QUATRIÈME LEÇON
DÉFINITION ET CLASSIFICATION DE L'iDIOTIE
Nous avons étudié l'éliologie et l'anatomie pathologique de l'idioLie, nous allons maintenant étudier la symptomatologie. Mais la multiplicité des causes étiologiques et la variété des lésions anatomiques vous montrent déjà, messieurs, que l'idiotie n'est pas une identité morbide et ne comporte pas une description didactique. Aussi mon intention est-elle d'étudier avec vous un groupe d'idiots. Mais avant de passer à l'étude de ces pauvres déshérités de la nature, je crois utile de vous parler des définitions et des classifications de l'idiotie. Cette étude vous montrera la difficulté du sujet et les opinions différentes que se font les auteurs de cette infirmité.
Certains auteurs avaient voulu comparer les symptômes des idiots avec les symptômes que l'on observe pendant le développement de l'enfant normal. Cette conception de l'esprit est irréalisable. En effet, les lésions qui déterminent l'idiotie ne sont pas dues uniquement à l'arrêt de développement cérébral. 11 y a chez l'idiot absence
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ou diminution des facultés intellectuelles et morales, ou encore perversion de ces facultés, par suite de lésions variées de l'encéphale. Si l'arrêt de développement intellectuel était seul en jeu, nous pourrions, d'après les connaissances que nous ont léguées Taine\ Ferez ^ et Preyer^ dire à quel moment Tidiolie s'est montrée, et dans ces conditions l'idiotie pourrait être étudiée dune manière méthodique et pourrait être considérée comme une entité morbide, mais il est loin d'en être ainsi.
Nous ne pouvons pas non plus comparer l'intelligence des idiots avec l'intelligence des animaux, car l'animal a un développement intellectuel normal. La sélection chez eux se fait aussitôt après là naissance. Un monstre, c'est-à-dire un être privé de ses facultés ordinaires, ne vit pas. Si l'instinct ne le pousse pas à teter ou si un vice de conformation l'empêche d'exécuter ces mouvements, cet être meurt; puis d'un autre côté l'animal par sa destination sur la terre ne peut être comparé à l'homme. Mais pour les raisons énoncées plus haut, nous pouvons affirmer que la race chez les animaux est moins dégénérée que chez l'homme.
Devons-nous avec Langson-Down comparer les idiots à certains types de races humaines, et trouver dans ces types d'idiot de l'atavisme? Non ; il n'y a aucune raison pour qu'un individu de race
(1) Taine. De Vinlelligence, 1883.
(2) Perez. Les trois premières années de l'enfant. 1872.
(3) Preyer. L'âme de l'enfant, 1887.
latine,' par exemple, retourne au type asiatique. Un idiot est un être mal développé, mal conformé. Ce n'est pas un type de race, c'est un être dégénéré.
Pour la même raison, nous ne pouvons suivre Lombroso et admettre parmi les idiots des types criminels nés et des types anthropoïdes. Les caractères physiques de ces idiots ainsi que leurs caractères psychiques sont dus à la dégénérescence et à leur défaut d'éducation.
La multiplicité des lésions et des causes de l'idiotie nous expliquent la multiplicité des définitions et des classifications de l'idiotie. Chaque auteur a voulu, dans sa définition ou sa classification, rendre les nuances qu'il a observées, ou indiquer l'opinion qu'il se fait de cette dégénérescence mentale.
Nous ne passerons pas en revue toutes ces définitions, nous verrons seulement les principales.
Pinel' définit l'idiotie : l'abolition absolue, soit des fonctions de l'entendement, soit des affections du cœur. Dans cette définition étaient compris les déments.
EsquirolS le premier, sépara l'idiotie de la démence. « C'est un état particuher, dit-il, dans lequel les facultés intellectuelles ne se sont jamais développées. » Cette définition, comme je vous l'ai déjà dit, n'est pas juste, parce qu'elle ne comprend pas les cas oîi l'idiotie s'est développée
(1) Traité philosophique de Valiénalion mentale.
(2) Esquirol. Traité des maladies mentales.
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après la naissance ; et celte division est importante à faire, car, comme l'a fait ressortir Morel, au point de vue de l'éducation future de ces malades, il y a une très grande différence. Celte différence existe aussi, au point de vue de l'aspect extérieur de ces individus. Les congénitaux sont généralement laids, difformes et susceptibles d'une grande améliorationintellectuelle, tandis que les autres .peuvent avoir une physionomie régulière semblant refléter l'intelligence, et cependant cette intelligence fait complètement défaut ; ils sont plus bornés et moins aptes à l'amélioration.
