se mettre hors la loi. Cette absence de sens moral peut être poussé très loin et constituer une véritable folie morale; les individus, dans ce cas ne sont pas responsables de leurs actes, mais la société doit se garantir en les séquestrant.

Les enfants qui peuplent les maisons de correction et les écoles de réforme rentrent dans cette catégorie; ce sont le plus souvent des imbéciles dont l'éducation n'a pas été assez surveillée, et les moyens de répression qu'on emploie à leur égard sont souvent aussi défectueux. Cette question des châtiments ou des récompenses est la question la plus délicate, la plus difficile qui existe au point de vue de la pédagogie.

Encemoment-ci,onfaiticimême, dans cet hôpital, une tentative de réforme des enfants moralement abandonnés. Ces enfants ont presque tous des tares héréditaires chargées. Ils ontune intelligence peu développée, ce sont des imbéciles ou des débiles menteurs et manquant tous de sens moral. Le mobile du mensonge chez eux est l'intérêt ou la paresse. L'idiot ment aussi, mais moins souvent. 11 n'invente pas d'explications, il nie les faits. L'imbécile, au contraire, invente des histoires.

On prend ces enfants par l'intérêt, ou par la gourmandise, ou par l'amour-propre. C'est le moyen que nous employons pour l'éducation de ces enfants et M"^ Bresselle, la sous-surveillante de cette section, connaissant à fond le caractère

^•Jo l'idiotie

de ces enfants, arrive par ce moyen à un résultat inespéré.

Les unes sont molles, flexibles, se laissant entraîner par les autres. Ayant peu de besoins, mais paresseuses, elles suivent le mauvais exemple et les mauvais conseils. Les autres ont des besoins, des appétits et des désirs passionnés. Le sentiment du devoir et du droit, ce sentiment frénateur des passions, a été peu développé chez elles, aussi se laissent-elles entraîner par leurs penchants, et pour leur donner raison, elles mentent, inventent des histoires oii perce toujours leur intérêt.

Tous ces individus sont très suggestibles, très crédules. Aussi faut-il surveiller leur éducation, faire attention aux personnes qu'ils fréquentent! ïls peuvent commettre des actes délictueux dont ils n'ont aucune conscience, et ils peuvent dans certains cas servir d'instruments à des gens criminels. Cette crédulité au contraire, quand elle est adaptée à des choses saines et raisonnables, peut leur être très utile. Quand on les élève dans des sentiments religieux, ceux-ci peuvent être très développés, et devenir la source d'un fanatisme. Quand, au contraire, aucune notion religieuse ou aucune notion de morale ne leur est inculquée vous pouvez les voir livrés aux penchants les plus honteux. Aussi le rôle du professeur est considérable dans l'avenir de ces enfants. Ce rôle du professeur doit s'exercer sur le sujet pendant longtemps, car tous ces individus sont très mobiles, et ce ne sont que les dernières

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impressions qui ont de l'effet sur eux. Ilfaut'donc, lorsqu'on aura reconnu l'état d'esprit de l'enfant, ne pas l'abandonner tout de suite à sa propre initiative et ne pas surtout le mettre dans n'importe quel milieu, car de grandes déceptions vous seraient réservées pour plus tard. 11 faut occuper toujours son esprit, soit par un travail intellectuel sérieux, mais de peu de durée (il n'est pas susceptible d'avoir une attention soutenue), soit par un travail manuel varié mais approprié à ses moyens. Il ne faut jamais le laisser livré au désœuvrement, car son imagination qui est vive, vagabonde, travaillera, et vous le verrez se livrer aux actes les plus extraordinaires et les plus invraisemblables qu'il soit au monde.

Aussi suis-je d'avis que nous devons, à notre école de réforme, ne laisser nos enfants en classe qu'une heure le matin, et qu'une heure le soir. Dans l'intervalle des classes, il faut les faire travailler, tantôt aux gros ouvrages : blanchissage, transport de charbon, lavage, etc., et tantôt à la couture. Il faut varier ces travaux et toujours leur faire faire ceux qui peuvent leur être utiles dans la vie commune. Rappelons-nous les conditions de leur naissance, leurs aptitudes et ce qu'ils ont fait, et animés d'un esprit de justice et de raison, faisons-leur apprendre le métier qui peut leur faire gagner leur vie. Evitons surtout de faire des déclassés.

Il y en a assez dans la vie commune, qui y sont malgré nos avertissements. Ne soyons pas nous-mêmes les pourvoyeurs de cette catégorie

l'idiotiiï;

d'individus ; que nos actes soient en rapport avec nos paroles.

Quand une de ces enfants aura été élevée dans des sentiments religieux, continuons à les lui inculquer. Ne venons pas, par une autre direction, troubler ses sentiments et empêcher l'épanouissement de ses facultés intellectuelles. Ces cerveaux qui sont faibles ne peuvent subir impunément des chocs. Ils ne sont pas capables de discerner les raisons qui nous font agir. Leur rôle est d'obéir ; or, l'obéissance et le respect ne peuvent exister que si les actes et les paroles sont en parfait accord. Mais dans ces pratiques religieuses, comme dans tout délassement intellectuel, il faut de la modération, de la pondération. C'est au maître à avoir des idées larges, et à ne penser qu'à ce qui peut être bon et utile à son élève.

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