Belhomme* donne une définition plus étendue qu'Esquirol, et distingue l'idiotie de l'imbécillité. Il dit que l'idiotie est un état dans lequel il y a oblitération des facultés intellectuelles et affectives, et que l'imbécillité est un état dans lequel les facultés ne se sont développées que jusqu'à un certain point; ce qui empêche les individus qui en sont alleints de s'élever au degré de développementintellectuelauquelparviennentceux qui, placés dans les mêmes condi lions, ont le même âge, le même sexe et la même fortune.
Seguin-, dans son Hvre sur le Traitement moral des idiots, donne de l'idiolie une définition des plus erronées que je connaisse. « L'idiotie, dit-il, est une intelligence mal servie par des organes imparfaits; et plus loin il dit encore : « C'est une infirmité du système nerveux qui a pour effet de soustraire
(1) Belhomme. Essai sur l'idiotie, 1824.
(2) Ed. Seguin. Traitement moral des idiots, 1846.
tout ou partie des organes et des facultés de l'enfant à l'action de la volonté, qui le livre à des instincts etle retranche dumonde moral. »Jene saurais trop, messieurs, m'élever contre cette définition. En effet, il est reconnu que presque tous les organes des sens des idiots sont sains et normaux. Ce qui est défectueux chez eux, c'est l'organe réceptif des sensations ; c'est ce centre perceptif qui est malade, c'est le manque d'intelligence qui existe. Le cerveau n'est pas en état de percevoir les sensations que les sens lui envoient, et c'est ce manque de perception et d'idéation qui constitue l'idiotie, et non pas l'absence de volonté. Si l'idiot ne comprend pas et ne fait pas telle ou telle chose, c'est qu'il ne peut pas le faire faute d'instrument capable d'élaborer les moyens propres à accomplir cette chose, et non parce qu'il ne veut pas.
Le pédagogue, dans cette définition, a voulu en imposer au médecin, et il s'est grossièrement trompé, mais son livre n'en reste pas moins un modèle pratique d'éducation pour les enfants en général et pour les idiots en particulier.
Mon oncle, Félix Voisin % dans son mémoire de V Idiotie chez les enfants, définit cette infirmité : « un état particulier de l'esprit dans lequel les « instincts de conservation et de reproduction, les (c sentiments moraux et les pouvoirs intellectuels « et perceptifs ne se sont jamais manifestés ; ou « encore : cet état particuher dans lequel ces
(I) Félix Voisin. De l'idiotie chez les enfants,
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« différentes virtualités de notre être, ensemble « ou séparément, ne se sont qu'imparfaitement « développées. »
Marcé dit que l'idiotie est un arrêt de développement de l'intelligence lié à un vice congénital ou accidentel de l'encéphale.
Griesinger définit l'idiotie : une faiblesse intellectuelle présentant différents degrés.
Dans le l""" degré, il y a des cas graves oii l'intelligence est nulle.
Dans le 2^ degré, les cas sont légers ; il y a seulement de la faiblesse intellectuelle. Cette faiblesse de l'intelligence peut être due à une simple anomalie fonctionnelle du cerveau et non à une lésion.
Enfin M. Sollier \ dans son livre sur la Psychologie de ricliot, livre dans lequel j'ai puisé beaucoup de renseignements, que je vous recommande messieurs, de lire avec soin, définit l'idiotie : « une « affection cérébrale chronique à lésions variées, « caractérisées par des troubles des fonctions in- « tellectuelles , sensitives et motrices, pouvant « aller jusqu'à leur abolition presque complète, et a qui n'emprunte son caractère spécial, particu- « lièrement en ce qui concerne les troubles intel- « lectuels, qu'au jeune âge des sujets qu'elle « frappe. »
Gomme vous le voyez, messieurs, toutes ces définitions se .rapportent à la symptomatologie de l'état mental de l'idiot. Elles peuvent être résu-
(1) SoUier. Psychologie de l'idiot el de Vimliécile, 1891.
mées dans celte autre définition que je vous propose : (( L'idiot est un individu dont les faculLés « intellectuelles, sensilives et motrices, ne se sont « pas développées ou se sont développées anorma- « lement d'une manière défectueuse, ou encore « se sont arrêtées dans leur évolution^ avant ou « quelques années après la naissance, à un degré ce qu'elles ne peuvent franchir, par suite de lésions « fœtales ou chroniques variées de l'encéphale. »
Mais toutes ces définitions ne donnent pas l'idée du rôle que jouent l'étiologie et l'anatomie pathologique dans cette affection. Elles ne rendent pas compte non plus de toutes les nuances de l'idiotie que vous pouvez observer chez ces pauvres déshérités de la nature. Aussi, tout en maintenant cette définition générale comme résumé de l'état mental des idiots, nous passerons en revue les classifications des auteurs et nous vous indiquerons celle que nous préférons.
Classification. — Esquirol, se fondant sur l'état de la parole, admettait dans l'idiotie cinq degrés.
Dans le l'^" degré la parole est libre, dans le 2' degré la parole est moins libre, le vocabulaire circonscrit; ces 2 degrés constituent l'imbécillité. Dans le 3' degré, ou 1" degré de l'idiotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des phrases très courtes; dans le 2° degré, les idiots n'articulent que des monosyllabes et des cris; enfin, dans le 3^ degré, il n'y ani parole, m phrases, ni mots, ni monosyllabes. — Cette classification basée sur la parole a bien son importance,
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car nous savons qu'un idiot qui peut parler apprend généralement plus facilement que celui qui ne peut jamais parler; mais cependant, le don delà parole n'est pas le critérium de l'intelligence. Vous voyez des sourds-muets intelligents et, d'un autre côté, vous voyez dans la société de beaux parleurs, ne présentant pas de raisonnement profond ni de jugement droit, tandis que souvent des hommes très instruits, très intelligents, parlent difficilement. Parmi nos idiots, il y aune catégorie, les microcéphales qui parlent généralement assez bien, avec volubiHté, et dont l'instruction et l'éducation ne peuvent jamais prendre de grands développements, tandis que certains mégalocéphales, hydrocéphales, font des progrès très sensibles bien que chez eux la parole soit difficile et défectueuse.
Dubois d'Amiens admet 3 classes.
Dans la 1'° classe les individus présentent le plus haut degré d'abrutissement et sont réduits à l'automatisme.
Dans la 2" classe sont les idiots ne possédant que des instincts.
Dans la 3' classe sont les idiots, possédant des instincts et des déterminations raisonnables.
Belhomme trouve la classification de Dubois d'Amiens trop rétrécie. Toutes les nuances de l'idiotie n'y sont pas indiquées. — Il admet 5 catégories.
Comme Dubois d'Amiens, il accepte 2 degrés d'idiotie : 1° une idiotie profonde, complète ; l'individu qui en est atteint n'a même pas le sentiment de conservation; dans le 2° degré, l'individu a cet
instinct de conservation et mange comme une brute; c'est l'idiotie incomplète. Au-dessus se trouvent les imbéciles, que l'on peut ranger en trois classes.
Dans la classe inférieure se trouvent les imbéciles qui obéissent à leurs instincts, à leurs habitudes et au besoin de leurs organes ; mais ces individus n'ont rien d'intellectuel dans leurs déterminations.
A un degré supérieur^ l'individu est susceptible de travail manuel, que l'éducation peut perfectionner. Enfîn,;dans un degré plus élevé, se trouvent les individus qui agissent et raisonnent comme tout le monde, mais ne peuvent arriver à un degré intellectuel normal.
Vous voyez, messieurs, par ce que je viens de vous énumérer, que la conception de l'idiotie par Belhomme est différente de celle des autres auteurs . Pour lui, l'idiot est dénué de toute intelligence et de toute aptitude. 11 n'est pas susceptible d'amélioration. Tout se réduit chez lui aux instincts de digestion, de respiration et de conservation; et encore, ce dernier instinct revêt-il un caractère bestial.
Les individus qui ont un degré d'intelligence et quelques facultés morales, ou des facultés morales perverties, sont des imbéciles. Je n'admets pas cette conception de l'idiotie; elle est trop restreinte, et le nombre et les nuances de l'imbécillité sont trop nombreuses. La clinique, en effet, nous montre que des idiots du 2° groupe de Belhomme, susceptibles d'amélioration et de travaux manuels, peuvent devenir des imbéciles,
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mais des imbéciles ayant des caractères particuliers différents des caractères des imbéciles d'emblée. Ces derniers en effet sont mobiles, instables et Imaginatifs, tandis que les autres sont calmes et routiniers; ils agissent surtout par habitude.
Seguin, lui, n'admet qu'une classe d'idiots, et il les sépare des arriérés, des imbéciles et des crétins. Les arriérés sont des enfants normaux, mais en retard des enfants de leur âge, tant au point de vue physiologique que psychologique. L'imbécillité ne se développe que de huit à quinze ans à la suite : d° soit de l'onanisme, 2° soit du surmenage intellectuel au moment de la puberté, 3° soit
la suite d'affections aiguës du cerveau ou de l'intestin, 4° enfin, à la suite de trauiïratisme du crâne. Pour Seguin, l'imbécilMté n'est donc que symptomatique d'affections diverses ; il ne reconnaît pas l'hérédité pour origine.
On ne peut s'empêcher, en lisant les chapitres relatifs à la classification de l'idiotie, de sourire en voyant exprimées avec une assurance imperturbable les considérations pathologiques et écologiques de ce maître d'école qui s'érige en réformateur de l'enseignement médical. Cette outrecuidance, fait oubher tout ce qu'il y a de bon dans le mode de traitement employé par cet incompris du corps médical d'alors. (Voir p. 70, Seguin.) Félix Voisin est un des hommes qui ont le mieux étudié, compris et analysé la psychologie de l'idiot. 11 divise l'idiotie en complète et incomplète et dans cette dernière variété, il y a plusieurs catégories. D'ailleurs, voici sa classification, et vous verrez
qu'elle est entièrement psychologique et symptomatique. L'étiologie et l'anatoraie pathologique n'y jouent aucun rôle. Les imbéciles ne constituent pas une classe à part.
Ce sont pour lui des idiots partiels, privés des facultés supérieures : la comparaison et la causalité.
« r En général, l'idiotie est rarement complète ; « cependant on en voit des exemples. Ces indi- <( vidus sont tellement disgraciés qu'ils sont, sous « le rapport de l'activité des penchants et de la K perception des objets extérieurs, au-dessous de « l'animalité même. Tout se réduit chez les suu jets de cette l'^ catégorie à une existence végé- (( tative ; la respiration et la digestion sont les « deux seules fonctions apparentes. Les sens sont <( ouverts, mais ils ne transmettent pas les impres- •i sions du monde extérieur.
« L'œil ne se fixe point.
u L'oreille ne se redresse pas.
(c La faim et la soif se font vainement sentir.
<( Nulle attention, nulle perception.
« Penchants, sentiments, affections, passions, (( intelligence, rien ne se manifeste.
« 2° Dans la 2^ catégorie, les idiots sont moins « mal traités par la nature, mais ils sont dan- (( gereuxpour eux-mêmes et pour la société. Chez (( eux, les penchants inférieurs sont fortement « développés, tandis que les facultés intellec- (( tuelles et les sentiments moraux sont à peine « ébauchés dans leur constitution.
u 3*^ Idiotie qui atteint partiellement Tensemblc
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<( de nos facultés. Ainsi, l'idiot de cette espèce « aura les penchants conservateurs de l'espèce « humaine, mais il ne les aura pas tous ; un, « deux ou trois, lui feront défaut. 11 possédera les « sentiments moraux, mais l'un ou l'autre de ses « attributs supérieurs manquera dans sa tête.
(c 11 se fera remarquer aussi par ses facultés « intellectuelles et perceptives, mais le nombre « n'en sera pas complet. Ces idiots peuvent « répondre à Tinstruction et à l'éducation qu'on « leur donne, mais aussi ils peuvent succomber « aux excitations extérieures.
« 4° Au-dessus de ces idiots s'en trouvent « quelques autres qui se rapprochent encore da- « vantage de l'homme ordinaire, quoique bien « ostensiblement privés de quelques facultés suce périeures (comparaison et causalité). Ils ont des « sensations fugitives, des sentiments vagues, des « penchants déterminés; s'excitent facilement. »
Les auteurs qui suivent au contraire ont basé leur classification sur l'anatomie et la physiologie pathologique. M. Bourneville admet : 1° l'idiotie hydrocéphalique ; 2° l'idiotie microcéphalique ; 3° l'idiotie symptomatique d'un arrêt de développement des circonvolutions ; 4° l'idiotie symptomatique d'une malformation congénitale du cerveau (porencéphahe, absence du corps calleux, etc.) ; S" l'idiotie symptomatique de sclérose atrophique ; sclérose d'un hémisphère, de deux hémisphères, sclérose d'un lobe du cerveau, sclérose de circonvolutions isolées, sclérose chagrinée du cerveau.
6° L'idiotie due à la sclérose hypertrophique ou tubéreuse ;
7° L'idiotie symptomatique de la méningite ou méningo-encéphalite chronique ;
8° L'idiotie avec cachexie pachydermique ou idiotie mixœdémateuse.
Magnan divise ses idiots en
1° Idiots spinaux ;
2° Idiots spinaux-cérébraux postérieurs ; 3° Idiots spinaux-cérébraux antérieurs ; 4° Les cérébraux antérieurs , ou dégénérés supérieurs.
Ces divisions anatomo-pathologiques et anatomo-physiologiques sont défectueuses , car à chaque catégorie d'idiotie ne correspondent pas cliniquement des types identiques. Aussi, tout en me servant de ces données, je n'adopterai pas cette classification.
Les auteurs qui classent sous les trois chapitres suivants : jnicrocéphalie, macrocéphalie et myxœdème, tous les idiots, ne sont pas non plus dans le vrai, parce qu'on ne peut faire rentrer dans ces cadres tous les idiots que nous observons, et que chacun de ces chapitres ne renferme pas des idiots identiques au point de vue psychologique ou étiologique.
Schule' veut que l'on s'appuie sur l'anatomie et la généalogie, pour classer ces pauvres malades, mais il admet une idiotie profonde (idiotie incurable), et 2 degrés dans l'imbécillité, l'imbécilUté
(1) Schule. Traité clinique des maladies mentales, 1888.
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profonde et l'imbécillité moyenne. Pour lui, l'idiotie ne peut s'améliorer, il n'y a que l'imbécile qui puisse progresser.
De toutes ces classifications et définitions que je viens de passer en revue, messieurs, vous pouvez conclure que le sujet est difficile à traiter, et c'est pour bien vous convaincre de cette difficulté et vous permettre de juger et d'apprécier les classifications que l'on peut [vous proposer, que je me suis fait un devoir de faire cette rapide revue avec vous . Quand vous serez en présence d'un idiot, rappelez-vous toutes ces difficultés ; recherchez les causes de la maladie; voyez quelles sont les manifestations qu'il présente, et tâchez d'y rattacher les lésions anatoraiques.
Je diviserai l'idiotie en quatre catégories :
1° L'idiotie complète, absolue, congénitale ou acquise. Cette idiotie est incurable. Elle comprend deux degrés :
Dans le 1" degré sont les anencéphales et ceux qui n'ont même pas l'instinct de conservation.
Dans le 2' degré, ceux qui ont l'instinct de conservation et certaines habitudes.
'2° V idiotie incomplète, congénitale ou acqtiise, sîisceptible d' amélioration, qui comprend plusieurs degrés, suivant l'existence, l'absence et l'étendue de certaines facultés intellectuelles sensitives ou motrices.
3° U imbécillité congénitale ou acquise, caractérisée par l'existence rudimentaire de toutes les facultés intellectuelles, instinctives ou morales, parla perversion ou l'instabilité de ces facultés.
4° La débilité mentale, caractérisée par la faiblesse ou le défaut d'équilibre des facultés.
L'idiotie crétinoïde forme une classe à part, le myxœdème ou cachexie pachydermique qui a son étiologie, sa symptomatologie, son pronostic et sa terminaison, et qui a été bien mise en lumière, dans ces derniers temps, par MM. Orl. Curling, Gliarcot, Bourneville et Reverdin. Elle rentre dans le cadre de l'idiotie incomplète acquise.
Devons-nous, comme M. Sollier, prendre, comme élément principal de classification, l'attention? Je ne le pense pas, car il y a des idiots profonds qui sont attentifs. Mais cette attention n'est portée que sur un seul point et ne suscite aucune idée de comparaison. Le centre perceptif qui a été excité par la vue d'une clef, par exemple, n'éveille dans l'esprit du malade aucune idée autre que celle de la remuer pour faire du bruit, ou celle de la mettre dans sa bouche pour la sucer. Le centre de la vue dans le 1" cas est en rapport avec le centre auditif, dans le 2" cas avec le centre gustatif; mais l'excitation de ces centres n'évoque aucune idée contradictoire.
Il faut donc, pour que l'attention soit profitable, qu'elle développe plusieurs états affectifs ; mais ces états affectifs ne seront développés que si les sensations éveillent plusieurs centres perceptifs, et si ces centres perceptifs développent des images qui en appellent d'autres et provoquent ce qu'on appelle des conceptions et des associations d'idées. Mais ce développement d'images contradictoires n'a lieu que si les centres sont sains et reliés
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entre eux d'une manière normale : c'est ce développement qui est le fait de l'intelligence.
Or, chez l'idiot, cette perfection dans l'union des centres fait défaut. Aussi ne pouvons-nous obtenir chez lui par l'attention ce qu'on obtient chez un individu sain.
L'élément principal de l'idiotie n'est donc pas le défaut d'attention, mais l'imperfection des perceptions.
La clef de voûte du développement intellectuel chez eux, ce n'est pas l'attention, c'est la sensation et la perception, c'est la bonne harmonie dans toutes les perceptions. L'attention, il est vrai, aide à compléter cette bonne harmonie.
Or, chez certains idiots, les sensations qui ont rapport à l'instinct de conservation restent seules; chez d'autres, ce sont les sensations liées à un autre penchant inférieur, la reproduction par exemple; enfin, chez d'autres, les sensations du sens auditif par exemple, ou bien celles du sens visuel, sont liées au centre moteur, etc. Suivant les réactions que provoquent les sensations sur ces centres, vous aurez des individus ou instinctifs, ou moteurs, ou sensoriels, dont les actes réflexes sont modifiés plus ou moins par le développement intellectuel. Pour ces raisons la classification de l'idiotie reposant sur les instincts, les sentiments, avec plus ou moins de facultés intellectuelles, est donc logique.
Parmi les idiots de la catégorie, j'admets 2 degrés : dans le l"'' degré se trouvent les anencéphales et les idiots qui, comme les anencéphales,
n'ont même pas Vinstinct de la conservation. Ils respirent et digèrent seulement. Ils mourraient de faim, si on ne prenait pas soin de leur existence. Leur vie est tout à fait végétative.
Ces idiots restent inertes sur leur chaise et ne savent pas même marcher ou se tenir debout. Un grand nombre d'entre eux présentent des difformités des membres, des pieds bots, des syndactylies, de l'hémiplégie simple ou double, des contractures diverses, etc. Tous ces idiots sont incurables ; ce sont des idiols congénitaux, ou des idiots qui ont des maladies de l'encéphale pendant la grossesse de leur mère.
A un degré plus élevé dans cette même catégorie, se trouvent des idiots qui ont l'instinct de conservation et certaines habiludes. Les uns sont assez bien conformés ; les autres sont paralysés des deux membres, ou même des quatre membres. Les premiers sont des idiots inertes, ou versatiles, ou automates ; le plus souvent ce sont des congénitaux. Les seconds, c'est-à-dire les paralysés, sont généralement des malades dont l'idiotie s'est développée après la naissance : l'idiotie acquise. Leur physionomie est bien différente de celle des autres idiots. Ils éprouvent généralement du plaisir à la vue des personnes qui leur donnent des soins ; ils sourient à leur arrivée et leur tendent les bras. Ces sourires peuvent être considérés comme les restes de leur éducation première. En effet, ces malades sont frappés généralement vers un an ou dix-huit mois, et jusqu'à cette époque, ils étaient comme des enfants nor-
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maux. Ils ont souri aux premiers baisers de leur mère, et répondu à ses caresses. Ce sont ces vestiges d'éducation qu'ils manifestent à votre approche, et ces déshérités de la nature doivent être considérés comme de pauvres déments hémiplégiques-aphasiques. On devrait en effet plutôt les considérer comme des déments plutôt que comme des idiots, puisqu'ils ont perdu le peu qu'ils avaient acquis, tandis que les idiots n'ont jamais rien appris ; mais, vu leur jeune âge et vu l'impossibilité où ils sont d'apprendre la moindre chose, nous devons leur laisser la dénomination d'idiots. Ces idiots sont également incurables, n'étant susceptibles d'aucune améhoration. En effet, chez eux les mouvements sont de nature réflexe ou instinctive. Tantôt les sensations ne se transforment pas en actions : idiots mer/es; tantôt elles excitent d'une façon désordonnée et contradictoire tous les centres moteurs : idiots versatiles; tantôt elles se bornent à stimuler un centre unique qui répète sans relâche le même acte monotone : idiots automates. L'activité intellectuelle psychomotrice reste nulle ou imparfaite.
2° Catégorie. — Dans la seconde catégorie, nous placerons les idiots simples susceptibles d'amélioration. Ils ont des sensations et des perceptions, et de plus sont susceptibles d'attention. Suivant que cette attention est plus ou moins développée, l'améhoration est plus ou moins rapide. Vous savez aussi que c'est surtout par nos sens que nous acquérons les connaissances que nous avons. Or, chez les idiots, les sens sont généralement
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sains, mais le centre perceptif est défectueux. Si ce centre perceptif ne répond pas à l'excitation produite par la sensation, l'individu restera un idiot de la première catégorie, mais si la sensation est perçue, l'idiot occupe un degré plus élevé. En effet, la perception reconnaît pour cause l'intervention de plusieurs images provenant d'autres centres perceptifs et d'une réaction du cerveau. Si cette réaction produit un état affectif, l'attention est développée et le sujet progressera en intelligence. Cet état affectif sera ou ne sera pas agréable à l'individu : s'il lui est plus ou moins agréable, le progrès sera plus rapide, s'il ne lui est pas agréable, l'idiot ne progressera que peu, car sa volonté n'interviendra pas pour enlever l'obstacle. Ce sera au précepteur de s'armer de patience et de tâcher de vaincre ce sentiment affectif désagréable, par l'habitude d'abord, ensuite par la bonté et la persuasion, ou en associant cet état affectif à un autre état affectif développé par un autre sens.
C'est la découverte de cette association d'états affectifs qui vous permettra de réaliser des progrès chez vos idiots. Quand chaque état affectif reste isolé, cela ne provoque pas d'états affectifs des autres sens ; l'état intellectuel de l'idiot reste stationnaire et ce sont ces divers états affectifs isolés qui font que vous constatez un grand nombre de variétés d'idiots. Les uns ont l'instinct de la conservation, les autres l'instinct de la reproduction ; et si ces instincts sont seuls développés sans que les facultés intellectuelles ou morales viennent à être excitées ou associées à eux, vous aurez des
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êtres plus ou moins dangereux et nuisibles. Si, au contraire, les penchants inférieurs sont peu développés et accompagnés de sentiments moraux, vous aurez un idiot doux et inoffensif. Si encore, certaines qualités intellectuelles sont unies à un ou plusieurs penchants inférieurs, vous aurez un idiot qui demandera une grande surveillance. Toutes les variétés et toutes les nuances peuvent se présenter.
Dans la 3= catégorie sont classés les idiots éduqués qui sont devenus des imbéciles, et les imbéciles proprement dits qui le sont d'emblée. Les idiots éduqués, améliorés, sont plus doux, plus serviables que les autres. Les imbéciles d'emblée sont plus difficiles à conduire. Ces derniers ressemblent beaucoup aux enfants normaux, mais ils en diflèrent en ce qu'ils sont moins avancés que les enfants de leur âge; leur intelligence ne peut atteindre le degré qu'atteindra un enfant normal ou bien leur intelligence présentera des lacunes très grandes pour certaines choses, alors que pour d'autres elle est normale. Ces imbéciles d'emblée ont ceci aussi de particulier, qu'ils sont d'un caractère instable, d'une imagination assez vive. On peut, avecM. Sollier, les considérer comme des anti- sociaux, tandis que les idiots simples sont des extra-sociaux.
Dans la 4° catégorie, sont tous les débiles dont les facultés sont mal équilibrées, comme je l'ai dit plus haut, et qui doivent être eux aussi divisés en plusieurs classes suivant leurs aptitudes, leurs perversions ou leurs anomalies mentales.
Dans tous ces cas , il faut tenir compte des sensations des centres perceptifs des individus, de l'association des perceptions et de la prédominance de diflérents centres. Suivant les sujets, ce sont tantôt les centres moteurs, tantôt les centres sensoriels, et tantôt les centres sensitifs qui ont la suprématie dans les excitations. Quand un de ces centres domine et n'est pas contre-balancé par les autres, vous êtes en présence d'un moteur, ou d'un sensoriel, ou d'un sensitif. Ces distinctions sont très importantes à faire. Elles nous serviront surtout dans l'éducation de l'Idiot.